Au pays des cigognes (6)


26 Avril 2007 (1ère partie).
Aujourd’hui le réveil sonne tôt car nous devons attraper le petit tortillard qui de Cernay va nous emmener à Mulhouse où nous sauterons dans le train pour filer à 200 kilomètres/heure vers Strasbourg. Il fait beau, il fera chaud et de nouvelles merveilles en attendent deux autres : nous !
La gare de Strasbourg est en rénovation car bientôt le T.G.V. va enfin désenclaver l’Alsace ! Avant :

Pendant :

Désolée, je n’ai pas de photo de la gare après les travaux… Nous magasinons un brin avant d’attaquer la visite et nous avons le plaisir, l’honneur et l’avantage de croiser le tram.

Strasbourg m’a l’air d’une ville calme et tranquille, contrairement à Paris qui m’étouffe et où tout est démesuré.
Nous apercevons un bout de la cathédrale en arrivant par une petite rue transversale, nous progressons et je me dis que Notre-Dame de Strasbourg doit être plus vaste que Saint-Jean de Lyon, nous arrivons au bout de notre rue et je suis épatée par la longueur du bâtiment !

Sa hauteur me frappera plus tard, un ébahissement à la fois…
Nous entrons par le portail ouest, je suis sidérée par l’immensité des lieux, la hauteur des voûtes,

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
la clarté des lieux due à l’abondance de grandes verrières et de vitraux.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 

La nef, 103 mètres de long et 32 mètres de haut, est constituée de sept travées, le noyau de maçonnerie des piliers est entouré d’un faisceau de seize colonnettes, ils sont couronnés de chapiteaux au décor végétal. Je suis enveloppée par la sensation que ces pierres, ces ogives, ces statues recèlent quelque chose qui peut alimenter mon questionnement sans fin sur ma présence en ce monde, à m’aider à retrouver un peu de paix. L’endroit n’est pas bondé de touristes et ceux qui s’y trouvent sont discrets.

Nous avançons en admirant un très bel orgue qui connu des constructions et des restaurations successives aux 15ème et 17ème siècles. Au 18ème siècle, André Silbermann construisit un nouvel instrument renouvelé au 19ème et au 20ème siècle. De l’orgue de 1385 subsistent une tribune et ses statues polychromes. Quatre anges musiciens aux ailes déployées forment la clef pendante, un Samson déchirant la gueule d’un lion de tient sur le tailloir au-dessus de la clef. Deux personnages se dressent de part et d’autre de la tribune : à droite un marchand de bretzels et à gauche un héraut en pourpoint et en chausses collantes. Ces trois mannequins sont articulés et, à certaines occasions, un homme dissimulé dans le pied de l’orgue prêtait sa voix au marchand, les Strasbourgeois le baptisèrent le « Rohraffe » c’est-à-dire le « Singe hurleur ». Au milieu des offices ce personnage émettait des moqueries, des chansons paillardes, distrayant les fidèles au moment du sermon et même pendant l’administration de la communion ou du sacrement de la confirmation. Geiler de Kaysersberg s’en plaint dans une lettre adressée au magistrat de Strasbourg en 1501.

 
 
 

Nous scrutons la chaire édifiée en 1485 par Hans Hammer contre le troisième pilier nord de la nef.

 
 
 
 
 
 
 
Magnifique dentelle de pierre, elle marque le triomphe du gothique flamboyant, elle est décorée d’une cinquantaine de statues. Le corps hexagonal montre Jésus en croix entouré de Marie et de Jean :

Huit apôtres sont placés dans des niches dont les angles surmontés de petits baldaquins abritent des anges portant les instruments de la Passion.

La colonne centrale porte la Vierge à l’Enfant, sainte Barbe, sainte Catherine, saint Jean-Baptiste et un évêque.

La partie inférieure est composée des symboles des évangélistes, les colonnes extérieures comportent les Pères de l’Église qui remontent au 18ème siècle, plusieurs sont en albâtre.

 
 

La petite sculpture d’un chien se remarque sur les escaliers, elle rappellerait l’habitude d’un prêcheur de venir accompagné de son toutou.

