Belles dentelles, haute Marie et goûteuses autruches (2)

Nous gravîmes tout doux, plan-plan, la rue des Tables pour arriver au pied de l’escalier qui conduit à l’intérieur de la cathédrale.

Dédié à Notre-Dame de l’Annonciation le sanctuaire du Puy, cathédrale du diocèse est avec Chartres le plus ancien sanctuaire marial de la Gaule chrétienne, d’innombrables pèlerins y furent réconfortés par la Mère de Dieu, spécialement à l’occasion des « Grands Pardons » ou « Jubilés ». Selon la tradition, l’origine du sanctuaire est contemporaine de la proclamation solennelle de la maternité divine de Marie par le concile d’Éphèse en 431. En 1998 l’UNESCO l’a inscrit au patrimoine mondial de l’humanité en raison de son rayonnement sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Le sanctuaire et le culte de la Vierge ne sont bien attestés au Puy qu’à partir du 11ème siècle où, en 1051, dans une bulle adressée à Pierre de Mercœur, le pape Léon IX souligne la renommée du pèlerinage : « Dans ce sanctuaire du Mont Anis plus que dans tout autre, la Bienheureuse Vierge Marie a reçu un culte éminemment spécial et filial d’honneur, de vénération et d’amour de la plupart des fidèles de toute la Gaule. » En 1998, Notre-Dame-du-Puy a été jumelée avec le sanctuaire Meryem Ana Evi « La maison de Mère Marie » très fréquenté par les musulmans, près de l’antique Ephèse en Turquie.

 
 

La via Podiensis ou route du Puy est le point de départ d’un des quatre chemins de pèlerinage français menant à Saint-Jacques-de-Compostelle : un des premiers pèlerins connus est Godescalc, évêque du Puy, parti en pèlerinage en 951.

 
 
 
 
 
 
La Cathédrale Notre-Dame-de-l’Annonciation du Puy-en-Velay se dresse au pied du rocher Corneille, un promontoire d’origine volcanique dominé par une statue de Notre-Dame de France en acier moulé. Il semble qu’un temple païen fut édifié près de ce lieu lors de la conquête romaine ainsi qu’en témoignent des fragments lapidaires qui existent encore. Lors de la reconstruction du chevet de la cathédrale en 1865-66 on découvrit sous le pavé du chœur le plan d’un édifice très ancien fondé sur le rocher, long de 24 mètres environ sur 11 m 72 de large, à une seule nef. La cathédrale englobe trois périodes de construction : préromane (2e moitié du 10ème siècle), romane (11ème et 12ème siècles) et néo-médiévale (19ème siècle). La cathédrale a subi de gros travaux de réaménagement et de réhabilitation au 18ème et au 19ème siècles et de 1994 à 1999 : le mobilier liturgique fut refait.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
La cathédrale est insolite par la diversité de ses styles, et témoigne de la richesse passée de l’art roman.
Sur un plan cette église offre la forme d’une croix latine et comprend une nef à six travées à laquelle sont accolées deux bas-côtés de même hauteur, un transept saillant dont chaque bras se termine par deux absidioles jumelles au-dessus desquelles se trouve une tribune. L’édifice s’achève par une abside rectangulaire flanquée de deux absidioles à chevet plat. On y trouve de fortes influences byzantines en même temps que des structures qui rappellent celles du sud-ouest de la France.
La couleur sombre des pierres donne à l’intérieur un aspect austère mais l’on est impressionné par la hauteur des six coupoles, l’abondance des voûtes qui la couronnent et par le soubassement voûté sur lequel elle s’appuie.

