Au pays des cigognes (7).


26 Avril 2007 (2ème partie).
 
Nous rejoignons l’embarcadère des bateaux-mouches de Strasbourg par la rue du Maroquin : c’est par cette rue que les cortèges impériaux se rendaient autrefois à la Cathédrale. La rue très passante vit de nombreux chausseurs et maroquiniers y établir leur boutique.

Nous sommes parmi les premières faire la queue et ô joie, ô bonheur ! ma carte d’Adulte Handicapé va enfin me servir à quelque chose : elle me donne droit à une réduction (oui, une même petite satisfaction ne se néglige pas !). Nous nous asseyons, nous mettons les écouteurs de la visite guidée sur nos oreilles, nous trouvons la bonne langue et quand le navire est plein, hardi, matelot, nous fendons les flots (même pas impétueux, pfff !) de l’Ill !
Les amarres ôtées, nous voguons vers l’ouest et nous longeons le quai des Bateliers à notre gauche où depuis le Moyen-Âge on trouve des fabricants de bateaux, des pécheurs et des bateliers.

Cet alignement de maisons pittoresques ne plaisait pas aux habitants du riche palais Rohan en face et, lors de la visite de Louis XV en 1744 et de la reine Marie-Antoinette en 1770, ils firent cacher les façades du quai des Bateliers par de grandes bâches en trompe l’œil qui représentaient des maisons plus élégantes ou des jardins. Strasbourg, ville d’eau, possédait de très nombreux corps de métiers associés aux activités fluviales. En 1331 fut créée la corporation des bateliers (ou mariniers), cette corporation prit rapidement de l’ampleur et devint même en 1417 la première de la ville. En 1436, elle s’élargit aux constructeurs de bateaux, jusque-là indépendants. Comme toute corporation, les bateliers possédaient un “poêle”, c’est-à-dire un lieu de rencontre dans lequel ses membres organisaient des fêtes ou venaient simplement parler affaire en tapant le carton en buvant un verre de vin. La présence systématique d’un poêle à bois est à l’origine du terme car à Strasbourg, les automnes et les hivers sont rudes. Le poêle des bateliers se trouvait au numéro 9 du quai des Bateliers qui doit son nom aux nombreuses familles de mariniers / bateliers qui y résidaient. Ces familles émigrèrent à la fin du 18ème siècle vers les quartiers périphériques de la Robertsau, au Nord de Strasbourg, et du Neuhof, au Sud. En 1791, les corporations ayant été abolies par la Révolution, ils devinrent des pontonniers dans l’armée française (personnel militaire chargé de la construction et de la maintenance des ponts militaires et des pontons de navires de guerre). Qu’ils naviguent sur le Rhin ou sur l’Ill, tous les bateliers étaient rassemblés au sein de cette corporation qui avait une ancre pour symbole mais leurs embarcations étaient très différentes : les Illnacken, bateaux longs, pointus et peu profonds ne dépassaient jamais le cours de la rivière tandis que les Sendrücker de forme pansue et munis d’une rame de gouvernail s’aventuraient sur le Rhin. Certains bateaux avaient pour cargaison des poissons séchés de la Baltique, ils arrivaient surtout au moment du Carême. La concurrence était sévère avec les pêcheurs locaux en ce temps où l’Ill et le Rhin regorgeaient de poissons. Saumons, carpes, brochets, sandres, flottant dans de larges cuves de bois, étaient mis en vente sur la place du Marché-aux-Poissons. Les grenouilles faisaient aussi partie des spécialités très appréciées. On rapporte qu’au début de ce siècle, toute la façade du château des Rohan était tendue de ficelles sur lesquelles étaient accrochées des cuisses de grenouille.
Nous nous glissons sous le pont du Corbeau connu au 12ème siècle sous le terme de Schindbrücke (”le pont aux supplices”). C’est à cet endroit qu’on organisait certaines grandes exécutions publiques : sous le regard exalté d’une foule hystérique les voleurs, maraudeurs, parricides et autres femmes infidèles attachés dans un sac de toile cousu à ses deux extrémités étaient jetés dans l’Ill et ses eaux particulièrement saumâtres à cet endroit car on y déversait les déchets des étals de bouchers. Avec les années la peine qui date de 1411 s’adoucit quelque peu, la noyade ne fut plus réservée qu’aux cas les plus graves (meurtres, viols, incestes, adultères, abandons d’enfants) et les petits délits ne furent plus systématiquement punis de mort. On installa des cages en métal aux extrémités du pont afin d’y exposer en public les “petits malfrats” (tavernier coupant son vin, boulanger trichant sur le poids de ses pains, etc.). Au dernier jour de leur peine les condamnés devaient sauter dans l’Ill, s’ils parvenaient à regagner la rive, ils pouvaient quitter librement la ville. Quelques décennies plus tard, le procédé d’immersion se mécanisa, les condamnés furent désormais attachés à un énorme levier en bois et immergés dans les eaux nauséabondes. On améliora la technique en décidant de coupler directement les cages du pont au système d’immersion. Entre deux expositions publiques, la cage du condamné était descendue dans la rivière au moyen d’un treuil et le “bain” ne s’arrêtait que lorsque le supplicié perdait connaissance.

A droite, nous longeons l’Ancienne Douane, cet édifice construit en 1358 au pignon crénelé, coiffé de la plus vaste toiture de tuiles roses de la ville, marquait l’entrée dans le port de Strasbourg. Entièrement détruit par les bombardements de 1944, l’édifice fut restitué dans son style original du 14ème siècle en 1956. Tous les bateaux s’arrêtaient ici pour payer une taxe avant d’entreposer leurs marchandises dans de vastes dépôts. Jusqu’au 19ème siècle l’ancienne douane était flanquée de deux petits bâtiments aux toits pointus d’où émergeaient des grues à l’activité incessante. De nos jours elle abrite le Séminaire, derrière elle nous distinguons l’Église Saint-Thomas.

 
 

L’enseigne de l’Ancienne Douane.

 
 
 
 
 
 
A notre gauche se trouve le quai saint-Nicolas aux belles maisons jaune ocre et brun où Louis Pasteur habita au n°18 et qui fut rebaptisé “quai du Bonnet Rouge” pendant la Révolution française.

Nous passons sous le pont du même nom, l’un des plus vieux de la ville. Au 14ème siècle c’était une simple passerelle en bois équipée d’un pont levis permettant le passage des bateaux de commerce. En 1893 il dû être relevé, les autorités décidèrent de le reconstruire entièrement en acier, la structure dont l’usinage est confié à la société De Dietrich est la copie conforme du pont Saint-Thomas actuel. En 1936, en raison d’importants travaux d’urbanisme dans le quartier, le pont doit être élargi. Les architectes qui optèrent pour un ouvrage en béton armé décidèrent cependant de le recouvrir d’un parement de grès des Vosges.