 
 
 
 
Déposée pendant la Révolution, la chaire a subit des travaux de restauration sur Jésus en croix notament. Sur un vitrail du triforium sud, Juda, ancêtre de Jésus, regarde le soleil tout en désignant son pied de la main droite. A chaque équinoxe, à 11h38 précises, c’est-à-dire à midi à l’heure solaire de Strasbourg, un rayon vert en hiver et blanc en été surgit de ce vitrail et se positionne sur le dais surplombant Jésus en pierre sur la chaire.

Nous arrivons à la chapelle Saint-Laurent, patron de la paroisse de la cathédrale, datant de 1521 avec des formes encore très gothiques mais dont la grande surface annonce la Renaissance. La paroi Est est entièrement occupée par un autel de style baroque exécuté entre 1698 et 1705 en bois sculpté copiant des détail architecturaux qui encadrent le martyre de saint Laurent peint à la même époque. Deux niches latérales forment deux autels, l’un, abritant une Vierge à l’Enfant plus ancienne, du début du 16ème siècle est surmonté dune peinture représentant la mort de saint Jean Népomucène.

Plus loin nous voyons un superbe vitrail de 1200 représentant le Jugement de Salomon :

Nous admirons le portail Saint-Laurent du croisillon Nord daté pour une partie de 1505 :

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 

Saint Laurent et quatre saints :

 
 
 
 

 
 

Marie et les rois mages :

 
 
 
 
 
 
Non loin de là une cigogne ausculte la gorge d’un loup

tandis que Jésus enseigne :

Nous atteignons le croisillon nord où nous découvrons une frise d’autel sculptée de dragons ailés avec, à l’angle, une sirène qui allaite son petit tandis qu’à droite deux hommes nouent un gallon tressé et qu’un griffon termine la frise :

Cette niche abrite les fonds baptismaux, chef-d’œuvre du gothique flamboyant, datant de 1453 :

En face se trouve un Christ au Jardin des Oliviers datant de l’extrême fin du 15ème siècle : le Christ et les trois apôtres sont en grès, le reste en plâtre et comporte un très joli décor végétal.

 
 
 
 

Nous admirons un magnifique vitrail représentant Jean l’Évangéliste et Jean-Baptiste.

 
 
 
 
 

 
 
 

Nous passons devant la chapelle Saint-Jean-Baptiste

 
 
 
 
 
 
 
 
et devant l’autel Saint-Pancrace en bois polychrome et doré datant de 1522 et provenant de l’église de Dangolsheim.

 
 
 

Après le pilier nord de la croisée du transept

 
 
 
 
 
 
 
 
nous nous retrouvons à coté du chœur dont la hauteur me dépasse presque : il est surélevé car se situe au-dessus de la crypte. Il est orné de fresques du 19ème siècle et son plafond rappelle l’art byzantin. L’abside et la croisée du transept reprennent les dispositions de la cathédrale romane : le transept est immédiatement raccordé à l’abside à l’ordonnance polygonale. La croisée du transept suit la règle des grands édifices rhénans du 12ème siècle : une coupole surmontée d’une tour octogonale décorée à l’extérieur par une arcature aveugle. Cette galerie décorative est aujourd’hui le seul étage ancien de la tour qui couronnait la croisée. La partie supérieure de l’abside date du 19ème siècle et elle fut touchée par une des deux bombes qui atteignirent la cathédrale en 1944. Un mobilier liturgique moderne en marbre de Carcassonne a été installé dont la cathèdre ainsi qu’un nouvel autel majeur.

 
 

Sa fenêtre orientale est occupée depuis 1956 par un vitrail de Max Ingrand, cadeau du Conseil de l’Europe, “Notre-Dame de Strasbourg”. Marie a l’enfant Jésus sur ses genoux, il tient une fleur de lis, l’emblème de Strasbourg dans sa main. Nous voyons les douze étoiles du drapeau européen dans sa partie haute.

 
 
 
 

 
 
 
 
Dans la nef se trouve aussi le vitrail de la “Bible des pauvres” : en ces temps-là, peu de gens savaient lire et il fallait donc expliquer la Bonne Parole en images.
 