L’aspect oriental de la cathédrale surprend, la ressemblance est frappante entre la mosquée de Cordoue et le cloître du Puy, l’assemblage de matériaux rouges et blancs de là-bas (brique et pierre) se transforme sur la terre volcanique du Velay en polychromie noire et blanche (lave et pierre.) Cette influence de l’art arabe que l’on retrouve dans de nombreux autres édifices de la ville est intimement liée à l’histoire du Puy. Le 15 août 1095, à l’occasion de la fête de l’Assomption célébrée au Puy, le pape Urbain II annonça la première croisade (1095-1098) et désigna l’évêque de la ville, Adhémar de Monteil, pour la mener à bien. Accompagné d’environ quatre cents croisés vellaves quitta donc le Puy pour l’Orient : il fut mortellement blessé lors du siège d’Antioche, mais d’autres eurent la chance de revenir dans leur patrie. Imprégnés d’une nouvelle culture ces anciens croisés influencèrent les créations de leur ville. Dans le même temps, le Puy rassemblait les fidèles en partance et de retour de Saint-Jacques-de-Compostelle. Les pèlerins transformés par les œuvres qu’ils avaient pu découvrir dans les Espagnes alors occupées par les Arabes eurent eux aussi un rôle dans la diffusion de l’art oriental au Puy.
La façade occidentale de la cathédrale comporte cinq étages d’architecture construits à partir de pierres volcaniques de divers coloris provenant des carrières de la région, elle s’orne de parements mosaïqués, d’arcades en plein cintre et de petits frontons et possède un porche à trois arcs. Avec ses arcs en plein cintre cette façade appartient au style roman et peut être datée de la fin du 12ème siècle.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Un large et long escalier de pierre comportant 134 marches accessible depuis la rue des Tables se continue sous le porche et débouche sous la nef. Il occupe toute la largeur de l’édifice durant les deux premières travées, puis il se rétrécit pour ne plus avoir que celle de la nef principale pendant les deux travées suivantes. Cette curieuse disposition s’explique par la déclivité du terrain et le manque de place : en raison des foules attirées aux 11ème et 12ème siècles par le pèlerinage il fallut agrandir la cathédrale : le chœur repose directement sur le rocher mais quatre travées supplémentaires furent audacieusement construites sur le vide pour rattraper un dénivelé de 17 m et d’important piliers soutiennent les hautes arcades.

 
 

L’escalier aboutit à la porte Dorée derrière celle-ci 17 marches conduisent au centre de la nef.

 
 
 
 
 
 
 

 
 

Deux colonnes de pierre pourpre encadrent la porte dorée de la cathédrale, cette grille en partie moyenâgeuse qui précède la porte de bronze donnant accès à l’ultime volée d’escalier. La colonne de droite fut brisée puis réparée : sa partie inférieure, disparue, est noyée dans un mortier qui assure la jonction avec la base qui la supporte. C’est sans doute Calixte II qui offrit ces deux colonnes au Puy au 12ème siècle.

 
 

 
 

Nous aboutîmes entre les deux piliers devant lesquels ont été placées les statues de Saint-Louis et de Jeanne d’Arc, exactement en face du maître-autel ce qui a permis à un religieux de dire que « l’on entre dans l’église par le nombril et que l’on en sort par les deux oreilles »

 
 
 
 
 
Les portes en bois de la cathédrale, datées de la deuxième moitié du 12ème siècle, sont conservées sur place malgré un assez mauvais état.

Elles donnent accès à deux chapelles de part et d’autre du porche, l’une dédiée à saint Gilles, l’autre à saint Martin. Chaque porte se compose de deux vantaux formés par l’assemblage de quatre planches de mélèze disposées dans le sens vertical et d’une épaisseur d’environ 5 centimètres. La porte de la chapelle Saint-Gilles est dédiée à l’Enfance de Jésus, tandis que celle de la chapelle Saint-Martin rapporte des épisodes de la Passion. La technique de sculpture utilisée est celle du champlevé ou méplat : les représentations se détachent très plates sur le fond creusé. A l’origine les décors et les modelés étaient soulignés par une riche polychromie dont il reste quelques traces dans les scènes supérieures du cycle de l’Enfance de Jésus.

