Cecilia à l’heure espagnole.

Aie, ça commence mal : Joan Oller, le directeur général du Palau de la Música entre sur scène avec un micro et une feuille de papier… En gros il nous informe que Cecilia a préféré ne pas annuler malgré son coryza, qu’elle fera avec les moyens du jour et qu’elle réclame notre indulgence. Nelly et moi nous nous activâmes pourtant pour un prompt désenrhumage
Le festin musical commence avec l’ouverture de Farnace de Vivaldi en apéritif.
Cecilia fait son entrée dans sa belle robe blanche du concert « Saint-Pétersbourg », on dirait qu’elle fend l’écume de la mer comme une nouvelle Aphrodite, elle porte juste des boucles d’oreilles.

Les musiciens lancent les premières notes de « Gelosia, tu già rendi l’alma mia » et la Romaine se transforme en furie, les poings serrés, le visage crispé, les yeux féroces… Son dépit explose en « dell’ inferno assai peggior » fulminants, je n’aimerais pas être la cause de son courroux même tempéré par un refroidissement !

Je ne sais toujours pas comment notre diva s’y prend pour passer en rien de temps d’une colère monumentale à une tendresse infinie, elle a beau nous dire « Je n’ai pas le choix, je plonge ! », ça m’échappe… Jean-Marc Goujon et sa flûte traversière en bois viennent rejoindre Cecilia pour l’aria de Ruggiero dans l’opéra « Orlando furioso » de Vivaldi, il joue sans la partition sous les yeux ce qui n’est pas toujours le cas lorsque la cantatrice fait venir un de ses musiciens près d’elle. Ils se lancent tous les deux dans un superbe duo d’amour, la flûte prend son envol sur un nuage de cordes avec des sonorités douces et tendres, la mezzo suit ses volutes en balançant doucement son corps, elle souligne certaines notes des sourcils, elle ferme les yeux, elle sourit. Puis elle entonne  » Sol per te moi dolce amore » d’une voix aimante et sereine qui s’enroule aux mélismes de l’instrument, ils nous emportent dans leur échange amoureux délicat et attentionné, ils nous entraînent ailleurs dans un monde de paix, de bien-être, de délicatesse…
 
Tout au long de la soirée Cecilia reniflera et se retournera pour se moucher discrètement.
Dans « Gelido in ogni vena » une aria que j’attends beaucoup Farnace demande à sa femme et à son fils de se tuer pour que l’ennemi ne les capture pas. Vivaldi met en musique la douleur d’un père devant l’horreur de son acte. Cecilia a les larmes aux yeux, elle ressent chaque mot, chaque lettre, chaque note. Je ne sais plus où je suis, à Barcelone ou à Venise un jour d’hiver, plus seule que jamais sur un canal de détresse sans fond. Aux mots « al core del mio cor » « le cœur de mon cœur » Cecilia serre ses mains contre sa poitrine comme Farnace pour rechercher le cœur sans vie de son fils.

Des cigales, des chants d’oiseaux et le vent imité par Charlie Fischer le percussionniste avec un drôle de bidule dans lequel il souffle s’élèvent puis Pier Luigi Fabretti le hautboïste et l’orchestre jouent l’introduction de l’aria « Pastor che a notte ombrosa » de Domenico Francesco Araia, tirée de son opéra Seleuco. Cecilia entre à présent vêtue d’une robe bleue clair doublée de blanc, elle a passé un petit bracelet de brillants à son poignet droit, elle n’est plus sur une scène, elle est perdue dans une forêt mais contrairement à ce qu’elle chante ça n’est pas grave puisqu’elle semble s’y plaire beaucoup. Elle scrute le lointain en se réjouissant d’avance de ce qu’elle va y découvrir, elle avance entre les arbres la mine curieuse, sa voix joue à cache-cache avec le hautbois. C’est un de ces moments délicieux que Cecilia sait si bien nous servir, on voudrait que ça ne s’arrête jamais parce que l’on est bien, emporté hors de notre triste monde, hors de toute contingence terrestre, ailleurs, là-bas, très loin où tout devient tellement plus simple, enveloppé par le philtre foudroyant de cette sorcière qui mettrait hors d’état de nuire toutes les Inquisitions au seul son de sa voix ! A mon retour à Lyon j’aurais la surprise de constater que cette aria fait bien partie du CD « Saint-Pétersbourg » et qu’à la première écoute elle m’avait atrocement ennuyée : rien ne vaut la dégustation fraîche de cette Romaine-là, les conserves c’est pour patienter entre deux rencards…
Dans l’aria « Facile vittoria » d’Agostino Steffani Cecilia s’amuse beaucoup avec le trompettiste. Il « improvise » quelque chose de très triste, de très émouvant, elle fait mine de pleurer, elle cherche un mouchoir, Diego Fasolis aussi.
Pour le dernier air russe «Разверзни пёс гортани, лая» («Razverzi pyos gortani, laya») («Ouvre, chien, ta gueule aboyante») de Raupach elle entre très hiératique dans son grand manteau des neiges assorti à sa toque. Elle est la première à s’amuser de son déguisement ce qui nous rend encore plus joyeux ce qui l’amuse encore plus elle, bref ça va être chaud pour que notre tsarine Cecilia défie rageusement l’horrible chien des Enfers…
Je pensai le public espagnol plus expansif, je l’ai trouvé très sage et policé, peut-être aussi que Cecilia, fatiguée a écourté l’affaire, pas d’ovation délirante à grands cris d’un public chaud bouillant qui ne veut pas lâcher sa diva.
Il me semble qu’aucun palmipède égaré n’est venu mettre un brin de fantaisie dans les envolées des cors et de la trompette naturels.
Conclusion : moi qui croyais ne pas goûter beaucoup le caviar, Cecilia, impératrice du chant lyrique m’a démontré le contraire…