 
 
 
 
 
De l’autre côté du chœur nous atteignons la cantoria, la galerie des chantres dont les colonnes sont couronnées de chapiteaux à crochets richement décorés. A la fin du 15ème siècle on ajouta une balustrade à réseau flamboyant contre laquelle s’appuie un personnage : la légende raconte qu’il s’agit d’un architecte concurrent de celui ayant construit le Pilier du Jugement Dernier, prouesse architecturale de l’époque, qui prétendait que jamais un seul pilier ne pourrait soutenir une si grande voûte et qu’il attendrait pour voir le tout s’effondrer…

 
 
 
 
 

A côté se trouve la chapelle Saint-André :

 
 
 
 
 
toute romane avec ses chapiteaux bâlois (vers 1200) :

 
 

Comme partout, nous sommes cernées de très beaux vitraux.

 
 
 
 
 
 

Dans le croisillon sud nous méditons devant le Pilier du Jugement Dernier, un thème que toutes les cathédrales françaises aborderont au 13ème siècle. Le maître d’œuvre a choisi les personnages qui lui paraissaient les plus importants lors de la Grande Lessive finale et donna à Strasbourg une œuvre très humaine et empreinte d’une grande plénitude spirituelle. C’est un pilier octogonal, composé de quatre fortes colonnes et de quatre colonnettes qui reçoit la tombée des voûtes par un grand chapiteau terminal.

A environ trois mètres de haut les colonnettes sont interrompues par des chapiteaux à crochets que décorent les symboles des évangélistes (Mais si, vous savez bien : l’ange pour Matthieu, le lion pour Marc, le taureau pour Luc et l’aigle pour Jean !) et servent de socle à ceux-ci.

Matthieu et Luc :
Marc et Jean :


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 

Marc :

 
 
 
 
 
 
 
Ils sont surmontés de baldaquins à l’intérieur tapissé de décor végétal, des socles cannelés s’en dégagent qui portent quatre anges vêtus de la dalmatique de diacre : ils vont annoncer le Jugement avec les trompettes qu’ils portent.

 
 
 
 

Leurs têtes légèrement penchées vers le bas semblent dévisager la foule des pécheurs plus ou moins repentants que nous sommes. Au-dessus trois anges portent les instruments de la Passion :

 
 
 
 

la couronne d’épines

 
 
 
 
 
 

 
 

la croix et les clous

 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 

Le troisième portait une lance qui a disparu. Ils entourent Jésus, le seul personnage assis, au trône porté par de petits personnages, âmes libérées des Limbes.

 
 
 
 
 
Une légende dit qu’autrefois, le Diable survolait la terre en chevauchant le vent. Il aperçut ainsi son portrait sculpté sur la cathédrale : c’est le Tentateur en train de courtiser les vierges folles, représenté sous les traits d’un jeune homme séduisant. Très flatté et curieux il entra dans la cathédrale pour voir si d’autres sculptures le représentaient à l’intérieur. Retenu prisonnier dans le lieu saint il ne put en ressortir : le vent l’attend toujours sur le parvis et il hurle d’impatience aujourd’hui encore sur les places autour de la cathédrale. Le Diable, furieux, fait le courant d’air au fond de l’église à la hauteur du Pilier du Jugement Dernier.

 
 

Derrière nous l’horloge astronomique semble narguer le pauvre monde en lui égrenant qu’il n’aura jamais assez de minutes, d’heures, de jours, de semaines, de mois pour visiter l’édifice dans ses moindres recoins en déchiffrant et en comprenant tout.
 
 
 
 
 

 

La première horloge astronomique fut installée en 1354, dite “Les Trois Rois” elle comprenait un calendrier perpétuel, un astrolabe et une galerie où les Rois Mages venaient s’incliner devant une Vierge à l’Enfant lorsqu’un coq qui dominait le buffet cocoricotait à chaque heure : elle cessa de fonctionner au début du 16ème siècle. Une autre construite entre 1571 et 1574 lui succéda jusqu’à ce qu’une panne l’estourbisse en 1788, en 1838-1842 une restauration complète la ranima.

