Plouff dans le canal ??? (2)

Cette nuit j’ai rêvé de Donna Leon
Dans la calle (rue) sous ma fenêtre je vois un grand charriot bâché d’où dépassent des chaises et des parasols, ça doit être le matériel d’un resto pas loin entreposé là pour la nuit.

La salle du déjeuner est petite mais nous ne sommes pas nombreux, c’est copieux et varié : je chourave de quoi caler une dent creuse vers les 11h. Je sors de l’hôtel et je tombe non pas dans le canal mais sur un bateau en cours de déchargement de denrées alimentaires et sur les éboueurs par voie navale : à Venise tout se transporte d’abord par bateau jusqu’au débarcadère adéquat puis à bras d’homme.

On voit partout des gens avec des diables plus ou moins imposants et avec ou sans sonnette occupés non pas à négocier les meilleures conditions de leur séjour en Enfer mais à transbahuter des choses.

Je retrouve sans souci le campo (place) san Bartolomeo, il n’est pas 9h et à Venise on parle déjà plein de langues et même un peu italien. Je croise une rangée de téléphones publics sans cabine. Ces bavards de Vénitiens ne sont-ils pas soucieux de protéger leur intimité ? A moins qu’en bons latins partageurs ils pensent captiver l’univers avec leurs conversations…

 
 
 
 

J’entre dans l’église san Salvador.

 
 
 
 
 
 
 
Une jeune femme s’agenouille et se met en prière. Un homme allume des cierges sur un porte-cierge où ils tiennent avec des sortes de pinces, je n’avais jamais vu ce système. J’attends qu’il s’éloigne et j’allume mon premier cierge vénitien, je photographie mon fait d’arme

aussitôt le type revient et me fait comprendre par gestes que « No foto ! ». Dans toutes les églises où j’entrerais je verrais quelqu’un pour monter la garde et principalement pour empêcher les photos pour garantir la préservation des œuvres. Quand je pense qu’au Louvre on peut tout photographier, Joconde en tête… Je range mon appareil et je visite l’église très belle qui contient de nombreux tombeaux.

Le chœur est magnifique et recèle une transfiguration peinte par le Titien mais un gros bouquet de fleurs artificielles le dépare un peu.

A sa droite se trouve «Le Christ à Emmaüs» de Vittore Carpaccio dont j’admire longuement les couleurs, la finesse de la composition et dont j’essaie de déchiffrer la symbolique, aspirée par l’œuvre et oubliant tout le reste .

Je sors de l’église éblouie et frustrée de ne pouvoir emmener un souvenir des merveilles que j’y découvris : je me console en songeant que je trouverai sans doute de quoi rester des heures en contemplation et approfondir les choses sur Internet de retour à Lyon.
Je croise un passage minuscule, curieuse, je le suis et je me retrouve dans une petite corte (cour) avec d’un côté un balcon fleuri et de l’autre des chaises et une table pour prendre l’air en piapiatant entre voisins.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Les gondoliers fourbissent leurs embarcations et leurs chaussures, enfilent leurs marinières bleues ou rouges et véhiculent leurs premiers clients, japonais pour la plupart…