La porte de l’Enfance de Jésus a conservé une inscription incomplète qui révèle le nom de l’artiste et celui du commanditaire : « Gauzfredus me f[e]cit, Petrus edi[ficavit] ». Gauzfredus ne nous est pas connu, mais on s’accorde généralement pour reconnaître en Pierre, le maître d’œuvre, un évêque du Puy, identifié à l’évêque Pierre III qui occupa le siège épiscopal entre 1143 et 1156. On a également pensé à Pierre IV de Solignac (1159-1189). Sur cette porte figure une inscription arabe qui reprend une formule pieuse fréquente dans les décors islamiques : « La souveraineté est à Allah ». On a considé ces portes comme l’œuvre d’un artiste musulman : toutefois sans être nécessairement musulman, il a pu s’inspirer d’objets islamiques qui circulaient dans le pourtour méditerranéen, comme l’olifant d’ivoire conservé au Musée Crozatier et considéré comme provenant des ateliers islamiques d’Italie du Sud. On peut penser que l’on a exagéré l’influence islamique depuis le 19ème siècle, omettant la dimension latine et occidentale de ces portes. Témoins majeurs de l’art roman, elles prouvent l’importance qui était accordée au Moyen-Âge à la porte et à son décor, symboles des portes du Paradis. L’idée d’opposer le cycle de l’Enfance de Jésus à celui de la Passion est fréquente à l’époque romane : l’œuvre du salut de Jésus sur terre est ainsi mise en avant à l’entrée de l’édifice et s’inspire peut-être de l’illustration d’une Bible romane.
Dans le porche occidental nous constatâmes que la tradition byzantine s’impose dans des peintures et datant du début du 13ème siècle. Au nord, est représentée une Vierge à l’Enfant, au sud une Transfiguration. La Vierge ou Théotokos (en grec Θεοτόκος : « celle qui a enfanté Dieu ») est ici le siège de Sagesse qui présente son fils.

Frontale et hiératique, elle est vêtue de pourpre, couleur réservée à la mère de l’empereur à Byzance, et elle se tient sur un trône richement orné qui se détache sur le fond bleu de la fresque. La blancheur du vêtement de Jésus contraste avec le rouge pourpre du manteau de Marie. Les prophètes Jérémie et Ézéchiel tiennent des phylactères dont les textes devaient renvoyer à l’Incarnation du Sauveur. Ils sont représentés pour avoir prophétisé le salut : au Moyen-Âge on voyait dans leurs paroles l’annonce de la venue du Messie et donc l’Annonciation.

Sur l’intrados de l’arcade se trouvent Isaïe et Jean-Baptiste car tous deux annoncèrent la venue du Messie. Ils entourent Jésus bénissant dans un médaillon tenu par deux anges. Une autre interprétation voit dans les deux prophètes du bas Isaïe et Jean-Baptiste et Pierre et Paul dans l’intrados.

Le deuxième thème, la Transfiguration, assez rare en Occident, et montrant saint Jacques s’explique dans cette étape importante vers Compostelle qu’est le Puy. La Transfiguration est une fête centrale de la liturgie orthodoxe car cet épisode atteste de la double nature du Christ, humaine et divine.

L’iconographie reprend les canons traditionnels byzantins : le Christ dans sa mandorle est au sommet du Mont Tabor, il irradie de rayons de lumière Moïse et Élie qui se prosternent sur le fond bleu. À droite saint Jacques est foudroyé et à gauche saint Pierre surgit à mi-corps tandis que saint Jean est agenouillé au centre.

 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 

Dans l’intrados de l’arcade, nous vîmes deux hommes revêtus de dalmatiques avec chacun un livre : il s’agit des diacres saint Étienne et saint Laurent.

 
 
 
 
 
 
 
Ainsi sur la même fresque apparaît la continuité entre les prophètes tenant des phylactères, les Apôtres témoins de la scène et les témoins de cette parole, les martyrs. La lumière est omniprésente dans cet épisode théophanique reprenant l’Evangile de Matthieu : on distingue le monde céleste divin dominé par les couleurs du Paradis, le blanc, l’or et le pourpre, couleur de l’empereur. Ici le blanc de la transfiguration évoque la divinité de Jésus, tamisée par son humanité. Un arbre portant des fruits évoque le parallèle avec la Genèse et la Création récapitulée en Jésus, des anges encadrent cette théophanie.