A notre droite se déroule le Quai Saint-Thomas avec de belles façades et à notre gauche le quai Charles Frey (1888-1955), journaliste, puis politicien, il succéda en 1935, à Jacques Peirotes au siège de la mairie de Strasbourg. En 1949 à Londres il fait partie des signataires du Conseil de l’Europe.
Nous continuons notre collection de ponts avec celui dédié à Saint-Thomas et dont les origines remontent au Moyen-Âge : d’abord simple passerelle en bois sur pilotis, l’ouvrage ne cessa d’évoluer au cours des siècles. En 1813 les architectes de la ville le trouvant un peu frêle, le recouvrirent de plaques de cuivre. Alourdi par son épaisse cuirasse, il fut remplacé par un ouvrage entièrement en fonte. C’est la société De Dietrich, qui fut chargée de réaliser les structures métalliques, les arcs de 5 tonnes chacun et les anneaux de soutien du tablier.

A cet endroit les quatre bras que l’Ill avait déployés pour étreindre la Petite France se rejoignent et, tout à leur joie de se retrouver ils créent quelques remous.
On nous présente l’école Saint Thomas (Merci Laurent !) conçue par l’architecte Fritz Beblo qui inscrivit le bâtiment dans son environnement historique en dessinant la façade donnant sur l’eau comme celle d’un palais et en présentant de nombreuses similitudes avec le Château des Rohan. Il emprunta les formes pour les pignons à volutes et les tourelles placées aux extrémités de la façade à l’architecture de la Renaissance alsacienne. Les volumétries du gymnase et de la conciergerie qui réemploie un ancien oriel de la Renaissance sont traitées de façon à assurer une transition harmonieuse avec les maisons environnantes.

Sans plus attendre nous ajoutons une pièce de plus à notre album de trophées avec le pont Saint-Martin qui, comme la plus part des anciens ponts de Strasbourg, n’était à l’origine qu’une simple petite passerelle de bois. Avec les années la passerelle se transforma en ouvrage plus robuste soutenu par de solides piles maçonnées. On rapporte qu’en 1825 le tablier du pont alors en bois se rompit brusquement au passage d’une charrette remplie de farine. L’attelage, le meunier et deux passantes se retrouvèrent projetés dans l’Ill. Par chance deux jeunes gens témoins de l’accident purent rapidement porter secours au trois victimes.

A cet endroit la rivière se divise en quatre bras et on voit encore des moulins, des barrages et des écluses

dont une nous avale goulûment (Gloupsss !!!) et, dans sa grande bonté, nous hausse de quelques mètres puis nous libère (Glouglouglou !) pour que nous parcourions la Petite France.

Ce quartier était autrefois dévolu aux tanneurs et aux meuniers. Au début du 16éme siècle les armées du roi François Ier s’en allèrent guerroyer en Italie où de nombreux soldats contractèrent la syphilis. Affaiblis par la maladie beaucoup ne parvinrent plus à regagner leur terres d’origine : Strasbourg, ville étape, se vit alors contrainte d’en accueillir un certain nombre. Afin d’éviter tout risque de contagion le Magistrat décida d’isoler les malades dans un hôpital situé à l’emplacement de l’actuel square Louise Weiss. A cette époque aucun traitement efficace n’existait contre cette terrible maladie et les risques d’épidémie devinrent de plus en plus importants. Considérant cette maladie comme de pure importation française, les habitants du quartier se mirent rapidement à désigner l’hôpital sous le terme “Zum Französel”, avec les années l’appellation “Petite France” s’étendit progressivement à l’ensemble de ce quartier.
Nous croisons la maison des Tanneurs qui pratiquaient ici le “travail de la rivière” consistant à nettoyer très méticuleusement leurs peaux pour qu’elles puissent absorber le tanin et atteindre la souplesse nécessaire aux autres opérations de tannage. Ensuite, ils les faisaient sécher dans des greniers dont les toitures échancrées laissaient passer l’air. La Maison des Tanneurs était autrefois le siège de cette corporation.

 
 
 
 
 
 
 
 
 

Nous nous glissons sous un pont qui doit être celui du Faisan bien que, sur la photo, il n’ait pas l’air bien haut mais nous sommes assises, alors ça facilite les choses !!!

A notre gauche, nous longeons le Quai de la Petite France et à droite le quai de la Bruche, rivière qui prend sa source au col de Saales et qui coulait encore à Strasbourg avant le 17ème siècle. Le quai de la Bruche était alors essentiellement habité par les familles de mariniers, de pêcheurs et de bateliers. C’est à cet endroit qu’était perçu par les douaniers le “wasserzoll”, c’est à dire le droit de péage sur les marchandises entrant en ville par voie fluviale.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
Nous arrivons aux Ponts Couverts dont la construction débuta à partir du 13ème siècle. A cette époque les risques de surpopulation incitèrent les autorités locales à entamer l’agrandissement de la ville. Initialement construite sur une ellipse insulaire (l’île Sainte-Hélène), Strasbourg “sortit de son lit” et commença à se répandre de part et d’autre des berges de l’Ill et du canal du Faux-Rempart. D’un point de vue purement défensif cet agrandissement impliqua la construction d’un nouveau rempart et le creusement d’un nouveau fossé. Bien que nécessitant une quantité de main-d’œuvre importante la partie terrestre de ce chantier n’inspira que peu d’inquiétude aux architectes de l’époque. Leur position fut bien différente lorsque surgit la question de la protection des voies fluviales, en effet tant qu’une rivière entoure une ville, elle représente un obstacle naturel redoutable mais, lorsque c’est à son tour d’être entouré par la ville, le rempart aquatique impénétrable se transforme inévitablement en une brèche très difficile à protéger. A Strasbourg le courant étant orienté sud-ouest /nord-est, c’était naturellement la zone des ponts couverts qui représentait la partie la plus exposée. Édifiés à l’embouchure des quatre bras de l’Ill, les ponts furent bâtis de manière à pouvoir faire face à tous les types d’attaques. C’est aux épaisses toitures en bois qui les recouvraient que ces ouvrages doivent leur dénomination. Le chantier dura plus de 20 ans (de 1230 à 1250).

