Au pays des cigognes (8).


26 Avril 2007 (suite et fin).
 
Notre épopée navale nous a ouvert l’appétit, nous dénichons une winstub près de la Place de la Cathédrale.

La winstub, littéralement « pièce à vin » est à l’origine une salle ouverte au public permettant aux propriétaires et aux producteurs d’écouler le surplus de leur production viticole. On servait le vin en pichet toute la journée, accompagné de petits plats simples. Certaines étaient le lieu de prédilection des artistes, ils y discutaient, ils récitaient des poèmes ou ils jouaient de la guitare. Aujourd’hui la winstub est le restaurant typiquement alsacien par son esprit terroir et bistrot, on y retrouve les saveurs d’autrefois, on y mange au coude à coude sur des tables en bois recouvertes de nappes à carreaux rouges. Audrey commande une potée et moi une choucroute (recette) C’est délicieux mais je cale devant mon énorme tas de chou fermenté, bien remplie. Audrey me propose de partager une tarte aux pommes flambée au riesling mais une bouchée de plus et j’éclate… Elle me rassure en m’expliquant que ce n’est que de la pâte à pain, bon on verra bien ! Ça fait drôle de voir des flammes embraser ce que l’on s’apprête à déguster mais c’est bon et ça passe tout seul.  Repues nous retrouvons notre chère rue des Maroquins

pour rejoindre le Musée Alsacien quai Saint-Nicolas.

Pendant la période de l’annexion de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine à l’empire allemand (1871-1918) des artistes et des écrivains soucieux de valoriser la culture alsacienne fondèrent en 1898 la « Revue Alsacienne Illustrée » qui éditait des articles sur le patrimoine de la région : des description de sites emblématiques, d’objets typiques, des poèmes en dialecte, etc., illustrés par les meilleurs artistes de la région. C’est dans le numéro d’avril 1900 de cette revue que fut fait pour la première fois mention du projet de création d’un « musée ethnographique alsacien » dont le but serait de « conserver aux générations futures les témoins du passé, tous ces objets dont l’existence est aujourd’hui si compromise ». L’idée se concrétisa avec la création en 1902 de la « Société du Musée Alsacien sur le modèle d’une Société Anonyme à Responsabilité Limitée, entreprise privée à laquelle les actionnaires apportaient un capital de départ.

Très vite, les dons affluèrent et il fallut chercher un lieu pour conserver et présenter ces objets au public : un immeuble Renaissance situé 23, quai Saint-Nicolas retint l’attention des fondateurs par sa position proche du centre ville et son cachet et fut acheté en 1904. Il présente la disposition caractéristique des maisons strasbourgeoises du tout début du 17ème siècle : un grand porche suivi d’un long couloir conduisant dans la cour où une galerie ouverte en bois relie les deux corps de bâtiment.

 
 
 
 