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 

Un peu par miracle malgré l’itinéraire le plus précis possible que j’ai établi à Lyon en pestant contre la petitesse du plan et les noms de rue absents, je déniche le siège de l’Alliance Française de Venise, l’ancien casino Venier. On trouve la première trace écrite des casinos (petite maison en italien) en 1282. C’étaient des lieux privés et intimes pour discuter, s’amuser, parfois des lieux de rendez-vous amoureux mais surtout des cercles où assouvir sa passion du jeu. Certains s’y ruinaient en une nuit et les autorités légiférèrent dès 1506 en interdisant les jeux de dés et de cartes dans les casinos mais la fièvre ludique embrasait trop les esprits et ce décret eût la conséquence d’un coup d’épée dans la lagune malgré de lourdes sanctions : un noble risquait la privation des charges officielles pendant 10 ans et une amende de 300 ducats et le vulgum pecus encourrait le bannissement de Venise pendant 10 ans. En 1609 les employés des casinos s’exposaient à 6 ans de prison et s’ils récidivaient, leur nez et leurs oreilles risquaient l’amputation par le bourreau de la République. Mais plus c’est défendu meilleur c’est aussi, en 1638 le gouvernement autorisa les casinos pour mieux les contrôler pour les réinterdire en 1774 alors qu’on en dénombrait 118. A la fin de la République en 1797 on en recensait 136 : beaucoup furent détruits et aujourd’hui il n’en reste plus qu’une dizaine.
Je sonne et une jeune femme m’accueille en français. Nous montons à l’étage où elle me donne des feuilles de documentation plastifiées sur les lieux puis elle retourne rejoindre une collègue dans la pièce à côté. Le casino appartenait au procurateur Venier mais servait surtout à son épouse, Elena Priuli. Les sols en marbre cimenté, les stucs, les miroirs et les fresques datent de datent de 17510-1760. L’agencement des pièces suit le schéma typique des palais vénitiens avec une entrée centrale qui désert les différentes salles . Au-dessus de l’escalier d’arrivée, deux grilles dorées en bois sculpté délimitent l’espace des musiciens où ils jouaient sans être vus des hôtes.
J’ai juste le temps de photographier le judas pratiqué dans le sol juste au-dessus de l’entrée qui permettait de voir qui arrivait et à qui le souhaitait de prendre la poudre d’escampette en cas de visiteur indésirable qu’un groupe de scolaires et qu’une horde de touristes envahissent les lieux : c’est plein à craquer et je m’enfuis ! Juste devant se trouve un embarcadère à gondoles.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Je débouche piazza San Marco et je frémis d’horreur devant la marée humaine : c’est à croire que l’ensemble des touristes de la péninsule italienne y tiennent leur congrès annuel, ça grouille, ça surabonde, ça moutonne, ça ondule comme l’herbe sous la brise, ça se déplace par paquets en faisant tout juste attention à ce que leur guide au fanion ou au parapluie leur montre sans avoir de vraie curiosité pour grand-chose, on est à Saint Marc, on photographie à tour de bras pour bien montrer à tout le monde au retour que l’on a « fait » Venise, nous ! Un brouhaha, une clameur continue s’échappe de cette masse au-dessus de laquelle planent des mouettes rigolardes. Très vite je règle mes appareils auditifs en mode « Je n’entends rien » et une petite dose de tranquillité me revient…

Deux longues files d’humains serpentent à l’entrée de la basilique et du campanile, j’ai le vertige à l’idée de m’y agglomérer…

Tant pis, ce sera pour une autre vie, je sais que je rate des merveilles mais me coincer dans une telle foule c’est au-dessus des forces de la misanthrope agoraphobe que je suis.

Comme lorsque je suis coincée dans la foule du marché, je me transforme en bulldozer pour faire consciencieusement le tour de la piazza et de la piazzetta, les deux seules places de Venise, toutes les autres sont des campi,

je croise une bonne sœur aux prises avec le diable dans la foule indifférente,

je tombe sur l’entrée de la police (Commissaire Brunetti, êtes-vous là ?)

ou une citadine de pierre vient déplorer le vol des pattes avant de son éléphant.

Le lion de saint Marc déploie ses ailes sur le palais des Doges

de loin je remarque les deux colonnes roses sur la galerie supérieure du palais, toutes les autres sont blanches. Le Doge se tenait paraît-il là lors des cérémonies et on annonçait d’ici les sentences des condamnés à mort à la foule, le rose rappellerait la couleur de leur sang.

De l’extérieur je fais quelques photos du Florian pendant que son orchestre massacre on ne sait trop quoi pour les clients de la terrasse qui n’écoutent pas, ça ne fait que quelques décibels de plus au vacarme ambiant.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Devant le café, je photographie la plaque rappelant la destruction au 13ème siècle de l’église des san Germiniano et Mena.

Un placard interdit de nourrir les pigeons : tous les cafés et tous les vendeurs de sandwichs devraient donc fermer boutique illico ! Depuis 2008 il est interdit de ravitailler ces bestioles accusées de salir et d’endommager les façades et les monuments de la ville et les réfractaires encourent d’énormes amendes. On estime à 120 000 le nombre de ces bêtes à plumes soit le double de la population Vénitienne résidente…

L’entrée de la Biblioteca Nazionale Marciana me fait de l’œil.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Je me garde bien de passer entre les deux colonnes monolithiques rapportées d’Orient en 1125 et qui portent les emblèmes des patrons de la ville, ça porte malheur car c’est l’endroit où l’on exécutait les condamnés à mort. Au sommet de l’une saint Théodore terrasse un crocodile et à la cime de l’autre le lion ailé de saint Marc tient un livre ouvert en temps de paix et fermé en période de guerre. Ces deux colonnes marquaient l’entrée de Venise quand la ville n’était accessible que par la mer. On prévoyait d’en installer une troisième mais elle tomba à la mer lors de son transbordement.