Ces deux images témoignent de la deuxième vague d’influence byzantine de la fin du 12ème siècle, que l’on retrouve ici : fond bleu, canons allongés, expressivité, sens du modelé à travers le jeu des rehauts. La provenance de l’artiste du Puy n’est pas connue mais quelle que soit son origine, il connaissait parfaitement la peinture byzantine ou travaillait tout du moins à l’aide de modèles issus de la tradition orientale. On trouve une autre fresque du même style sur une voûte du porche occidental.

 
 

Le porche du For est un magnifique morceau d’architecture datant de l’extrême fin du 12ème siècle. Bien qu’appartenant au style roman par tous ses éléments, il est recouvert d’une voûte montée sur croisées d’ogives.

 
 
 
 
 
 
Les sculptures des chapiteau représentent les sept péchés capitaux.

 
 

Des sirènes symbolisent la luxure

 
 
 
 
 
 
 
 

tandis que la colère est représentée par un personnage grimaçant entre deux loups furieux.

Le premier étage qui contient une chapelle du 16ème siècle est éclairé sur chacune de ses faces par des baies gothiques et il est couvert d’un berceau. Deux portes ouvrent sur ce porche, la plus petite, dénommée porte papale, réservée au souverain pontife est surmontée d’un tympan triangulaire portant l’épitaphe de Scutaire, évêque de la ville, : « Scrutari papa Vive Deo », « Scutaire, père, vivez en Dieu »

 
 

L’autre porte est romane, ses vantaux sont ornés de deux têtes de lions en bronze.

 
 
 
 
 
 
 
 
Les six travées de la nef sont voûtées de coupoles barlongues supportées par des trompes en cul-de-four. Le carré du transept est couvert d’une tour octogonale ajourée par deux étages de fenêtres et terminée par une coupole. Cette tour repose sur quatre grosses piles flanquées de colonnes engagées qui prennent appui sur un énorme socle rectangulaire de 2 m de hauteur. Le passage du plan carré se fait au moyen de trompes en cul-de-four. Cette tour servait autrefois de clocher et était appelée le « petit campanier » ou « le clocher angélique ». Seules les 3ème et 4ème travées sont intactes ainsi que le clocher remontent au milieu du 12ème siècle, les autres travées datent de la fin du 12ème siècle.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Nous admirâmes un chemin de Croix en émail et au revers de la façade, un beau relief en bois doré du 18ème siècle représentant saint André crucifié.

Le maître-autel fut édifié aux frais du Chapitre de Notre-Dame au 18ème siècle. Il est orné d’un bas-relief montrant la scène de l’Annonciation et surmonté d’un pélican, des bronzes de Caffieri le décorent.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
L’abside est décorée de peintures modernes mais des peintures médiévales couvraient probablement une grande partie des murs de la cathédrale.

Au-dessus de l’autel de la Vierge qu’il protège, s’élève la grande figure hiératique aux yeux fixes d’un saint Michel haute de 5,5 mètres et large de 2,17 mètres. Il porte le costume des empereurs byzantins avec le loros, l’écharpe impériale garnie de plaques d’or et de pierres précieuses. Il piétine un dragon rouge et le perce de sa lance qu’il tient de sa main droite. Cette image développe toutes les caractéristiques des canons byzantins traditionnels. On a pensé au rôle de l’évêque du Puy, Adhémar de Monteil qui partit en 1096 comme chef spirituel de la première croisade prêchée par Urbain II, toutefois cette image que l’on situe vers 1100 témoigne plutôt de la première vague d’influence byzantine qui marqua l’Occident et qui est particulièrement sensible dans les peintures de la vallée du Rhône, le long de la route qui conduisait de l’Italie méridionale à l’Auvergne. C’est également de l’Italie du sud byzantine que le culte de l’archange Michel passa chez les Lombards et s’étendit à l’ensemble de l’Occident au cours du Moyen-Âge.

 
La Vierge Noire.