Le bâtiment avant dont l’oriel sculpté agrémente le quai fait face à l’Ancienne Douane où se trouvait jadis le port de Strasbourg, celui de l’arrière aux pièces plus petites, comporte une vaste cave qui servait d’entrepôt aux négociants propriétaires de la maison. De nombreux éléments de la cour furent remaniés lors de l’installation du musée, l’architecte strasbourgeois Théo Berst souhaitant, tout comme les fondateurs, en faire « un ensemble pittoresque ». Certains éléments furent copiés sur des maisons de Colmar et de Riquewihr d’autres, comme les encadrements de fenêtres sculptés datés de 1580, furent récupérés sur des chantiers de démolition. Devenu au fil des décennies bien trop petit pour présenter toutes les collections acquises par achat ou par don le musée s’agrandit vers 1980 de deux bâtiments mitoyens, les numéros 24 et 25 du quai Saint-Nicolas, portant ainsi la surface d’exposition à plus de 2 000 m². Sous l’impulsion de son conservateur Georges Klein, il devint un des plus importants musées d’art et traditions populaires de la région, accueillant de 60 à 70 000 visiteurs par an. Au mois de mai 1907 une kermesse paysanne où les dames de la bonne société alsacienne avaient endossé différents costumes traditionnels marquait l’ouverture du Musée Alsacien au public. L’année suivante le thème de la fête fut le roman d’Erckmann-Chatrian « Madame Thérèse ». Autour de la cour étaient accrochés les drapeaux de la France de 1793 tandis que les sociétaires étaient déguisés en soldats de la Révolution. L’événement ne passa pas inaperçu des autorités allemandes, quelques années plus tard elles prétendirent éliminer ce repère de francophiles en vendant aux enchères le bâtiment et les collections du Musée. Heureusement la municipalité de Strasbourg reprit alors l’établissement à son compte, remboursant les actionnaires et intégrant le Musée Alsacien à l’ensemble des Musées de Strasbourg en nommant à sa tête un conservateur, Adolphe Riff.  Comme la plupart des musées fondés il y a plus d’un siècle le Musée Alsacien acquit de beaux objets décorés et en bon état. Il donne ainsi de l’Alsace la vision embellie d’une région uniformément cossue. La plupart des pièces constituant le fonds du Musée proviennent du Bas-Rhin, département où l’industrialisation fut plus tardive alors que dans le Haut-Rhin les usines textiles et le brassage de population qu’elles engendraient firent disparaître plus rapidement les usages et les traditions du monde rural. Lors de sa création le musée reçu de nombreux dons faits par les familles de la haute bourgeoisie alsacienne et par la comtesse de Pourtalès. Les fondateurs allèrent aussi dans les villages faire des achats auprès des habitants en particulier de pièces de costume. Malheureusement, l’essentiel des acquisitions faites entre 1902 et 1917 par ce musée alors privé ne furent pas inventoriées ni documentées et bien des informations furent ainsi perdues. L’essentiel des collections date de 1750 à 1860 environ, période que l’on pourrait qualifier d’ « âge d’or » du monde rural et de la culture traditionnelle.
A l’accueil où nous prenons nos billets même si l’entrée est gratuite

 
 
 
 
 
 
 
j’admire deux grandes broderies au point de croix l’une bleue, l’autre rouge représentant toutes deux un arbre de vie, sensé symboliser la force de la vie et ses origines, l’importance des racines et le développement de la Vie. Ils sont parfois associés à des personnages ou à des animaux (oiseaux, mammifères). Selon certaines interprétations l’arbre de la connaissance et le chandelier à 7 branches pourraient en être des variantes. Le Musée Alsacien est installé dans d’anciennes demeures strasbourgeoises reliées par des escaliers et des coursives en bois : on y circule comme dans une maison dont les habitants viendraient tout juste de s’absenter. Les planchers qui craquent, les meubles qui garnissent toutes les pièces et tous les objets évoquent une vie à la fois familière et différente de celle d’aujourd’hui. Nous découvrons une présentation ingénieuse : de grandes vitres allant du sol au plafond protègent les salles d’intérieurs ruraux reconstituées assez fidèlement avec tous leurs objets ou de gros cordons délimitent le parcours et nous trouvons partout des panneaux explicatifs. Trois grands thèmes sont représentés dans le musée : l’intérieur paysan, les croyances et les activités de production : la viticulture, l’élevage laitier et l’artisanat.La première salle présente des maquettes d’habitats traditionnels

comme celle de la ferme Urban où sur le poteau cornier on lit l’inscription : « Georg Jung Katarina Urban 1783 ».

ou d’une étable du début 20ème siècle

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 

ainsi que des pans de murs à colombages tel cet encadrement de poutres sculptées de style Renaissance venant d’une maison de viticulteur : un tonneau est sculpté sur le colombage.

 
 
 
 
 
 
Sur les panneaux remontés autour d’une fenêtre à petits vitres appelées cives de cet autre en bois, en torchis, en crépi et en grès se retrouve le motif du « maikrug », vase aux fleurs plus ou moins stylisées, celui du couple d’oiseaux et de la rosace tracée au compas. La calligraphie utilisée pour les inscriptions qui sont toujours en allemand participe à la décoration de la maison. L’inscription en haut à droite dit : « Dieses Haus stet in gotes Hand gott bewahre es von Feier und brand und das ganze Vaterland » ce qui signifie « Cette maison est entre les mains de Dieu. Qu’il la protège contre les flammes de l’incendie et qu’il veille sur notre pays. ». sur celle de gauche on lit : « Die Arbeid ist des Menschen Pflicht der Träge had den segen gotes nichd » ce qui signifie « Le travail est le devoir de l’homme, le paresseux n’a pas la bénédiction de Dieu ».
Nous plongeons dans l’intérieur paysan tel qu’il se présentait à Wintzenheim–Kochersberg (Bas-Rhin) en 1810 avec la stube, la pièce commune et son alcôve, petite pièce matérialisée par une cloison en bois où sont ménagées deux ouvertures entre lesquelles sont fixées l’horloge à cadran peint et un placard. Dans l’alcôve se trouve le lit des maîtres de maison, garni d’un épais oreiller et d’un édredon revêtu de kelsch, tissu de chanvre à carreaux bleus, rouges ou bicolores.