L’emplacement entre ces deux colonnes est le premier lieu où il fut possible de jouer aux dés à Venise : on sut les ramener des pays lointains mais pas les redresser sur leurs socles, c’était ballot !! En 1172 l’ingénieur Nicola Starantonio Barattiero y parvint en bloquant une extrémité de la colonne tout en nouant des cordes fixées au sol à l’autre bout. Il les mouilla, elles rétrécirent mécaniquement en longueur à mesure que leur diamètre augmentait et la tête de la colonne se souleva. On plaça des billot de bois au-dessous et on recommença jusqu’au redressement complet des cylindres de pierre. En récompense, l’ingénieur obtint l’autorisation de jouer aux dès et même d’organiser un tripot à cet endroit.
De l’embarcadère à gondoles je contemple l’île de san Giorgio Maggiore.

J’emprunte la galerie sous les arcades du palais des Doges,

je traverse la file d’attente des visiteurs de la basilique pour mieux voir les trois mâts sans leurs pavillons de jour-là qui symbolisaient les trois royaumes conquis par les vénitiens : Candie (la Crète), la Morée (le Péloponnèse) et Chypre. Au temps des Doges, les bannières de ces trois possessions ornaient le sommet des mâts : sous Napoléon Ier un obscur Giuliani prétendit qu’ils figuraient une tyrannie et il réclama leur destruction. Après de longs palabres, on décida qu’ils évoquaient la Liberté, l’Égalité et la Vertu. De nos jours y flottent le drapeau rouge et or de Venise, celui vert, blanc et rouge de l’Italie et celui bleu aux étoiles d’or de l’Europe.

Sur le côté gauche de la basilique des pigeons à plumes prennent leur bain,

je me cogne contre un groupe de français que leur guide à du mal à discipliner pour leur expliquer des choses, on annonce un concert de Vivaldi par un ensemble spécialisé dans ce répertoire-là.

Je suis effarée par le prix d’un soda ou d’un peu de coca.

Je quitte l’endroit sans regret, je contourne un embarcadère à gondoles où des japonais ravis se font plumer : le tarif pratiqué est de 120 € pour 50 minutes plus 40 € par tranche de 20 minutes supplémentaires…

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Je m’emporte fureter à l’angle du rio terrà de le Colonne et de la calle dei Fabri pour trouver une trace du passé bien plus rigolote à mes yeux que tous les bonnets de doge que l’on pourrait me montrer. Ne sachant pas trop où ça se trouve ni quelle grandeur ça peut avoir je scrute les murs de haut en bas et je recommence de bas en haut sur quelques mètres de la calle et du rio terrà sans rien trouver.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Je demande à la boutique au coin des deux mais on ne connait pas, je reprends mon inspection des lieux comme une archéologue sur la piste d’un vieux code secret. Saperlotte ! Si les vieux parchemins (achetés trois sous sur Amaz*n) disent que là se trouve la marque des anciens initiés c’est qu’elle y est ! Têtue j’écarquille les yeux, j’examine davantage de rio terrà et de calle, je suis venue jusqu’ici pour trouver cette peinture et je ne repartirai pas sans l’avoir photographiée, nan mais ! Les passants pressés doivent se dire que j’ai perdu quelque chose… C’est en me relevant après avoir refait un de mes lacets que j’aperçois un truc bizarre sous les arcades, juste en face de la boutique : alléluia ! c’est bien la fresque au jeu de dé avec une lanterne !! La date indique 1691 mais on pense qu’il s’agit d’une réalisation plus récente.

Très fière de moi je rejoins le campo San Luca où j’immortalise les deux emblèmes sur le pied du mât porte-drapeau : personne ne se soucie d’eux, la redresseuse de torts que je suis y remédie d’un très beau « clic ! ».

Ces deux macarons rappellent les deux confraternités qui participèrent à la défaite de la conjuration de Bajamonte Tiepolo en 1310, la scuola della Carità (confraternité de la Charité) et la scuola dei Pittori (confraternité des peintres). La famille Tiepolo alliée à quelques familles patriciennes complota afin de renverser le doge Pietro Gradenigo mais les milices dogales alertées barrèrent la route des insurgés et tout ce monde-là s’empoigna joliment piazza san Marco. Les insoumis fort cabossés durent s’enfuir par les Mercerie en direction du Rialto. Au bout de la rue, Giustina, une femme âgée fit tomber son mortier sur les fuyards, Bajamonte Tiepolo fut estourbi sur le coup.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Je rallie le teatro Goldoni

et je déniche sans trop chercher la tête de la vieille femme.