Ils sont dominés par quatre tours carrées imposantes dont la “Tour du Bourreau” constituée de minuscules cellules dans lesquelles les condamnés attendaient que l’on décide de leur sort : les noms qu’ils gravaient sur les murs pour tuer le temps ou cacher leur angoisse sont encore visibles. En 1565 Sébastien Rosenkrantz, exécuteur des hautes œuvres fut arrêté pour avoir renseigné et abrité un petit groupe de malfrats et fut condamné a avoir la langue arrachée et la tête tranchée. Par égard à ses services passés, son successeur lui coupa d’abord le cou avant de le mutiler. On banni sa femme après l’avoir fouettée en public sous les crachats d’une foule hystérique. La “Tour des Français” était l’endroit fréquenté notamment par les soldats de François 1er en quête d’aventures galantes. La troisième tour, la ‘Tour des chaînes” servait de prison provisoire aux galériens attendant leur transfert par voie fluviale.

Les ponts couverts subirent de très nombreuses modifications au fil des siècles. En 1332 les piliers de soutènement alors en bois, furent remplacés par de solides piles en maçonnerie. Puis vers 1570, des herses en fer furent installées afin de condamner l’accès à l’Ill en cas de siège. En 1784 les ponts couverts furent débarrassés de leur toiture. Face aux progrès de l’artillerie moderne, leur efficacité défensive commença à être remise en cause. Avec la construction du barrage Vauban, les ponts couverts n’eurent plus lieu d’être militairement : en 1865 ils furent rendus à la vie civile. On les rasa et on les reconstruisit entièrement en pierre.

Nous opérons un large virage pour continuer notre croisière en direction du Nord tandis qu’une mère canard promène fièrement ses petits coins-coins.

Nous apercevons le Barrage Vauban dont nous ferons plus ample connaissance plus tard :

Nous longeons l’École Nationale d’Administration créée en 1945 pour démocratiser l’accès aux grands corps administratifs. Elle est installée dans les locaux de l’ancienne Commanderie des Chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem depuis 1992. Jusque dans les années 1630 un hôpital flanquait la Commanderie mais, pour permettre l’élargissement des fortifications de la ville, le “Johanniterspital” dû être détruit. De 1492 à 1507 le lieu fut habité par l’Empereur Maximilien Ier. L’histoire a retenu de son passage son affection immodérée pour la tour “du Diable” : construite à l’extrémité de la Commanderie, elle offrait un superbe panorama sur l’ensemble de la ville. En 1747 la Commanderie fut rasée et une prison pour femmes fut construite. La prison Sainte-Marguerite est alors connue sous le nom de “Rhaselhus” (la maison de râpage) car les pensionnaires avaient l’obligation d’y râper du bois de Gaïac alors utilisé dans le traitement de la syphilis. En 1988, la prison ferma définitivement ses portes. Il ne reste plus aujourd’hui de l’édifice initial que le bâtiment d’entrée peint en trompe l’œil. L’ÉNA est aujourd’hui chargée d’assurer la formation initiale et continue de hauts fonctionnaires français et internationaux. Elle accueille chaque année à Strasbourg entre 90 et 120 élèves en formation initiale sur concours, une centaine d’élèves de masters et mastère spécialisé et 120 élèves étrangers. A ces promotions “traditionnelles” s’ajoutent plus de 2 500 fonctionnaires et cadres dirigeants formés à Paris pour des sessions courtes de formation continue. Les anciens élèves de l’école sont appelés énarques. Au cours de la Vème République ils ont joué un rôle majeur dans la vie politique française (deux présidents, de nombreux ministres, etc.). Cette domination fit l’objet de plusieurs critiques.

Et, enfin, ouf, nous arrivons à un nouveau pont, c’était temps, le manque commençait à tendre ses doigts crochus vers nous ! C’est le pont de l’Abattoir, le seul du centre de Strasbourg qui possède une écluse et une “échelle à poissons”. Son histoire remonte au Moyen-Age : à cette époque il permettait de relier le centre de Strasbourg au bâtiment imposant de la Commanderie des Chevaliers de Saint Jean (l’actuelle ÉNA). Le pont n’était alors qu’une simple passerelle en bois recouverte d’une toiture légère. Avec la transformation de la Commanderie en prison pour femmes puis avec l’installation des abattoirs de la ville à proximité, le pont fut successivement rebaptisé Pont de la Maison d’Arrêt des Femmes, Pont du Péage de la Bruche, Pont de la Maison de Correction, puis en 1858, Pont de l’Abattoir. La frêle structure en bois qui reposait pourtant déjà sur de solides piles en pierres fut remplacée par un ouvrage moderne sensé mieux résister au courant du canal du Faux-Rempart. Mais cette résistance n’était que très théorique car, le 22 octobre 1899, le pilier central s’enfonça soudainement de plus de deux mètres. Le tablier qui n’était plus alors soutenu en son centre, se rompit sous la force de son propre poids. Par chance, les quatre piétons qui se trouvaient sur le pont au moment de l’incident parvinrent à regagner la rive sans encombre.

Nous glissons entre le quai Charles Altorffer (1881-1960) qui fut tour à tour étudiant en théologie, pasteur, député du Bas-Rhin, directeur des cultes, adjoint au maire de la ville puis finalement maire de la ville en 1955 et le quai Turckheim, une ancienne famille noble de Strasbourg. Son plus illustre représentant, Jean-Frédéric (1780-1850) fut maire de la ville, de 1830 à 1835, on lui doit notamment la création du quai Schoepflin ainsi que la création du quai qui porte son nom aujourd’hui. Nous mettons le Pont National dans notre besace avec les autres. C’est l’un des plus anciens ouvrages de franchissement de Strasbourg, ses origines remontent à l’époque où Strasbourg s’appelait encore Argentoratum. Ce pont est situé sur le passage de l’antique Strata Superior, la voie romaine qui reliait Strasbourg à Saverne et dont la Grand’Rue est l’un des anciens segments. Au Moyen-Âge le pont que l’on désignait sous le terme de Zolbrücke am Zolthor (le Pont de la Douane) fut placé sous la protection de deux grandes tours-portes carrées. Comme les autres ponts de cette époque, le pont de la Douane fut équipé d’un pont levis afin de permettre aux bateaux de circuler librement sur les eaux du canal du Faux-Rempart.

Après quoi nous suivons le quai Saint-Jean à notre gauche et le quai Dessaix à notre droite. Louis-Charles-Antoine Desaix de Veygoux (1768-1800) fut un prestigieux général français. Pendant la Révolution il prit part à de nombreuses batailles au côté de l’armée du Rhin. Sous Bonaparte, il participa à la prise de Malte et à la bataille des Pyramides. Transformant la défaite en victoire à Marengo, il fut tué d’une balle dans le cœur alors qu’il était en plein triomphe, Napoléon lui même le pleura, dit-on.