 
 
 
Haute de 18 mètres elle se subdivise en trois parties principales : le buffet intérieur, le corps central et une tour contenant les poids. Un globe terrestre se trouve sur le devant.

Au centre du buffet trône un calendrier perpétuel. Les quatre empires de l’antiquité figurent symbolisés dans les encoinçons, à gauche un compartiment est occupé par le comput ecclésiastique qui fixe la date de Pâques

et à droite s’inscrivent les équations solaires et lunaires.

Dans une ouverture au-dessus du calendrier sept divinités sur leurs chars représentant les sept jours de la semaine défilent jour et nuit : Diane le Lundi, Mars le Mardi, Mercure le Mercredi, Jupiter le Jeudi, Vénus le Vendredi, Saturne le Samedi et Apollon le Dimanche. Un cadran couronne cette partie inférieure de l’horloge, des aiguilles dorées indiquent l’heure moyenne de Strasbourg. Lorsque le chérubin de gauche annonce le premier coup des quart d’heure l’angelot de droite renverse son sablier. Le buffet est encadré dans les angles par deux lions tenant des éléments du blason de la ville. Un grand planétaire remplace l’astrolabe d’origine, les quatre âges de la vie humaine en animent les encoinçons. Au-dessus s’étend un coin de ciel étoilé où est fixée une sphère dont la rotation découvre la phase lunaire. Un oriel ouvert subdivisé en deux étages montre, en bas, un squelette figurant la mort devant lequel filent au quart d’heure, un enfant, à la demi-heure un adolescent, au troisième quart d’heure un homme d’âge mûr, un guerrier. Quand l’heure sonne un vieillard passe de droite à gauche devant la mort en tenant une faux et un os : il termine le cycle de l’heure équivalant ici à une vie humaine.

En haut, à midi commence le défilé des douze apôtres devant Jésus qui les bénit tandis que retentit le triple chant du coq qui rappelle le reniement de Pierre, symbole de la fragilité des choses humaines. Le prophète Isaïe domine l’oriel entouré des quatre évangélistes. La tourelle de gauche est couverte de panneaux illustrant Uranie, la Muse de l’Astronomie et Copernic, le célèbre astronome.
A côté, se trouvent les deux portails du croisillon sud

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
dont les tympans sont occupés par, à droite le Couronnement de Marie par Jésus, œuvre d’un naturel empreint d’une grande noblesse : le bras gauche de Jésus couronne sa mère tandis qu’il la bénit du bras droit.

A gauche la Dormition de la Vierge est représentée, datant de 1220 : le sculpteur a réussi à construire trois plans de personnages dans une profondeur de 30 centimètres seulement. L’équilibre de la composition est assuré par les corps pliés des deux apôtres situés aux extrémités du tympan et par les têtes des apôtres qui figurent un véritable cadre bordant la scène. Le corps de Marie s’affaisse sous des plis d’une grande souplesse, les traits du visage de Jésus qui bénit sa mère sont emplis d’une sollicitude affectueuse. Il tient sur le bras gauche une petite figure : c’est l’âme de Marie qu’il va introduire dans l’éternité, l’Assomption est annoncée. Dans ces deux représentations, les drapés très fins laissent deviner les lignes des corps.

Entre ces deux tympans Salomon trône, symbole de la justice à venir à la fin des temps et nous rappelle que l’évêque de Strasbourg rendait la justice du haut des marches de ce croisillon du transept.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Sous le piédestal du roi se tiennent les deux femmes dont il dû arbitrer le différent.

 
 
 

A gauche de la Dormition, on voit la statue de l’Église triomphante : on l’identifie au calice et la croix bannière qu’elle porte de sa main voilée. Elle est couronnée et dirige un regard bienveillant vers la droite du Couronnement où se tient celle dont elle est issue,

 
 
 
 

 
 

la Synagogue vaincue, l’Ancienne Alliance que l’on reconnait aux Tables de la Loi qui vont lui échapper, à la lance brisée, au bandeau qui l’aveugle et à la courone renversée à ses pieds (aujourd’hui détruite) faisant d’elle le symbole d’un monde dépassé.

