Cecilia entre les gouttes.

La belle Cecilia nous apprenait en Août dans une vidéo rigolote son départ à la nage de Capri pour rejoindre Saint-Pétersbourg afin de farfouiller dans les archives du théâtre Mariinsky où dormaient depuis 300 ans au moins des trésors de musique baroque (chic !) et classique (zzzzzz zzzzzzzz !). Carouf-mon-Chat et moi nous découvrîmes ensemble la salade russe de la Romaine lui couché sur le bureau, le menton sur mon bras comme souvent lorsque j’écoute quelque chose qui lui plait et moi le nez plongé dans sa rousseur. J’avais noté son comportement et mes impressions avec l’idée de cuisiner un billet rigolo pour cet endroit qui s’étiole mais j’ai procrastiné avec mon ressenti plus chèvre que chou. Les deux concerts à Lutèce arrivèrent, ils sont passés et je ne sais toujours pas comment trousser Anna, Elisabetta et Caterina les trois tsarines désireuses de poursuivre l’œuvre d’ouverture à l’ouest entreprise par Pierre le Grand. Ce trio un brin toqué dans tous les sens du terme invita des compositeurs occidentaux à sévir à leur cour de la Venise du Nord où les pauvrets abandonnaient leurs créations considérées comme appartenant à l’état russe lorsqu’ils regagnaient des contrées moins hivernales d’où la croyance qu’au pays d’Alexandre Pouchkine l’opéra débutait avec Mikhaïl Ivanovitch Glinka de son petit nom.

 
 
 
 

La pochette du CD où Cecilia se ressemble encore un peu.

 
 
 
 
 
 
 
 
Je serais certainement parvenue à ordonnancer tout ce petit monde si la chronique d’un désastre annoncé ne me désagrégeait pas jusqu’à l’os depuis deux semaines : Carouf a un cancer, Carouf ne sera peut-être plus là dans deux mois : à part des antalgiques et des anti-inflammatoires, on ne peut rien pour lui… Le jour atroce s’en vient où il faudra l’aider à mettre une dernière fois une patte devant l’autre pour franchir la grande lumière blanche, Carouf-ma-Bestiole, mon compagnon depuis 13 ans…

A présent comment séparer mon ressenti de ces arias de la catastrophe féline prévue ? Quand des émotions intenses s’entrechoquent elles finissent par s’agglomérer… Que tous ceux qui pensent «Que d’histoires pour un chat !» fichent le camp, ces parages ne sont pas pour eux, qu’ils gardent leur dédain, moi je garde ma peine ! Soyez heureux, elle finira bien par m’étouffer…
Je ne suis pas musicologue, je ne connais pas les mots savants pour parler de musique par contre je frissonne et je me liquéfie de toutes sortes d’émotions à l’écoute d’un air qui me plait, je ressens les choses d’abord avec le cœur, la raison arrive après avec ses grosses valoches. L’aspect technique d’un morceau de musique, classique ou pas me touche moins que la sensibilité, l’émotion dont le compositeur à teinté son œuvre et la sincérité de l’interprète qui donne vie à tout ça.
Lors de la première écoute de « Saint-Pétersbourg » l’air n° 1, « Vado a morir » m’apparut sombre et désespéré mais supportable puisqu’il était le premier. La musique de la première aria en russe, «Разверзни пёс гортани, лая» («Razverzi pyos gortani, laya», «Ouvre, chien, ta gueule aboyante») me plut beaucoup mais je trouvai un aspect crié dans le chant, ça n’était pas la Cecilia que j’aime. L’air «Иду на смерть» («Idou na smert» «Je vais à la mort») me parut un brin longuet, mon matou se lança dans de drôles de vocalises à cette écoute. Je retrouvai avec plaisir de l’énergie et de la fougue avec la piste 4 « O placido il mare », Carouf aussi puisqu’il reprit une écoute attentive. Ce chat aurait-il apprit l’italien en douce ? Pendant l’air « De’ miei figli » où la cantatrice demande aux Dieux de protéger ses proches, il entreprit de se frotter à moi pour une séance de câlins mutuels… Peut-être voulut-il par avance me consoler de mon décrochage pendant les airs n° 6 que je trouvai si ennuyeux que je ne pus pas l’ouïr jusqu’au bout et n° 7 que je n’écoutai qu’en diagonale ? Carouf s’en fut d’ailleurs observer Fourvière par la fenêtre, sans doute priait-il pour que les choses s’arrangent…