Au 10ème siècle, le concile du Puy autorisa pour la première fois les reliquaires en ronde-bosse à l’image humaine : les Vierges en majesté fleurirent d’abord dans le centre de la France puis dans tout le pays. La plus ancienne connue, la Vierge Noire du Puy, aurait servi de modèle aux premières Vierges de Majesté auvergnates : assises, elles présentent l’Enfant à l’adoration des fidèles. Il ne reste aucune trace de cette première effigie sinon quelques hypothétiques représentations. À cette époque elle aurait été remplacée par celle offerte par le roi Louis IX ou saint Louis au retour de la 7ème croisade : il est attesté que saint Louis est venu en pèlerinage au Puy-Sainte-Marie en 1254. Il s’agissait d’une statue en cèdre représentant la Vierge assise sur un trône, l’Enfant Jésus sur les genoux. Si les visages de la Mère et de l’Enfant étaient d’un noir foncé, les mains étaient peintes en blanc. Sur le visage de Marie se détachaient des yeux en verre et un nez démesuré, elle était vêtue d’une robe de style oriental dans les tons rouge, bleu-vert et ocre et elle était couronnée d’une sorte de casque à oreillettes en cuivre doré, orné de camées antiques. La statue était entièrement enveloppée de plusieurs bandes d’une toile assez fine, collées sur le bois et peintes.

 
 

Selon Faujas de Saint-Fond, il s’agissait d’une statue très ancienne d’Isis déesse égyptienne de la fécondité que l’on avait métamorphosée en Vierge : des statuettes d’Isis tenant Horus sur les genoux lui ressemblent de façon frappante.

 
 
 
 
 
 
Une autre thèse en fait une statue éthiopienne, voire une vierge copte mais elle a tout aussi bien pu être façonnée au Puy avant l’an 1 000, peut-être par un artisan arabe. Certains spécialistes d’histoire de l’art évoquent la possibilité d’une statue dont le bois était clair à l’origine puis se serait naturellement oxydé à la suite de l’exposition prolongée à l’encens et à la fumée des cierges. Nous ne connaissons de cette Vierge Noire que de rares reproductions d’après un dessin exécuté en 1777 sur les indications de Faujas de Saint-Fons.
En janvier 1794 la Vierge Noire arrachée de son autel fut dépouillée de ses richesses (pierres précieuses, dorures…) et reléguée aux Archives. On se souvint malheureusement d’elle le 8 juin 1794, jour de la Pentecôte devenu celui de l’Être Suprême, les ultra-révolutionnaires de de Louis Guyardin, le représentant de la Convention en mission en Haute-Loire, vinrent la chercher pour la brûler place du Martouret. Quand les toiles enduites de couleur eurent fini de se consumer, une petite porte secrète pratiquée dans le dos de la statue s’ouvrit et une sorte de parchemin roulé en boule en sortit. Malgré les protestations on ne chercha pas à savoir ce qu’il contenait, certains pensent que l’origine exacte de la Vierge Noire y était inscrite.

 
 

La statue du 17ème siècle qui se trouve actuellement sur le maître-autel provient de l’ancienne chapelle Saint-Maurice du Refuge. Elle fut couronnée par l’évêque du Puy au nom du Pape Pie IX le 8 juin 1856, jour anniversaire de la destruction de l’effigie précédente.

 
 
 
 
 
La vénération de la Vierge Noire en France comme partout en Europe est une énigme non élucidée malgré l’inscription sur certaines d’un vers du Cantique des Cantiques (1:5) : « Je suis noire et pourtant belle, filles de Jérusalem ! ». À partir des années 1950 avec l’avancée des études en matière de religions comparées des chercheurs proposèrent que cette teinte sombre aurait été voulue dès l’origine. Des rapprochements furent établis avec les déesses des anciens cultes polythéistes d’Europe occidentale que la romanisation suivie de la christianisation firent disparaître, en particulier les Déesses-Mères, confortés par la présence de sanctuaires dédiés à la mère de Dieu sur les lieux d’anciens cultes païens (Cybèle, Diane etc.).
On désigne la Vierge Noire sous tous les vocables imaginables depuis le 14ème siècle parmi lesquels « Notre-Dame la Noire », « Notre-Dame la Brune », la « Vierge Égyptienne », la « Vierge au pilier », « Notre-Dame-de-Sous-Terre ». Les Vierges Noires tinrent une place considérable dans la spiritualité chrétienne du Moyen-Âge, elles devinrent les protectrices des Chevaliers du Temple (Les Templiers) et celle de l’Ordre des Chevaliers Teutoniques, elles figurèrent sur les bannières des hommes de guerre.