Nous voyons l’Église protestante de Saint-Pierre-le-Vieux qui serait la première cathédrale chrétienne de Strasbourg. Construite le long de l’une des plus importantes voies romaines de la ville, la Strata Superior, l’église comporte certains vestiges datés de l’époque mérovingienne mais ce n’est qu’en 1130 qu’il fut fait pour la première fois mention publique de son nom. La construction romane actuelle fut édifiée en 1382, en 1529, Saint-Pierre-le-Vieux passa dans le giron protestant, elle faisait ainsi partie des sept paroisses luthériennes de Strasbourg mais avec Louis XIV elle fut restituée au culte catholique. Rapidement, l’augmentation du nombre des fidèles obligea les autorités religieuses à envisager la construction d’une seconde église. C’est l’architecte Conrath qui entreprit ce chantier en 1867, le nouvel édifice fut construit perpendiculairement à la première église. Rendu au culte réformé, Saint Pierre le Vieux est l’une des rares églises alsaciennes à avoir conservé son jubé, en 1709 un orgue “Silbermann” y fut installé.

Nous passons sous le pont du maire Kuss construit entre 1880 et 1884 pour faciliter l’accès à la nouvelle gare ferroviaire.

Nous obliquons vers le nord-est et nous découvrons la superbe église Saint-Jean construite en 1477 par l’ordre des Dominicaines de Saint-Marc. Situé en plein milieu d’un pâturage connu sous le nom de “pré Saint-Jean”, l’édifice doit en réalité son nom aux Chevaliers de Malte aussi désignés sous appellation “Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem” qui prirent possession des lieux aux alentours de 1680. Totalement anéantie par le bombardement américain de septembre 1944, l’église fut restaurée et modernisée. Elle possède une nef unique plafonnée et éclairée par des fenêtres à deux ogives de style Gothique de forme très allongée, sur la façade Est on peut admirer de riches vestiges de fresques. Les vitraux sont signés Werlé et l’orgue, Curt Schwenkedel.

Et, devinez quoi, on nous offre un autre pont, le pont de Saverne celui-là l’un des plus vieux ponts de la capitale alsacienne. Au 12ème siècle le Bischofsburgethorbrücke était une simple passerelle en bois permettant la liaison entre le centre-ville et les villages du Nord-Ouest de Strasbourg. Jusqu’en 1783 le pont, constitué de deux structures distinctes, desservit la tour-porte fortifiée dite de la “Spire”. Après la destruction de cet ouvrage le pont prit de l’importance et dû faire face à une utilisation accrue. A cette époque le quartier du Faubourg de Saverne était en pleine expansion et le nombre d’utilisateurs ne cessait d’augmenter. En 1835 les piliers en bois furent remplacés par des piles en maçonnerie, plus résistantes. En 1970 l’ouvrage subit une dernière série de modifications conduisant à l’élargissement de ses piles et du tablier. A cette occasion, le pont est enfoui dans un épais sarcophage de béton.

Nous progressons par le fossé du Faux Rempart avec à notre droite le quai de Paris et à notre gauche le quai Kléber où se trouvait l’Ancienne Synagogue détruite par les nazis en 1940. Nous ajoutons le pont du Marché à notre collection, c’est le plus récent des ponts du canal du Faux-Rempart, construit entre 1845 et 1852 il fut intimement lié à l’expansion du rail. Initialement baptisé “Pont de la Station”, l’ouvrage permettait de relier le centre ville à la toute nouvelle gare ferroviaire de Strasbourg, construite à l’emplacement de la Place des Halles actuelle. Le pont fut inauguré par Louis-Napoléon Bonaparte au cours du premier “Paris-Strasbourg” de l’histoire. Construit sur des piles en maçonnerie le tablier en bois ne résista pas aux bombardements prussiens de 1870, la gare non plus ! On répara l’ouvrage de franchissement en prenant soin de lui adjoindre un tablier en pierre. La gare qui n’est alors plus que ruines et gravats fut reconstruite mais, en 1883, les autorités allemandes décidèrent de la déplacer vers les faubourgs Nord-Ouest de la ville, sa structure en cul-de-sac se prêtant mal au développement du trafic ferroviaire. Les locaux furent récupérés et réhabilités en marché couvert, le “Pont de la Station” fut logiquement rebaptisé “Pont du Marché”.

Sans nous faire languir davantage, on nous offre le pont de Paris. A l’origine le Kettenbrücklein n’était qu’une simple passerelle permettant de franchir le canal du Faux-Rempart. Au fil des siècles son architecture et sa dénomination ne cessèrent de changer : de simple passerelle l’ouvrage se transforma en pont carrossable en bois. Afin de permettre le passage des bateaux sur le canal du Faux-Rempart un pont levis fut installé au centre de la construction puis les piliers de bois furent remplacés par de solides piles en maçonnerie. En 1962, au cours d’une dernière série de travaux le pont fut élargi afin de pouvoir faire face à l’accroissement du trafic automobile, le tablier en bois laissa la place à une structure bétonnée, plus résistante.

Sur notre gauche, toujours quai Kléber, nous dépassons le rectorat puis le Consulat d’Espagne tandis qu’à notre droite nous suivons le quai Kellermann. François-Christophe Kellerman (1735-1820) compte parmi les grands généraux strasbourgeois. Il adhéra avec grand enthousiasme à la Révolution, en 1791 il fut chargé de défendre l’Alsace, plus tard il participe à la bataille de Valmy. Son attitude énergique contribue à la toute première victoire de l’armée républicaine. Arrêté pendant 13 mois à la Conciergerie, il est finalement rendu à son commandement. On l’envoie en Provence, lutter contre les autrichiens. Après l’arrivée de Bonaparte à la tête de l’armée d’Italie, il est définitivement mis à l’écart. Sous l’Empire, Napoléon lui offrira le titre de sénateur puis celui de maréchal de France et enfin, celui de duc de Valmy.
Ô délices, le pont du Faubourg de Pierre se déploie devant nous ! Les origines de ce pont remontent à l’antiquité, à l’époque du camp romain le pont du Faubourg de Pierre servait à assurer le franchissement de l’Ill au Nord de la ville. Il était le lieu de passage obligé pour quiconque souhaitait se rendre dans la proche cité de Brumath. Au Moyen-Âge, la frêle passerelle en bois fut remplacée par une construction plus robuste et se vit doubler d’un pont levis. L’ouvrage desservait l’une des plus importantes portes de la capitale alsacienne, la porte Saint-Pierre. Cette dernière était solidement gardée par le Burgthor, une tour carrée imposante dans laquelle venaient s’encastrer la porte Saint-Pierre. Le pont est alors connu sous le nom de Burgthorbrücke, avec les siècles il ne cessa pas de changer de forme et de nom. Sa dernière grande mutation intervint quelques années seulement avant le bombardement prussien de 1870 : jusque-là en bois, l’ouvrage fut intégralement reconstruit en pierre et en maçonnerie. Relativement épargné par les obus prussiens, le pont du Faubourg de Pierre fut l’un des premiers ponts de la capitale alsacienne à être traversé par les chars du général Leclerc le 23 novembre 1944, lors de la libération de Strasbourg.