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Un papillon trop plein d’ardeur (28).

« Nous sommes en Novembre ! » martèle le calendrier officiel de la République. « Grand niquedouille !! » le moque une météo farceuse éprise d’école buissonnière. Elle poursuit son baguenaudage dans la douceur sur les sentiers fleuris avec ce papillon de 35 couleurs étalé sur son joli nez.

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J’en appelle à tous les Dieux !

Ah ben mince alors, pour fêter l’heure d’hiver la bande des trois a encore sévi, Picornavirus, Adénovirus et leur pote Coronavirus ont infecté la soufflerie de la sublime Romaine avec qui j’ai rencart depuis des mois à Barcelone !

Le concert du Mardi 27 Octobre à la Scala est annulé, je commence donc par croiser tout ce qu’il possible et imaginable de croiser pour que ce maudit rhume soit bouté hors du Latium par une médication efficace avant le concert du 3 Novembre au Palau de la Musica et puis j’entreprends mon pèlerinage annuel en face de chez moi, je m’en vais chatouiller les entrailles de l’Eléphant les Pattes en l’Air avec quelques cierges…

 
 
 
 
La chose est toujours aussi massive, aussi lourde, aussi moche et aussi peu attractive sauf pour les touristes !

 
 
 
 
 
 
 
Je suis accueillie par un lion ailé qui n’est malheureusement pas celui de Venise. Perché sur une entrée de la crypte que je n’ai jamais vue ouverte une inscription latine gravée vers sa patte droite proclame « Ecce vicit leo de tribu Iuda ». Je lui trouve l’air plutôt triste et sans panache, moi à ce félin vainqueur !

Sur la porte d’entrée de la basilique un de ses cousins s’efforce de prendre l’air un chouia concerné par la solennité de l’endroit mais on voit bien à son nez qu’il préfère les câlins à toute cette pompe en voie de disparition.

Les temps changent, les mentalités évoluent, autrefois les personnes présentes occupaient les premiers bancs près du chœur pour écouter le curé réciter sa messe, aujourd’hui des touristes se serrent sur les derniers bancs près de l’entrée pour comprendre leur guide…
Je ne m’attarde pas dans cet antre du mauvais goût.

J’allume un lumignon rouge couleur de la passion que je place devant les autres afin d’attirer sur lui l’attention de tous les saints du calendrier pour qu’ils répandent le Divin Antibiotique sur la tête et dans les bronches de la mezzo enchifrenée. Je m’emmène en faire autant dans la crypte en incorporant à ma requête tous les personnages pourvus d’un peu d’influence en Haut Lieu : s’ils sont désœuvrés j’ai du boulot pour eux !

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Je suis athée et pas sectaire, je songe qu’à deux pas des autels à Marie et à quelques Autres se trouve le musée gallo-romain où je dénicherai bien quelques divinités latines que j’apitoierai sur le sort de leur compatriote.

 
 

Les Dieux seraient-ils plus efficaces que Dieu ? Je débute à peine mon cheminement sacré que la Victoire m’apparaît, la pauvrette à perdu sa palme et sa couronne dans la Saône d’où on l’a repêchée mais même ainsi dépourvue elle m’apparaît de très bon augure !