Une avare de la paroisse de san Paternian planquait ses sous dans la doublure d’une vieille redingote qu’elle laissait au grenier. Un jour d’hiver , son fiston Vincenzo Quadrio qui ne savait pas donna le vieux manteau à un pauvre du quartier. Une semaine après la radine voulu rajouter quelques deniers à son magot mais ne trouva plus le vêtement. Pour aviver le zèle de sa progéniture à récupérer la défroque elle promit qu’il hériterait de tout son contenu, le fiston enquêta, il se déguisa même en mendiant sur les marches du Rialto. Il retrouva son malheureux et, sous prétexte du froid intense, il échangea son épais paletot contre la pauvre harde de l’indigent. Avec le pécule récupéré il ouvrit une pharmacie florissante décorée à l’arrière d’une sculpture représentant sa mère assise, son rejeton à ses pieds. Aujourd’hui le haut-relief en marbre est réduit à la tête de la vielle femme entourée d’un cèdre impérial, enseigne d’une apothicairerie voisine, disparue de nos jours, des armes des familles Bembo et Moro et de l’écusson de la confraternité de san Rocco à qui la maison appartînt successivement.
Mon plan dans une main et mon sens de l’orientation facétieux dans l’autre je continue mon jeu de piste des trucs bizarres de Venise, direction le Canal Grande. La mécanique des sensations humaines est une alchimie bien étrange : dès mon arrivée piazzale Roma je suis montée dans un vaporetto, j’ai vu le Rialto, j’ai entendu parler italien, j’en ai aligné trois mots, j’ai vu des embouteillages de gondoles, j’ai emprunté des calli (rues), j’ai traversé des campi ( places)et des ponts mais ça n’est que devant la carte postale vivante du Canal Grande et son animation plus moins désordonnée que je me dis « Ben ça y est, j’y suis, à Venise ! ». Allez comprendre…

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Je m’arrache à ma contemplation béate et me voilà sur la gauche du palazzo Loredan où personne ne remarque la plaque de commémoration d’un événement qui réjouit la féministe que je suis : apprenez, passants aveugles, le nom d’Elena Lucrezia Cornaro Piscopia, la première femme lauréate d’une université en ce triste monde !! Elle naquit ici même et fut diplômée de philosophie en 1678 à l’université de Padoue alors sous domination vénitienne : la première université ouverte aux femmes le fut à Zurich en 1867.

Sur la deuxième colonne à partir de la gauche de la façade du palazzo Loredan je débusque le graffiti de l’homme à la pipe. Il faut vraiment avoir le dessin en tête pour le trouver…

Selon la légende Biagio un ancien pêcheur apprécié de tous fumait tranquillou sa pipe devant le palais en rendant de petits services aux habitants du coin pour gagner un peu d’argent. Un soir sur le Grand Canal l’eau devint rouge sous le sillage d’une gondole, les flots s’ouvrirent, l’embarcation resta suspendue en équilibre et le gondolier s’enfuit à la nage. Deux énormes bras noirs aux mains griffues sortirent de l’eau et arrachèrent la felze (la cabine de la gondole), Biagio aperçu deux fillettes dont les mains s’emparèrent. Satan surgit des flots avec sa tête de monstre cornue ! Les deux enfants faisaient partie de la famille Gradenigo dont le père, désireux d’apprendre la magie mais pas doué, permit par maladresse au diable de s’approprier l’âme de ses filles. Biagio repoussa Lucifer avec ce qu’il avait : sa pipe qu’il jeta à dans l’onde mais que peut une bouffarde face à tant de malignité ? Il proposa au démon de prendre son âme à la place de celle des deux bambines en ouvrant les bras pour bien montrer qu’il s’offrait en sacrifice. Le Tentateur se moqua de lui qui osait se comparer à Jésus et lui répondit qu’il libérerait les fillettes seulement si ses bras pouvait étreindre le monde entier. Aussitôt les bras de l’ancien pêcheur se détachèrent sans douleur de son corps et s’envolèrent suivis d’une armée de chérubins. Satan en resta sidéré et libéra les demoiselles et le vieux Biagio.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Toujours à deux à l’heure et le nez au vent, je vais sur le campo Manin où pas un des visiteurs affalés autour et un peu sur la statue ne remarque la plaque au sol rappelant l’emplacement de l’ancienne église San Paternian détruite en 1871.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Elle fut construite au 10ème siècle et elle possédait un campanile élevé en 999 qui était le plus ancien après celui de san Marco avant l’effondrement de Pépère le 14 Juillet 1902 à 10 heures. Sa tour à elle se caractérisait par sa forme polygonale à l’extérieur et circulaire à l’intérieur un peu comme les tours médiévales que l’on trouve dans les campagnes irlandaises. On démolit l’église pour gagner la place d’édifier le monument à la gloire de Daniele Manin.