A gauche se trouve le quai Finkmatt, cet endroit abritait autrefois une caserne militaire d’où le prince Louis Napoléon, futur Napoléon III, tenta son coup-d’état strasbourgeois. L’affaire échoua et le prince fut arrêté puis envoyé en Amérique. Avant la construction de la caserne le terrain qui se trouvait alors à l’extérieur des fortifications de la ville, était occupé par un pré communément désigné sous le terme de “pré des pinsons” (fink = pinson, matt = pré). Nous suivons le quai Schoepflin à notre droite. Jean Daniel Schoepflin (1694-1771) professeur d’histoire et d’éloquence doit sa célébrité notamment à ses importants travaux sur l’histoire de l’Alsace. A sa mort, il légua l’intégralité de sa riche bibliothèque à la ville, un monument rappelle sa mémoire dans l’Eglise Saint-Thomas.
Nous arrivons au beau pont de la Fonderie situé dans la partie la plus curviligne du canal du Faux-Rempart. C’est à Mrs. Ott et Beutner, architectes de la ville, que l’on doit la construction de ce pont, inauguré en 1893, il permet de relier le quartier du même nom au quartier de la Finckmatt alors en pleine expansion. La proximité de l’importante caserne militaire de la Finckmatt a aussi joué en faveur du projet. D’un point de vue architectural, le pont de la Fonderie se caractérise par la présence d’une voûte unique, longue de 24 mètres : les architectes voulurent limiter les risques de turbulences engendrées par la présence d’un pilier. Sur le plan artistique, le pont de la Fonderie fut pensé de manière à s’intégrer harmonieusement au cadre défini par la présence conjointe de l’église catholique Saint-Pierre-le-Jeune et du Palais de Justice. Les quatre lions de grès rose qui surveillent sévèrement les extrémités de l’ouvrage lui valurent son surnom de Pudelbrücke (pont aux caniches). Ce mépris affiché pour les œuvres produites sous l’occupation allemande, fussent-elles de belle facture, reflète assez bien l’esprit qui pouvait régner à Strasbourg à cette période.

Nous obliquons vers le sud-est en suivant le quai Jacques Sturm à notre gauche. Membre du Conseil-des-Quinze en 1524, Jacques Sturm fonda avec Jean Sturm et Bucer le Gymnase protestant de Strasbourg ainsi que la Bibliothèque Municipale. Aujourd’hui encore, on peut observer sa statue fixée à la façade de l’immeuble du numéro 5, de la rue de la Haute-Montée.

 
 
 

Sur ce quai se situe l’État Major du Corps Européen dont voici le blason.

 
 
 
 
 
 
 
Le palais du Rhin se dresse un peu plus loin : la question de l’accueil de l’Empereur se posa rapidement à Strasbourg devenue allemande. Comme la ville se voulait désormais le symbole de la puissance impériale, un bâtiment digne de la magnificence du souverain s’imposait : après des débats longs et houleux le choix s’arrêta sur un édifice carré, de style néo-renaissance. Les travaux débutent le 22 mars 1884 en l’honneur du 87ème anniversaire de Guillaume Ier et mettront 5 ans avant d’être totalement achevés. Durant toute la durée du chantier de nombreuses voix s’élevèrent pour critiquer la nécessité et l’utilisation du bâtiment, son apparence “massive et éléphantesque” ou encore son prix exorbitant (3 millions de marks or). Inauguré par Guillaume II le palais n’accueillera l’Empereur qu’à 5 reprises. Pendant la guerre de 14-18 l’édifice fut reconverti en hôpital militaire, le bâtiment prit son nom actuel en 1920 lors de emménagement de la plus ancienne des institutions européennes : la Commission Centrale pour la Navigation du Rhin. Le palais passa aux mains de l’état français en 1923 et accueillit le service des Beaux Arts et le mobilier National d’Alsace Lorraine. Kommandatur nazie de 1940 à 1944, la place fut reprise par les troupes de Leclerc qui le transforma en Quartier Général. C’est là que le futur Maréchal rédigea sa proclamation annonçant la réalisation du serment de Koufra (il avait juré de libérer Strasbourg). En 1945 il fut question de démolir ce bâtiment mal-aimé, symbole de l’occupation allemande, il fut sauvé comme partie d’un ensemble urbanistique et comme témoin d’une époque. En un siècle d’existence le palais connut des affectations variées dont l’installation en 1920 du siège de la Commission Centrale pour la Navigation du Rhin. Il abrite la Direction Régionale des Affaires Culturelles.

Sur l’ancienne Kaiserplatz aujourd’hui place de la République la statue équestre de Guillaume Ier par L. Tuaillon connaît une existence éphémère (1911-1918). Depuis 1936 elle cède la place à un monument aux morts symbolique conçu par Drivier. La mère (Strasbourg) tient ses deux fils mourants sur ses genoux, l’un regarde vers la France, l’autre vers l’Allemagne. Ils sont tombés après avoir combattu l’un contre l’autre mais, dans la mort, ils se donnent la main.

 
 
 

Nous voyons à notre droite le squareMarkos Botzaris.

 
 
 
 
 
 
 
 
Nous rangeons le pont du Théâtre avec les autres dans notre grand sac. A l’emplacement du pont du Théâtre actuel se dressait dès le Moyen-Âge un pont semi-fortifié connu sous le nom de Brücke am Judenthurm “pont de la Tour des Juifs”. A cette époque le pont était placé sous la protection de la célèbre “Tour-porte des Juifs”. Reconstruit à plusieurs reprises le pont du Théâtre fut victime des terribles bombardements prussiens de 1870 et il fut entièrement reconstruit à l’identique, seuls les parapets furent modifiés.

Nous virons encore davantage au sud-est pendant qu’à gauche, de son avenue toute proche, la Marseillaise fait décoller les soldats républicains du sol. Ils ne craignaient pas de répandre leur sang soi-disant impur pour défendre leurs droits les plus élémentaires face aux aristos au sang bleu car ils savaient que s’ils tombaient, d’autres au sang toujours aussi impur continueraient la lutte !