 
 
 

 
 

Je suis rejointe par un prêtre au chef recouvert de sa toge car il va porter de l’encens sur le foyer de l’autel, j’en allumerai un bâtonnet chez moi, ce soir…
 
 
 
 
 
 

 
 

Me voici devant les Tables Claudiennes où figure en partie le discours que l’empereur Claude, né à Lugdunum en 10 avant J-C, prononça en 48 à Rome devant le Sénat. Il intervenait pour demander que les mêmes droits soient accordés à tous, Romains ou Gaulois… La planète tourne, tourne et l’humanité radote ! Moi je suis pour l’abolition pure et simple du Rhume pour Tous…

 
 
 
J’ai trouvé ma Sainte Trinité personnelle du moment : trois effigies du dieu celtique gaulois Sucellos dont le nom signifierait « Tape dur ». Il est celui qui tue (l’engeance fourbe des microbes) et qui ressuscite (les divas mal fichues) : je l’aime !

 

Le Dieu de Coligny vient me retrouver : il représente la victoire annuelle des forces de la vie printanière sur celles de la mort hivernale. Bien sûr ce bigornage éternel autant que primitif est âpre, sauvage et cruel, ce brave célicole qui préside au temps, à la richesse et à lumière a perdu un demi membre dans l’échauffourée mais sa façon de lever un bras vers le ciel tout en abaissant ce qu’il lui reste de l’autre le fait ressembler à un derviche. Il chemine dans la perplexité face à la connaissance de lui-même et de sa place dans les mystères de l’univers ce qui le pousse à affronter périodiquement les forces obscures et cachées de notre monde, il ferait un bon galant pour Perséphone et ça ferait les pieds à Hadès !

 
Un peu plus loin, la Très Belle contemple hiératiquement le monde depuis sa vitrine. J’aime cette magnifique tête de femme, son profil sensuel, sa couronne sobre, sa coiffure à l’antique, son regard aveugle. Je lui trouve un air à la foi sage et inquiet, confiant et résigné, pour moi elle incarne bien plus la Mère que la vierge éteinte et décharnalisée des chrétiens certes pourvue d’un corps mais aussi de l’interdiction de s’en servir…
On ignore qu’elle entité elle personnifie, Junon, la Fortune ou la Concorde, au point d’urgence où j’en suis, j’enrôle les trois pour les téléporter au chevet de ma cantatrice patraque en priant Junon d’oublier que jadis, sous les traits de Sémélé Cecilia lui faucha Jupiter…

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

Non loin Neptune semble tendre la main pour recevoir mon offrande, zut, je n’ai rien prévu, moi ! Est-ce bien le Dieu des eaux vives et des sources, d’ailleurs, on n’est pas sûrs, il n’avait pas ses papiers lorsqu’on l’a repêché dans le Rhône en 1859. On l’a décrété fils de Rhéa et de Saturne au vu de ses boucles mouillées, on suppose que ses yeux étaient incrustés d’argent. Sa statue est le seul grand bronze romain conservé à Lyon, les autres furent refondus dès l’antiquité où lors de leur découverte dans les siècles passés. Quoiqu’il en soit, je lui céderais volontiers les quelques pastilles pour la gorge qui traînent au fond de mon sac s’il promet de fermer le robinet des sécrétions rhumesques de ma prima donna. Vu son domaine de compétence, ça devrait aller, non ? En échange, je m’engage à manger du poisson tous les Mardi pendant un mois !

 
 

J’arrive devant le Dieu en chef, Jupiter qui a tout perdu sauf la tête ! Sa statue devait mesurer dans les 3 mètres de haut, on le reconnait à sa chevelure abondante et à sa couronne végétale ornée au centre d’un aigle aux ailes déployées. Jupiter le Romain s’émouvra-t-il de la méforme de Cecilia la Romaine ? Il est le dieu de la lumière, du tonnerre et de la foudre : lors des récitals de sa payse, ces trois éléments sont dispensés avec abondance pour sa plus grande gloire, non ? D’autre part dans les arias, il est souvent fait mention de lui, alors ? S’il faut employer les grands moyens je pourrai laisser entendre que j’ai des trucs à rapporter à Junon à propos de Danaé, de Cérès, d’Europe, d’Antiope…

 

 
 
 
 
 
 
 
 

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Un papillon trop plein d’ardeur (27).

Les oiseaux recommencent à chanter le soir, les jours s’allongent et grignotent le manteau du bonhomme Hiver, le printemps s’apprête à sortir de son lit… Ce galant déploie déjà toute sa voilure pour que les belles admirent ses 21 couleurs.

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