Heureusement la marche de Raupach m’apporta des vitamines, je revécus, youpiii !!! Las, je sombrai aussitôt dans la perplexité avec les trois dernières arias : en ce temps-là le baroque se mourait, regrets insondables et le classique affleurait, hélas, hélas…
Bigre, bigre… Seuls deux arias sur les dix enregistrées me touchaient, je m’inquiétai pour les concerts du 1er et du 7 Novembre, moi, j’espérai que les deux soirs seraient égaillés avec des choses gardées en réserve car le CD était plein.
Dans les deux arias rescapées la voix de Cecilia est toujours un chocolat chaud où l’on a envie de plonger pour qu’elle nous enveloppe le plus possible ce qui vaut mieux que de sauter dans la Neva pour y noyer sa désespérance.
Je m’étais à peine séparée d’«Otello» et de la chanson du saule de Desdemona le 17 Avril à Paris que les péripéties tantesques me happaient tout le printemps et voici que le cancer de Carouf me fait dégringoler de mon nuage ! Santa Cecilia ne m’aura pas porté chance en 2014…

Quelques mois plus tard le seul air qui me touche encore dans ce CD est «Иду на смерть» («Idou na smert» «Je vais à la mort») où la voix nimbée d’une peine infinie de la cantatrice voyage paisiblement du grave à l’aigu, des hauteurs aux profondeurs portée par un nuage de cordes dans un parcours très doux, très apaisé. Ce chant d’un amoureux sur les rives de la mort pour sa belle me projette dans un paysage campagnard où la brume recouvre tendrement les villages, les champs et le fond des ravins comme pour lui dire «Maintenant ne t’inquiète plus, dors et qu’un manteau de paix te tienne chaud… ».

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2 réponses à Cecilia entre les gouttes.

  1. GF dit :

    Bon, alors il faudra corriger le début de ce billet. Ce n’est pas au large de la Corse que la Belle barbotait l’été dernier. Mea culpa, Dominique. Je voulais en avoir le coeur net, je le lui avais demandé au moment de la signature de Saint-Petersburg, et la réponse est tombé comme un couperet : « Non, non, c’était au large de Capri »… Grrr… Confondre la Corse et Capri, quelle andouille je fais parfois!
    Sais-tu quoi? Depuis le concert de novembre, je n’écoute plus jamais ce disque. C’est bizarre, hein? Alors que Mission, oui… Je trouve après coup bien des qualités à ce disque, il y a tout un climat musical, quelque chose de bien plus riche…
    Les photos de ton chat sont bien mignonnes. J’espère qu’au paradis des chats où il est, il entend la voix de Cecilia…

    • Dominique dit :

      Voilà, j’ai téléporté la Romaine dans les bonnes eaux.
      « Saint-Pétersbourg » a plus de succès avec moi : j’écoute encore le deuxième air en russe «Idou na smert» que j’aime beaucoup maintenant et la marche de Raupach. Tout le reste ne me laissera de souvenirs que par rapport aux concerts.
      Je pense que si « Mission » nous avait pareillement déçus aux premières écoutes c’est parce que « Sacrificium » restera un aller simple pour le 7ème ciel alors que le sieur Steffani nous capture par des voies plus douces, plus raffinées mais finalement aussi efficaces.
      Avec le recul Cecilia a procédé avec raison en nous faisant redescendre brusquement de notre nuage, avec un autre CD baroque on serait devenus tellement accros aux folies rococos à la sauce bartolienne que nous n’aurions plus jamais voulu quelque chose d’autre !
      Mon Carouf emprunte les chemins de traverse pour s’établir au Paradis, il est toujours là et ça me mange les nerfs de ne rien pouvoir faire.

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