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A notre doite nous suivons le quai Lezay-Marnésia. Le préfet du Bas-Rhin Paul-Adrien-François-Marie, marquis de Lezay-Marnésia (1769-1814) fut probablement l’un des plus appréciés de son temps. Son action en faveur des agriculteurs lui valut le surnom de “préfet laboureur”. Sensible aux difficultés des ouvriers agricoles et des commerçants il fit planter et installer des arbres fruitiers pour ombrager les routes et rafraîchir les estomacs et des bancs pour permettre aux fermières en route pour le marché de se reposer un instant. Fin administrateur, il créa à Strasbourg la première École Normale d’Instituteurs de France et institua la vaccination obligatoire dans les écoles. Sitôt nommé, il eut le courage d’entreprendre une véritable réforme agricole, c’est à lui que l’on doit, notamment, le développement de deux des cultures les plus lucratives de la région : la betterave à sucre et le tabac. Il mourut tragiquement dans un accident de la route, au retour d’une tournée d’inspection. Sa voiture à cheval chassa dans le fossé et il s’empala sur son sabre.

 
 
 

Nous croisons la place du Petit Broglie. Voici le blason des Broglie.

 
 
 
 
 
 
 
A côté s’élève l’Hôtel du Préfet : construit en grès rose au 18ème siècle l’hôtel de Kinglin, du nom de son commanditaire fut le siège de l’Intendance Royale d’Alsace jusqu’en 1789, il fut la plus haute résidence officielle de la Province. Il fut reconstruit à l’identique après la guerre franco-allemande de 1870. C’est parce qu’il le fit construire aux frais de la ville et qu’il tenta ensuite de le lui vendre que le célèbre préteur royal, François de Klinglin, finit ses jours dans un sombre cachot.

Strasbourg nous gâte puisque nous passons d’abord sous la passerelle des Juifs :

puis sous le pont de la Poste dont la construction débuta en 1904. Ce chantier fit suite aux importantes modifications urbaines opérées dans le quartier à cette époque. Comme son nom l’indique le pont permet de franchir le canal du Faux-Rempart et d’accéder directement au bâtiment de la Poste Centrale.

Pour nous laisser le temps de ranger tous ces ponts dans notre grande épuisette, à notre gauche se dresse le Collège et le Lycée des Pontonniers, un des édifices les plus curieux de Strasbourg. Achevé à la rentrée 1902 cet établissement d’éducation pour jeunes filles fut érigé à l’emplacement de l’ancienne caserne des Pontonniers. Ce corps du Génie de l’armée française s’ illustra pendant les batailles napoléoniennes notamment lors de la débâcle de la Bérézina : spécialisé dans la construction d’édifices de franchissement en bois, son action permit d’y sauver ce qu’il restait encore de la grande armée impériale. En 1870 la dissolution du corps entraîna la désaffection de la caserne puis sa destruction. L’espace laissé vacant attira l’attention du nouveau Rectorat d’Alsace-Lorraine qui cherchait un emplacement pour reloger l’École Supérieure de Jeunes Filles, initialement située dans la cour d’Andlau. L’architecte Ott, responsable des travaux, reçu pour ordre d’inscrire sa construction dans le style du 15ème siècle strasbourgeois. Pour agrémenter son œuvre, il utilisa des élément récupérés dans d’autres constructions, certaines poutres, certains colombages et même quelques vitraux proviennent d’anciennes habitations strasbourgeoises. Initialement ouvert aux jeunes filles dont les parents désiraient une éducation à forte orientation linguistique bilingue, allemande et française, le lycée se transforma en 1979 en lycée international.

Et voilà le pont Saint-Étienne le dernier sous lequel s’écoulent les eaux du canal du Faux-Rempart avant de se jeter dans l’Ill. Au début du 19ème siècle on lui adjoignit un barrage et une écluse, construction imposée par la différence de niveau des eaux entre le canal du Faux-Rempart et l’Il. En 1868 l’écluse et le barrage furent détruits, un nouveau pont en pierre fut reconstruit et l’écluse fut déplacée jusque sous le pont de l’Abattoir. A partir de ce moment, le pont Saint-Étienne redevint le simple ouvrage de franchissement qu’il était déjà au 13ème siècle.

Nous revirons au nord-est pour rejoindre le quartier des Institutions Européennes mais nous ne sommes pas privées de ponts pour autant, voici le pont Royal dont les origines remonteraient au 15ème siècle. A cette époque, les fortifications Sud-Est de la ville s’arrêtaient à la hauteur de l’avenue de la Marseillaise et du boulevard de la Victoire. D’épaisses murailles enserraient la ville et la protégeaient contre toute intrusion extérieure. Mais ne pouvant traverser le cours de l’Ill sous peine d’en bloquer l’accès, ces murailles se terminaient par deux imposantes tours défensives l’une carrée, l’autre circulaire de part et d’autre des berges. L’espace libre laissé entre ces deux tours était protégé par un barrage en bois. En temps de paix une ouverture permettait aux embarcations marchandes de se rendre jusqu’au centre de la ville. Vers 1670 cette première construction fut remplacée par une passerelle piétonne surélevée que les citadins empruntaient pour se rendre d’une rive à l’autre. En son centre un pont levis permettait le passage des plus gros navires de commerce. Dans les années 1770 la passerelle fut remplacée par un véritable pont carrossable construit entièrement en bois, ses extrémités furent complétées par deux ponts levis, l’ouvrage prit le nom de Pont Royal. En 1840 le Génie Militaire abattit la structure et la remplaça par un pont en maçonnerie à six arches : les réalités de la guerre avaient changé à tel point que l’ouvrage devait pouvoir supporter la force destructrice de l’artillerie moderne. Pendant le siège de Strasbourg en 1870 les obus prussiens endommagèrent sérieusement le tablier du pont. L’ouvrage avait beau être “à l’épreuve du feu”, les progrès de l’artillerie étaient t tels que même la brique et le béton ne suffisaient plus à protéger correctement les ouvrages. Après la défaite française les allemands le reconstruisirent en prenant soin de réutiliser les piliers maçonnés d’origine. Le pont moderne actuel fut construit entre 1963 et 1965, en raison de ses dimensions particulières le pont Royal est le premier pont de Strasbourg à avoir été conçu avec l’aide d’un ordinateur.