 
 

Depuis le 16ème siècle, elles sont vêtues d’un riche manteau qui s’élargit à partir des épaules et qui leur donne un aspect conique qui rappelle les idoles-cloches de l’Antiquité. Le vêtement se ferme bord à bord et ne laisse apercevoir de l’Enfant que sa tête à l’aplomb de celle de sa mère.

 
 
 

Les grandes cathédrales gothiques furent les temples de cette nouvelle déesse : entre 1170 et 1270 pas moins de 80 cathédrales et plus de 500 églises furent édifiées à sa gloire. Sans doute pour attirer davantage de pèlerins entre le 15ème et le 19ème siècle on peignit des statues en noir par-dessus une polychromie antérieure que certaines restaurations ont fait réapparaître mais ces premières statues polychromes, plus conformes au dogme chrétien du modèle marial, ne prirent-elles pas elles-mêmes la place des statues noires, désapprouvées par l’Église ? Malgré tout, elles sont jusqu’à aujourd’hui l’objet de pèlerinages et on leur accorde de grands pouvoirs de guérison, de fertilité et de fécondité. Le culte de la Vierge Marie aurait-il autant de succès et d’attirance s’il n’était pas associé à différents cultes féminins venus du plus profond de l`histoire religieuse des hommes ? On estime à une quarantaine environ le nombre de Vierges Noires à être vénérées en Europe.

Chaque manteau de Notre-Dame du Puy recèle une signification et un symbolisme qui soulignent le sens d’une fête ou de tel moment de l’année liturgique.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le 15 Août de chaque année se déroule la grande fête de l’Assomption de la Vierge, au cours de laquelle la Vierge Noire est portée en procession à travers les rues de la ville en présence des plus hautes autorités civiles et religieuses et d’une multitude de participants.

 
 

Nous poursuivîmes notre visite de la cathédrale et, à gauche du maître-autel nous entrâmes dans la Chapelle du Saint-Crucifix où nous admirâmes un Christ en bois polychrome du 15ème siècle.

 
 
 
 
 
 
Dans cette chapelle se trouve la Pierre des Fièvres ou Pierre des Apparitions qui est à l’origine de la construction de la cathédrale et qui proviendrait d’un dolmen dont elle tenait lieu de table.
La légende dit qu’en 47 ou en 70 de notre ère, une femme originaire de Ravessium, Vila (ou Villa) atteinte d’une forte fièvre, se fit porter sur le mont Anis. Elle se fit allonger sur la table d’un dolmen dite « pierre des fièvres » jouissant d’une réputation miraculeuse et elle s’endormit. La Vierge lui apparut en songe et lui demanda de visiter Georges, l’évêque du lieu, pour qu’il construise une église, un signe serait donné à l’évêque, la guérison de Vila. Au réveil, celle-ci se sentit guérie et alla trouver l’évêque qui lui fit bon accueil. Le prélat accompagné de son clergé se rendit un 11 juillet sur le mont Anis. L’endroit précis où la Vierge était apparue était couvert de neige, un cerf traça avec ses bois le contour du futur édifice : l’évêque fit mettre une palissade en bois à ce point. Le temps passa puis en 221, la Vierge accompagnée d’anges apparut en songe à Aurélie, une habitante paralysée de Ceyssac et lui dit de se rendre sur le mont Anis pour recouvrer la santé. Parvenue à la palissade de Georges elle fut guérie et la Vierge se montra à elle pour lui demander d’édifier une véritable église. Vosy, évêque du diocèse, gravit le mont puis s’en fut alors à Rome ou il rencontra le pape Calixte Ier. Le souverain pontife lui donna l’autorisation de construire une basilique sur ce rocher indiqué par la Vierge, à l’emplacement d’un sanctuaire païen, et de transférer son siège épiscopal sur le mont sacré. Scutaire, sénateur et architecte romain, aurait été chargé de la construction par le Saint Père. L’église achevée, l’évêque et son adjoint se dirigèrent de nouveau vers Rome afin d’en obtenir la consécration. En chemin, deux vieillards leur conseillèrent de retourner d’où ils venaient, les chargèrent de reliques et disparurent sur ces mots : « Nous vous précédons et nous vaquerons à tout ». Quand Vosy et Scutaire arrivèrent à Anis, ils trouvèrent leur église baignée d’une lumière irréelle et les cloches animées par des êtres invisibles. La dédicace de la première église du Puy fut l’œuvre des anges, pour cette raison, elle fut appelée chambre angélique. De nos jours encore des pèlerins s’allongent sur la Pierre des Fièvres pour en recevoir les bienfaits.
La porte du porche saint-Jean donne sur le bras nord du transept, les vantaux ont conservé leurs peintures romanes, c’est la seule porte historiée de la cathédrale. Le linteau représente la Cène et sur le tympan se trouvait le Christ entouré de deux anges.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Dans le bras gauche du transept, côté Nord, au-dessus de l’autel du Sacré-Cœur subsistent une représentation des Saintes Femmes au tombeau

