Plouff dans le canal ??? (6)

On est Samedi, le flux des visiteurs va s’enfler de ceux en baguenaude pour la fin de la semaine dans la cité lagunaire… Je décide de me réfugier dans les profondeurs de san Polo et de santa Croce.

Ce matin et jusqu’au milieu de la matinée la Sérénissime mérite son nom, les touristes expérimentent la grasse matinée sur couches montées sur pilotis. Ravie je contemple un Rialto désert mais zut ! l’agitation folâtre que j’aime tant sur le Grand Canal se prélasse encore dans ses draps.

 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Je longe la fondamenta del Vin les yeux grands ouverts

puis j’emprunte la calle del Paradiso, humm, n’y serais-je pas, au Paradis, par un tel matin à Venise ? Vive les lève-tard !!

 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Je chemine plan-plan jusqu’au campo santa Maria Mater Domini

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
où ma première marque de Petit Poucet m’attend sur une façade à côté d’un pont, le lion gratté.

 
 

 
 
 
 
 
 
 
En 1310 les Tiepolo alliés à d’autres familles nobles tentèrent de renverser le doge Pietro Gradenigo, la conjuration échoua et l’on fit graver un lion de saint Marc sur les maisons des coalisés. Dès qu’ils le purent les propriétaires les firent effacer de leurs façades. Certains prétendent que le félin gravé et gratté de la Ca’Zane ne serait pas d’époque mais plus récent…
Devant l’église santa Maria Mater Domini à la porte close le Tintoret et moi prenons rendez-vous pour plus tard.

 
 
 
 
 
 
 
 
 

Sans embrouillamini je retrouve comme prévu l’Agneau de Dieu et les symboles des quatre Evangélistes sur la façade du palazzo Agnusdio.

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
La famille noble Agnusdio habitait cette demeure mais elle s’éteignit en 1242 et l’on suppose qu’elle ne donna pas son nom au palazzo mais qu’il provient plutôt de la sculpture de l’Agnus Dei présente sur la façade. La figure qui représente les quatre Evangélistes sous forme de symboles s’appelle un tétramorphe du grec « tétra » « quatre » et « morfos » « forme ». Ces emblèmes sont inspirés de la vision d’Ezéchiel (1, 5-14) et de celle des Quatre Vivants de l’Apocalypse de Jean (4, 6-9) interprétées par saint Jérôme : Matthieu sous l’aspect d’un homme car son évangile débute par la généalogie humaine de Jésus, Marc sous celui d’un lion car son récit évoque d’abord Jean-Baptiste qui rugit comme un lion dans le désert, Luc comme un bœuf, animal sacrificiel, car il commence sa narration en mentionnant Zacharie offrant un sacrifice à Dieu et Jean par un aigle pour l’élévation de sa doctrine. Au premier siècle de nombreux évangiles relatant la vie de Jésus circulaient, au 2ème siècle Irénée de Lyon soutint que, comme il existe 4 régions du monde et 4 vents principaux l’Eglise, répandue sur toute la terre devait se fonder sur 4 évangiles. On retint ceux de Matthieu, de Marc, de Luc et de Jean car ils comportent de très nombreuses ressemblances et qu’ils renforçaient la doctrine sur laquelle l’Eglise naissante voulait s’appuyer pour affermir et accroître son emprise. Tous les autres furent écartés, anathématisés, on les prétendit non inspirés par Dieu : il fallait empêcher les brebis dociles de brouter un peu à l’écart, de considérer le pâturage qu’on leur délimitait d’un regard vraiment curieux… Les malheureuses jugeraient sans doute que leur étable sent le renfermé !

Je passe devant une corte verdoyante

avant de rejoindre un Grand Canal bien vide et tristounet…

Le palais du Département de Planification de l’Université d’Architecture (mais que fabrique-t-on là-dedans ?) se repose, quelques-uns de mes trophées du jour sont inaccessibles.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Dis, Jupiter, tu m’emberlificotes tout ça, que je me perde enfin ? Il manque l’essentiel si l’on découvre la cité des Doges sans cassage de tête… Deux canaux, quelques Turcs,

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
un musée d’histoire naturelle, un gentil carlin

 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
et d’étranges traces de dinosaure plus tard

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
le haut-relief avec le lion pose fièrement pour la photo sur le côté sud est de l’église san Giovanni Decollato.

Cette sculpture qui représente Jean-Baptiste orna jusqu’au 20ème siècle la façade du palazzo Gidoni-Bembo. Pour impressionner les enfants afin qu’ils obéissent les habitants du quartier leur racontaient qu’elle représentait la tête d’un nommé Biasio assassin de nombreux marmots. Au 16ème siècle, Biasio, un restaurateur du quartier était célèbre pour une délicieuse sauce à la viande qui attirait beaucoup de monde dans son auberge. Un jour un client découvrit une phalange dans son assiette, après enquête on découvrit que le maître coq utilisait de la chair d’enfant pour préparer sa recette. On le traîna derrière un cheval jusqu’à sa taverne où on lui coupa les mains que l’on accrocha à son cou. On le tortura avec des tenailles et on le pendit place san Marco entre les deux colonnes de la piazzetta. On découpa son corps en quatre morceaux qui furent pendus à différents endroits de la ville. On rasa sa maison et sa taverne. Malgré l’horreur de l’histoire le quai a gardé le nom de « Riva de Biasio » et un arrêt de vaporetto à pris ce nom…

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Quand on est des toutous on apprécie les campi où l’on dispose de toute la place pour fofoliser.

 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Les Dieux s’éveillent doucettement et compliquent vaguement ma quête : la fondamenta que je dois suivre est barrée par une entrée privée comme nos traboules le sont parfois. Je traverse le pont presque adjacent et je me retourne pour examiner la chose : à côté de cette clôture j’aperçois le rio terrà d’Isola d’où je dois dénicher la calle della Vida pour remporter mon prochain trophée. Je rebrousse chemin et, à force d’obliquer toujours à main droite le pavement différent s’offre à ma curiosité. Autrefois un canal entourait complétement le petit quartier perdu où je me trouve, il fut comblé pour devenir le rio terrà dell’Isola et la calle della Vida, la petite ruelle de l’isola abritait autrefois une aciérie dans son coude.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Venise, je t’en conjure, ne m’épargne plus tes labyrinthes, j’ai voyagé jusqu’à toi pour eux… En deux pas me voici sur le campo san Giacomo dell’Orio, un petit chien se précipite vers moi, il s’assied en me regardant d’un air amical mais lorsque j’avance la main vers lui il prend peur et il aboie comme un perdu. Sa patronne se tamponne la tempe « Il est fou… ».

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