Nous naviguons sur les eaux du quai Koch à notre gauche, professeur de Droit à la Faculté Protestante Christophe – Guillaume Koch (1737-1813) fut un très proche collaborateur de Schoepflin. Nous glissons devant l’École nationale du génie de l’eau et de l’environnement de Strasbourg et devant l’immeuble Esca dont la construction des années 30 témoigne du haut de gamme des appartements pour cette époque.

A notre droite nous admirons les splendides maisons du quai des Pécheurs.

puis nous arrivons au quai du maire Dietrich où nous passons devant l’immeuble Galia de style néo-renaissance germanique occupé depuis 1928 par l’Académie de Strasbourg et le CROUS.

Que voyons-nous se dresser droit devant, au confluent de l’Ill et de l’Aar ? Ouiiiii, un pont !! Le pont d’Auvergne dont trois années de labeur furent nécessaires pour construire son imposante structure en acier de près de 400 tonnes (à lui seul, le tablier en pèse plus de 370). Placés sous les ordres de l’architecte de la ville, Ott, les travaux débutèrent au courant de l’année 1889. Dès le départ la construction se voulut ambitieuse : Strasbourg n’est elle pas depuis 1870 la vitrine de l’Empire Allemand ? Positionné dans l’axe reliant le Palais Universitaire à la place de la République, l’édifice devait reposer sur une seule pile, ainsi en décidèrent les ingénieurs, malheureusement le coût de ce choix technique ne sembla pas du goût des autorités locales. Les architectes furent donc vivement invités à revoir leurs copies. Finalement on opta pour un pont à deux piles plus facile à mettre en œuvre et donc plus abordable.

L’église Saint-Paul occupe le confluent, édifiée entre 1889 et 1892 par l’architecte Louis Muller sur le modèle de Sainte-Elisabeth de Marbourg. Construite durant la période de l’annexion germanique elle servit de temple protestant à la garnison allemande.

 
 

Les catholiques se firent bâtir l’église Saint-Maurice dans ce qui est aujourd’hui le quartier de l’Université.

 
 
 
 
 
 
 

 
 

Avec ses 76 mètres, Saint-Paul est l’une des églises les plus élevées de Strasbourg, tout fut mis en œuvre pour accentuer cette impression de hauteur et de verticalité, les flèches, notamment, sont particulièrement effilées.
 
 
 
 
 

 
 

Nous abordons le quartier de l’Europe avec le quai Mullenheim à notre gauche. La famille Mullenheim était l’une des plus illustres de Strasbourg, elle donna à la ville plus de 40 stettmeistres. C’est à l’un d’entre eux que l’on doit la construction de l’Eglise Saint-Guillaume à l’intérieur du quartier entre le quai des Bateliers et le quai des Pécheurs.

 
 
 
Nous scrutons le pont John Fitzgerald Kennedy :

qui doit son nom à la proximité du consulat général des États-Unis.

Sa construction débuta en 1906 en pleine occupation allemande sous la direction du nouvel architecte de la ville, Fritz Beblo. Appelé pont de la Forêt-Noire jusqu’en 1965 car il relie l’avenue d’Alsace avec l’avenue de la Forêt-Noire, l’ouvrage est plutôt désigné sous le vocable Viermännerbruck “pont aux Quatre Hommes” : aux extrémités du parapet du pont, décoré d’une frise de vagues et de poissons, se dressent quatre colosses de pierre rose. Un haleur, un pelleteur et deux pêcheurs illustrent chacun un travail lié à la rivière, dans un style monumental très réaliste. Ils sont dûs au ciseau du sculpteur Alfred Marzolff (1867-1836). Deux pêcheurs, pliés sous le poids de l’effort, jettent leurs filets en direction de la place Brant

 
 
 
 
 
 
 
 
 

tandis qu’un pelleteur
et qu’un haleur

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
s’échinent du côté de l’avenue d’Alsace. Le haleur et le pelleteur évoquent des métiers très durs, disparus dans les années 20 : ceux des dragueurs de gravier. A l’aide d’une pelle-godet fixée au bout d’une tige, il s’agissait de ratisser le fond de l’eau pour en retirer du sable et du gravier. Ce travail s’effectuait à partir d’une barque de type spécial, longue de 10 mètres et large de 2 mètres, appelée kiesnache. Elle pouvait supporter jusqu’à treize tonnes qu’il fallait bien répartir sans quoi elle coulait et la ramener à la surface n’était pas une mince affaire. Au chargement faisait suite le halage : sur le quai, un homme équipé d’un harnais relié au bateau par une corde tirait l’embarcation jusqu’au lieu de déchargement. Le halage “à col d’homme” ou “halage à la bricole” était une tâche harassante. L’originalité de ces colosses aux allures moderno-staliniennes est symbolique, le pont Kennedy est situé en plein centre du quartier “chic” de Strasbourg. Alfrred Marzolff leur sculpteur en 1907, eut l’audace d’imposer au regard des habitants quatre prolétaires en plein labeur et, loin de se contenter d’une simple représentation grandeur nature, l’artiste sculpta de véritables géants.

 
 

A notre droite, nous suivons le quai Rouget de Lisle, une piste cyclable va du confluent de l’Ill et de l’Aar jusqu’au Parlement Européen.

 
 
 
 
 
 
 
Chouette, un autre pont pour nous, celui de la Dordogne qui possède le record du plus grand nombre d’avant-projets réalisés pour un édifice strasbourgeois. De 1880, date à laquelle fut décidée la construction d’un pont à 1962, date à laquelle débutèrent réellement les travaux, plusieurs générations d’architectes se succédèrent afin de proposer à de nombreuses commissions une liste interminable de projets architecturaux en tous genres. Le pont de la Dordogne est probablement l’un des ouvrages de franchissement strasbourgeois les plus attendus de l’histoire de la ville.

Nous rangeons la passerelle Ducrot dans notre grande besace

avant de passer devant la caserne Turenne.

Nous glissons à notre gauche le long du quai du Chanoine Winterer où nous voyons le siège d’Arte :

A notre droite s’étend le quai du Bassin de l’Ill puis la place des Glycines et enfin la promenade Alcide De Gasperi où se dresse le Parlement Européen. Le 14 décembre 1999 le président de la République Jacques Chirac inaugura le nouveau siège du Parlement européen, un des plus gros chantiers européens de la décennie 1990. Dés le 19 Juillet 1999 les 629 nouveaux députés élus en Juin prirent possession des locaux. Le bâtiment est un ensemble immobilier de 220 000 mètres carrés. Il présente une forme de delta qui s’adapte à la courbure de l’Ill, à l’arrière une tour cylindrique de 60 mètres de haut reste intérieurement creuse.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Nous virons au nord-sud pour atteindre la Cour Européenne des Droits de l’Homme créée en 1959 et rendue permanente le 1er novembre 1998.