et du martyr de Sainte Catherine.

Depuis longtemps des légendes circulaient à propos d’un trésor caché dans la citerne située entre la sacristie et le pied du clocher, dans la petite cour intérieure où se trouve le puits qui la surplombe.

Devant les sculptures d’une corniche antique, à mis-hauteur de l’abside, on lit l’inscription «Fons ope divina languentibus est medicina subveniens gratis ubi deficit ars hypocratis» : «Cette fontaine, par force divine, sert de remède aux malades, venant gratuitement en aide quand fait défaut l’art d’Hypocrate». Au-dessus de cette inscription se trouve une frise décorative en forme d' »S » identique à celle de l’archivolte de la petite porte du porche du For.

Deux plongeurs, un archéologue et un spéléologue explorèrent cette citerne : ils confirmèrent ses dimensions et son alimentation par les eaux de pluie au moyen d’une canalisation. Les plongeurs constatèrent l’existence d’un trop-plein qui permet à la citerne d’évacuer ses eaux en cas de pluies abondantes. Aucun objet n’y fut découvert mais pour qu’une étude plus approfondie puisse être entreprise son asséchement sera nécessaire. Les archéologues pourront alors prélever des échantillons de mortiers et de la vase, abondante au fond de la citerne, pour les faire analyser et établir précisément la date de sa construction.
Sur le mur du bas-côté nord nous vîmes le tableau « Vœu de la peste » de Jean Solvain, daté de 1630 et mesurant 7m sur 3m. Il représente la procession de la Vierge Noire qui eut lieu sur la place du For un an plus tôt pour célébrer l’arrêt soudain d’une épidémie de peste particulièrement meurtrière.

La chaire date de la fin du 18ème siècle, à l’origine elle formait l’élément central du jubé semi-circulaire qui divisait l’église en deux, le chœur de Notre-Dame réservé aux chanoines et le chœur Saint-André. À son sommet le Père Éternel dans un manteau flottant se penche pour indiquer la direction à suivre en une évocation du rôle du prédicateur. Cette chaire se pare de colonnes ornées de guirlandes, d’un décor animé par des oiseaux, des festons…

En 1998, lors de la restauration de la cathédrale on déplaça l’orgue de 48 jeux du fond de l’abside au milieu du chœur Saint-André.

Un tableau de Jean François, « Le vœu des consuls » évoque, lui, l’arrêt d’une peste en 1653.

 
 

Le clocher haut de 56 m est une construction indépendante de l’église. De plan carré, il comprend sept étages de même dessin mais chacun d’eux est marqué par un léger retrait de sorte que l’édifice fait penser à des cubes superposés.

 
 
 
 
 
 
Le clocher est de plus en plus ajouré à mesure que l’on s’élève du sol au sommet. Le rez-de-chaussée contient trois tombeaux, ceux de deux chanoines et celui d’un évêque. C’est à sa forme pyramidale et à son coq, symbole de la vigilance républicaine qu’il doit paraît-il, de ne pas avoir été démoli sous la Révolution.
 