 
 
 
 
 

 
 

Au premier étage de cette façade se trouve un cadran, c’est un élément extérieur de l’horloge astronomique du 15ème siècle sous lequel on voit une Vierge moderne.

 
 
 
 
 
 
 
Une galerie au tracé flamboyant de la fin du 15ème siècle amorce le deuxième étage, au centre de celle-ci on a placé un cadran solaire surmonté d’un buste daté de 1493.

 
 

Deux rosaces du 13ème siècle se nichent dans la partie supérieure, le galbe supérieur, encadré de tourelles est du 19ème siècle. Dans la niche du contrefort ouest du transept, placé sous un baldaquin, nous voyons l’Adolescent au Cadran daté du premier tiers du 13ème siècle.

 
 
 
 

 
 
 
 

Nous regagnons l’intérieur de la cathédrale pour continuer notre visite par la chapelle Sainte-Catherine.

 
 
 
 
 
 
Puis nous gagnons la travée centrale pour admirer la rosace, magnifique œuvre du gothique rayonnant d’un diamètre de 12 mètres, datée de 1318, elle se compose d’épis de blé et non de saints comme le veut l’usage : ils symbolisent la puissance commerciale de la ville.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Elle est inserrée dans un cadre carré pour démontrer que l’Église est l’épouse du Christ.

Le sentiment physique que ces couleurs, ces formes, ces jeux de lumières agencés avec tant de savoir, de ferveur et de constance recèlent quelque chose de précieux qu’il faut se mettre en état de recueillir se fait plus vif, je voudrai pouvoir toucher ces teintes anciennes, mettre mes mains dans leur lumière…
Nous sortons pour découvrir la façade et la hauteur de l’édifice me donne le tournis, je me sens brusquement toute minuscule.

La flèche de la tour nord terminée en 1439 culmine à 142 mètres et fut la seule construite pour éviter l’effondrement de la cathédrale construite sur des marais, elle est la plus haute construite au Moyen-Âge qui ait subsisté jusqu’à nos jours, grâce à elle la cathédrale de Strasbourg resta l’édifice le plus haut du monde jusqu’en 1874 date de l’achèvement de la flèche de l’église Saint-Nicolas de Hambourg (147 mètres). Une plate-forme surmonte la façade à 66 mètres de hauteur, la tour s’élève encore de 40 mètres puis se termine par la flèche, qui, octogonale à sa base, élève six étages de tourelles ajourées contenant les escaliers et se termine par une double croix, c’est un chef-d’œuvre de grâce et de légèreté.

En 1793 les révolutionnaires avaient exigé qu’on démolisse la flèche de la cathédrale qui par sa hauteur exceptionnelle blessait profondément le sentiment de l’égalité. Un strasbourgeois trouva un subterfuge : il insista sur l’intérêt qu’il y avait à se servir de cet immense pylône pour manifester jusqu’au delà du Rhin que, de ce côté-ci, on était dans le pays de la liberté. Il y hissa un énorme bonnet phrygien en tôle peinte. Si d’en bas cette architecture ambitieuse attire essentiellement l’admiration des foules des fidèles, à son sommet c’est surtout la foudre que l’édifice capta. Doigt pointé vers les cieux la flèche de la cathédrale subit la fureur des cieux à plusieurs reprises. Les architectes de l’époque trouvèrent bien une parade aux colères célestes mais la réalité des faits vint remettre en cause leur bon fondement. Pour la protéger ils gravèrent sur le bouton de grès rose de forme octogonale qui la surmonte des symboles religieux, des paroles bibliques en latin, des calices, des hosties, les clefs de Saint-Pierre, des clefs entrecroisées, des paroles divines, tout y passa et même la foudre par trois fois, en 1626, en 1654 puis en 1657 où l’éclair fendit la pierre et brisa la flèche. L’invention du paratonnerre mit un terme aux caprices de la nature.
D’après la légende la cathédrale reposerait sur d’immenses pilotis de chêne s’enfonçant dans les eaux d’un lac souterrain. Dessus rôderait une barque sans passeur mais dont on entendrait néanmoins le bruit des rames. L’entrée du souterrain se trouverait dans la cave d’une maison juste en face de la cathédrale, elle aurait été murée il y a quelques siècles.
Deux frises du 14ème siècle courent sous les balustrades de la galerie : au sud la frise moralisante montre les faibles créatures que nous sommes coiffées du bonnet caractéristique d’un juif, souillées et traînées par deux bien horribles démons figurant les passions humaines tout droit en la chaleureuse compagnie de Mr. Lucifer et de ses diablotins si joueurs pour au moins une éternité ou deux : joueurs de dés, attentats à la pudeur, initiation à la chiromancie. Un véritable sermon sculpté avec une pointe satirique qu’aucune autre cathédrale ne possède. Immédiatement au-dessus de la rosace se trouve la “Galerie des Apôtres” en réalité elle représente l’Ascension de Jésus : les personnages regardent vers un Christ en gloire.