Le nom du pont san Paternian qui mène vers le campo sant’Angelo rappelle aussi l’existence de cette église.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Après quoi je fais au moins dix fois le tour du campo en cherchant à chaque angle la plaque de l’ancienne maison d’Aldo Manuzio, l’inventeur des caractères italiques et le plus grand éditeur de la Renaissance vénitienne. Il entreprit de sauver les meilleurs textes menacés par l’Inquisition et il aidât ainsi la propagation de la révolution culturelle des humanistes de son temps. Pour mieux diffuser ses ouvrages, Aldo Manuzio réalisa des volumes plus petits donc moins chers et plus pratiques. Une de ses créations les plus connues est «Le songe de Popliphile» attribué à Franscesco Colonna paru en 1499 souvent considéré comme un des plus beaux livres de la Renaissance. Râlant et pestant, j’abandonne et que trouvè-je au bout de la rue, contre l’horrible bâtiment moderne, hein, je vous le demande ??

Le siège de la Cassa di Risparmio est une des rares atrocités architecturales de Venise : aucune construction d’édifice «contemporain» n’a été autorisé dans le centre historique depuis.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Un rio terrà est un ancien canal comblé de terre et de sable : j’en déniche un au nom trop tentateur pour que je ne l’emprunte pas.

Non, non, je n’ai pas quitté la Sérénissime pour Pise et non, je n’ai pas mal cadré, les pilotis n’arrêtent pas de travailler sous Venise…

Calle Crosera je trouve mon dernier trésor du jour très facilement : la chaussure sculptée. Ce bas-relief rappelle l’emplacement du premier siège de la confraternité des cordonniers allemands fondée en 1383 (scuola dei Calegheri en vénitien).

Je range mon itinéraire et mon plan dans mon sac à dos, affamée, avide de boire quelque chose de frais je regarde trop vaguement la carte du premier resto venu et je me fais bellement arnaquer, ça m’apprendra ! Je dîne avec deux jolies madames

entre deux touristes russes et deux autres allemands. Une vénitienne occupe la table de l’autre côté des Teutons et en bonne Italienne soutient à la fois une conversation en anglais avec eux et une autre en italien avec son voisin du bout de la rangée. Tous les vénitiens auxquels j’ai eu affaire ont été gentils, serviables, attachés à la politesse, compréhensifs avec mon microscopique vocabulaire d’italien et désireux de nous trouver un moyen de nous comprendre.
Mon festin dégusté je déambule au hasard,

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
je croise le seul canal souterrain de Venise : une partie du rio del Santissimo passe sous le chœur de l’église santo Stefano.

 
 
 
 
 
 
 
 
 

Je me retrouve devant la Fenice dont je réserve la visite pour un jour de mauvais temps.

C’est là que Cecilia Bartoli enregistra un disque consacré à des arias de Rosini.

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Je rentre au Bartolomeo sans plan et par des sentiers sûrement très détournés.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Je commence à décrire ma promenade dans mon calepin et puis je m’avise que cela prendra bien trop de temps car j’ai beaucoup à raconter : je songe alors qu’acheter un ordinateur portable en vaudrait la peine mais où dénicher ça à Venise même car je me suis promis de ne plus voir de voiture et assimilé pendant deux semaines, il n’est donc pas question que j’aille à Mestre. Le réceptionniste m’indique très gentiment le magasin d’informatique où ils s’adressent quand ils ont un souci, il va même jusqu’à surligner l’itinéraire au crayon à papier sur mon plan de la ville. Le vendeur ne parle pas français et moi pas la langue du dernier Doge mais nous nous comprenons très bien et je fais l’emplette de la magnifique machine sur laquelle je tape ces lignes. En passant devant une superette je me procure la brosse à dent que j’ai oubliée à Lyon, tête à courants d’air que je suis !
Le soir je me restaure non loin du teatro Malibran

avec encore une pensée pour ma diva préférée. C’est là que je caresse mon premier chat de Venise, tout noir et amical mais parti avant que je puisse l’immortaliser tout entier.

Je ne traîne pas car j’ignore comment Venise est éclairée la nuit et là, privée de mes points de repère je risque de vraiment me paumer…

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Une réponse à Plouff dans le canal ??? (2)

  1. GF dit :

    Soyez sans crainte, Dominique, les rues de Venise sont bien éclairées la nuit et c’est le soir qu’elles sont le plus agréables, vidées de ces milliers de touristes qui, après avoir crapahuté toute la journée, roupillent tranquillement dans leur chambre d’hôtel. Si vous êtes vraiment misanthrope et agoraphobe, qu’attendez-vous donc pour foncer à Urbino ou a Brescia? Vous aurez une paix royale et autant de surprises esthétiques!!!

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