Le jubilé du Puy-en-Velay.
Il faut attendre le 10ème siècle pour entendre parler de pèlerinage. Il semble que le premier jubilé, d’origine populaire, remonte à 992. C’était aux approches de l’an 1000 et on redoutait de graves événements : Bernhard, un moine allemand, avait prédit la fin du monde pour le 25 mars de cette année-là, le jour de l’Annonciation étant également celui du Vendredi Saint. Très vite le mouvement prit de l’ampleur et les foules commencèrent à affluer au Puy. Le nombre de pèlerins devint si considérable que le pape Jean XV institua pour la ville un jubilé chaque fois que le jour de l’Annonciation coïnciderait avec le Vendredi Saint : il connut un tel succès qu’en 1407 deux cents pèlerins périrent étouffés dans la foule. Cette conjonction qui émeut les fidèles et ravit les mystiques est rare , deux ou trois fois par siècle seulement, on en compte 29 depuis le premier célébré en 992. L’avant-dernier en 1932 rassembla plus de 300 000 pèlerins, le dernier a été célébré en 2005 et le prochain le sera en 2016. C’est le plus ancien après ceux de Rome et de Jérusalem, six papes vinrent en pèlerinage au Puy, ainsi que treize rois de France, de Charlemagne à François Ier. Isabelle Romée alors qu’elle se rendait de Vaucouleurs à Chinon vint y prier pour sa fille Jeanne d’Arc en 1429, avec les frères et deux des meilleurs compagnons de Jeanne.
Les pèlerins d’autrefois accouraient de toute la Chrétienté pour demander à Marie la paix de leurs âmes et de leurs patries ainsi que la pleine indulgence de leurs dettes envers Dieu : ils la voulaient pour avocate à l’heure où ils seraient cités au grand tribunal : « Mater misericordiæ, Advocata nostra, ora pro nobis ». Au milieu du 11ème siècle le pape Léon IX écrivait que « nulle part, la Sainte Vierge ne reçoit un culte plus spécial et plus filial de respect, d’amour et de vénération que celui que les fidèles de la France entière lui rendent dans l’église du mont Anis, autrement dite du Puy-Sainte-Marie ».
Des origines à nos jours, le pèlerinage de Notre-Dame du Puy a contribué au développement et à la prospérité de la ville.

 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
A suivre.

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4 réponses à Belles dentelles, haute Marie et goûteuses autruches (2)

  1. Moncelon dit :

    Bonjour,

    Aujourd’hui, fête de la Croix Glorieuse, je suis à la recherche d’une photo de la Croix de verre de la Cathédrale du Puy, faite par mon ami le sculpteur Philippe Kaeppelin. J’habite Clermont-Ferrand. Je voulais faire une page sur lui et sur la croix qu’il a faite en ce jour, sur mon petit blog juste commencé. Vous avez fait un très bel article sur la cathédrale, et de très belles photos. N’ayant ni l’occasion ni le temps d’aller prendre moi-même des photos, je voudrais emprunter une photo à vous en mettant votre lien. Comme je voudrais que ma page apparaisse très vite aujourd’hui, j’attends votre réponse avec impatience ! Merci par avance.
    Marie

  2. Domi dit :

    Vous pouvez utiliser toutes les photos de mon site à condition d’en mentionner la source.

    • Humbert dit :

      Je vous félicite pour ce site très intéressant. Je termine un livre sur le Puy à l’occasion du Jubilé. Auriez-vous le bonté de m’autoriser à utiliser quelques une de vos photographies, je me ferai ue joie de vous offrir le livre? Merci et bien cordialement, E Humbert

      • Dominique dit :

        Je vous remercie pour vos félicitations ! Mon application pour ces articles fut à la hauteur du plaisir que je pris à cette virée au Puy.
        Mais j’avoue, j’ai triché : j’ai emprunté la plupart de ces photos sur Internet, je ne peux donc pas vous les confier…
        Bonne chance pour votre livre !

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