Au-dessus de cette scène nous assistons à un Jugement Dernier daté du 19ème siècle appliqué sur le beffroi.
Dans le portail latéral nord le tympan représente la jeunesse de Jésus.

Dans les voussures nous admirons des saintes et des saints dans des attitudes variées.

Au-dessous, dans des niches se tiennent les Vertus aux visages grimaçants et aux postures maniérées terrassant les Vices représentés comme des marmousets.

 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 

Le portail central est formé d’un immense galbe montrant le trône de Salomon encadré de douze degrés sur lesquels jouent douze lionceaux représentant les tribus d’Israël. Une Vierge à l’Enfant surmonte ce trône elle-même dominée par une tête barbue représentant Dieu le Père.

Tout au long du galbe se tiennent des musiciens puis des voussures retracent des scènes de la Bible ainsi que les figures des évangélistes et des Pères de l’Église. Dans les niches du dessous se tiennent douze prophètes d’Israël aux expressions dramatiques, aux draperies très creusées avec des plis cassés et aux cheveux en tire-bouchon.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le tympan montre l’entrée de Jésus à Jérusalem, la Cène, l’arrestation, la Passion,
l’arrestation, le jugement des âmes.

 
 
 

Sur le pilier central du portail se trouve une statue de la Vierge à l’enfant moderne.

 
 
 
 
 
 
 
Le portail latéral sud comprend un tympan au Jugement Dernier. De part et d’autre nous admirons la représentation sculptée de la parabole des vierges sages et des vierges folles que l’on trouve dans Matthieu 25 1-13. A gauche se trouvent les vierges sages tenant les lampes qu’elles allument à l’arrivée de l’époux, Jésus.

A droite le Tentateur, beau jeune homme souriant et séduisant, sûr de son charme montre une pomme aux vierges folles qui ont renversé leurs lampes. Sa tunique très élégante se dégage légèrement en arrière de son épaule gauche laissant voir sa vraie nature : un immonde grouillement de vipères et de crapauds. A sa droite une des jouvencelles porte la main à son vêtement pour le retirer (là, il faudra que l’on m’explique enfin en quoi l’Amour et sa consommation sans modération constituent un péché capital…).

Sur les socles de tout ce petit monde des médaillons représentent les signes du Zodiaque et les travaux des mois :
le Bélier :le Taureau :

 
 
 
 
 
 
 
 
 
le Cancer :le Lion :

 
 
 
 
 
 
 
 
 
la Vierge :le Verseau :

 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 

les Poissons :

 
 
 
 
 
 
Audrey me demande si je veux monter sur la galerie mais j’ai le vertige rien qu’en montant sur une chaise alors tant pis pour le panorama même si les gargouilles se fichent de moi !

Juste à ce moment, une sorte d’énorme coup de gong grave retentit. “Et en plus elle cause !” m’exclamais-je.

 
 
 
 
 
 
 
 
 

A suivre…

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Une réponse à Au pays des cigognes (6)

  1. BAS Alix dit :

    Bravo pour votre site. Je reviens de ce beau pays d’Alsace et j’ai appris beaucoup de choses grace à vous. Encore merci

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