Nous apercevons le Palais de l’Europe qui abrite les salles de réunion et les bureaux du Conseil de l’Europe ainsi que l’hémicycle de l’Assemblée parlementaire.

Le Conseil de l’Europe se tint pour la première fois à Strasbourg du 10 août au 8 septembre 1949 et réunit 101 délégués de douze états dans l’Aula du Palais Universitaire. Cet événement fondateur marqua profondément la ville et lui donna une dimension européenne.
Nous retournons vers le sud-est à toutes nageoires jusqu’au quai des Pécheurs à notre gauche et le quai Saint-Étienne à notre droite dont nous admirons l’Église. Au début du 8ème siècle Adalbert, Duc d’Alsace, fit construire une abbaye à Strasbourg et il en confia la responsabilité à sa fille Attale (la nièce de sainte Odile). Entre 1210 et 1240 un sanctuaire romano-gothique fut érigé à proximité de l’emplacement de l’ancienne abbaye mérovingienne. De cette construction il ne reste aujourd’hui que le transept, la tour octogonale de la croisée du transept et l’abside, flanquée de ses deux absidioles. Après la Révolution le clergé fut mis en fuite et l’édifice fut utilisé comme hangar. Laissé à l’abandon, il commença à tomber en ruine : afin d’éviter tout risque d’éboulement les autorités décidèrent sa destruction en 1795 que les ouvriers commencèrent. Mais le 30 mai 1800 un terrible incendie ravagea le théâtre municipal de Strasbourg, en catastrophe on arrêta la destruction du bâtiment et, après quelques travaux de réfection, on le réhabilita en salle de spectacle municipale. En 1858, sur l’emplacement de l’ancien couvent d’Attale on érigea ce qui deviendra plus tard le collège Saint-Étienne actuel. En 1944 la salle fut pratiquement anéantie lors du bombardement de la ville par l’aviation américaine. Il faudra attendre 1961 pour que les premiers travaux de rénovation soient engagés. Confiés à l’architecte des monuments historiques, E. Bonnet, une nouvelle nef est construite, ainsi que deux collatéraux. Au béton massivement utilisé est associé le grès afin de donner à l’église la patine caractéristique des édifices religieux strasbourgeois.

Nous capturons au passage le pont Saint-Guillaume. Avant la Révolution les deux corporations les plus importantes de la ville étaient celles des bateliers et celle des pêcheurs. Les bateliers dont le poêle était situé à quelques pas seulement du pont Saint-Guillaume, au numéro 9 du quai des bateliers, organisaient tous les 20 Juillet de somptueuses joutes nautiques sur l’Ill. Courses et combats s’enchaînaient sans discontinuer sur tout le plan d’eau situé entre le château des Rohan et le pont Saint-Guillaume. Pendant plusieurs siècles le pont Saint Guillaume fut le dernier ouvrage permettant le franchissement de l’Ill avant sa sortie de Strasbourg. La construction du pont Royal vers 1780 lui ôta ce titre. Jusqu’à cette date toute la zone située en aval était utilisée comme avant-port pour l’amarrage des navires de fort tonnage. Ceux-ci, handicapés par un tirant d’eau trop important, ne pouvaient accéder aux pontons de l’Ancienne Douane pour s’y acquitter des taxes portuaires dont étaient systématiquement frappées les marchandises entrant en ville. Ce choix tant technique qu’économique ne manqua pas de conférer rapidement une ambiance digne des grands ports maritimes aux abords du pont Saint-Guillaume. Détruit et reconstruit à plusieurs reprises le pont subit une dernière série de modifications au lendemain des terribles bombardements prussiens de 1870.

Nous suivons le quai des Bateliers à notre droite avant d’enfouir l’élégante passerelle de l’Abreuvoir dans notre sakaponts :

avant de l’y faire rejoindre par notre dernière prise, le joli pont Sainte-Madeleine, probablement l’un des plus anciens ouvrages de franchissement de Strasbourg. A l’époque du “castrum”, l’ancien camp romain le pont n’était qu’une simple passerelle de bois utilisée pour desservir la porte Sud du camp. A partir du 12ème siècle, l’ouvrage fut réquisitionné par l’Évêché de Strasbourg afin d’être intégré à ses propriétés. Terrasse d’observation idéale lors des fêtes nautiques organisées par la corporation des pêcheurs et des bateliers, le pont fut victime à deux reprises de l’irresponsabilité des hommes. Le 10 mai 1570 une péniche lourdement chargée et pilotée par un équipage de mariniers ivres percuta l’un de ses piliers en bois : privé de tout soutien le tablier s’écroula, projetant dans l’Ill plusieurs dizaines de passants, au moins 20 personnes périrent noyées. 21 ans plus tard, même lieu, même cause, mêmes effets, cette fois 10 personnes perdirent la vie. Il fallut attendre encore plus d’un siècle pour que les autorités de la ville se décident à remplacer les frêles piliers de bois par de véritables piles en maçonnerie. Le pont Sainte-Madeleine subit sa dernière grande série de modifications avec la construction du Palais des Rohan ; il fut alors déplacé de quelques mètres en aval.

La promenade en bateau est terminée, sniffff, alors qu’il y a encore tant de bras de rivières et un fleuve à explorer à Strasbourg… Nous nous consolons en songeant aux musées que nous allons découvrir cet après-midi.
A suivre…

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6 réponses à Au pays des cigognes (7).

  1. Audrey dit :

    C’est vrai que je ne m’étais jamais rendue compte qu’il y avait autant de ponts à Stras…
    (PS : votez pour mon affectation au lycée des Pontonniers, je rêve d’enseigner dans ce qui ressemble à Poudlard).

  2. Annie dit :

    Je suis épuisée …quelle balade mes enfants !!!
    Faudra quand même que je me fasse rembouser le prix de la visite (tarif 3e âge) paske je n’ai pas pu entendre la musique snif

    PS Audrey … elle est où la pétition ?

  3. Annie dit :

    Heu … j’ai oublié : à ma grande honte, je ne peux t’aider en ce qui concerne le beau bâtiment tout rouge 🙁

  4. lmeylan dit :

    Je me suis permis de m’inspirer des écrits ci-dessus pour renseigner le mien (voir-ci-dessus), qui dresse un inventaire de tous les ponts du XIXème siècle.
    Merci pour tous les détails historiques rapportés.

    Cordialement

  5. Laurent dit :

    En fait, le gros bâtiment rouge est l’école Saint Thomas…

  6. Domi dit :

    Merci Laurent ! Je vais rectifier de ce pas…

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