Des pierres rondes, ovales ou rectangulaires, décorées ou vernies étaient glissées dans le lit une fois chaudes. Les trous permettaient de les saisir avec un bâton sans se brûler.

Au pied du lit se trouvent un tabouret qui permettait d’y grimper et le pot de chambre qui évitait de sortir de nuit pour aller aux « lieux ». Sur la tête du lit, l’inscription peinte en allemand signifie : « Je me couche et je dors en toute quiétude, car tu m’apportes ta protection, Seigneur, pour que je demeure en sécurité ». Composé de six plaques à décor moulé à Zinswiller le poêle en fonte est surmonté d’un dispositif en bois qui permet de sécher les vêtements mouillés. Placé derrière une ouverture de l’alcôve, le berceau du bébé est proche à la fois de la chaleur du poêle et du lit de ses parents. A la veillée ou en hiver, la famille est réunie dans la stube et chacun s’occupe à divers travaux, les femmes filent à l’aide de leur rouet ou broient du chanvre pour en libérer les fibres.
La stube comprend un coin-repas : en Alsace l’usage veut que toute la famille ainsi que les domestiques déjeunent dans la pièce commune de la maison. Même si les femmes se lèvent de leur chaise pour chercher les plats à la cuisine, elles prennent leur repas en compagnie des hommes, assis sur le banc de coin, adossés au mur garni de lambris. Le maître de maison préside la table en occupant l’extrémité située entre deux fenêtres dont l’une donne vers la cour et l’autre vers la rue, il peut ainsi surveiller ce qui se passe. Près de lui se trouve la petite armoire de coin où sont rangés les papiers de famille et la bouteille de schnaps (eau de vie) dont on offre un verre à tout visiteur. Cet angle de la pièce est appelé « coin du Bon Dieu » (Hergottswinkel), car les images religieuses y sont regroupées. Dans les familles protestantes la bible est rangée dans la petite armoire de coin tous les soirs après la séance de lecture faite par le père de famille. Cet emplacement correspond aussi à celui du poteau cornier situé à l’angle de la maison entre rue et cour et sur lequel figurent les initiales du couple qui a fait bâtir la maison, la date de sa construction et souvent des symboles devant la protéger. Les vaisseliers destinés à présenter la belle vaisselle, comme celui-ci en sapin décoré par des peintures, sont assez rares en Alsace.

Nous admirons un superbe buffet d’angle en bois de sapin polychrome datant de 1813 et venant de Obermodern (Bas-Rhin). Le plan triangulaire de ce meuble est conçu pour être intégré aux lambris économisant ainsi de la place dans la stube. L’usage de fabriquer du mobilier en bois résineux et de lui ajouter un décor peint est caractéristique des traditions d’Europe centrale. Les formes sont longtemps restées influencées par la Renaissance allemande et les styles français n’ont été introduits que très progressivement dans le mobilier populaire. L’habitude de peindre le bois, à son apogée au début du 19ème siècle, reste vivace jusqu’après 1860. Les styles et les couleurs des décors varient selon les régions : motifs géométriques, couleurs rouge et verte de l’art populaire archaïque dans le nord de l’Alsace, motifs figuratifs et couleurs plus douces dans le sud de la province où le voisinage de l’art baroque se fait sentir.

Le mur séparant la cuisine de la stube est construit en pierre ou en brique et non en bois et torchis. Les fumées venant des cuisinières et du poêle vont se réunir sous la grande hotte et monter le long de ce mur jusque dans la cheminée. A l’étage un petit réduit (Rauchkämmerle) est aménagé dans le conduit. C’est là que sont suspendus le lard et la viande à fumer.

Tous les ustensiles traditionnellement utilisés sont présentés dans cette reproduction de cuisine alsacienne.

Un curieux petit coussin rond nous intrigue : il s’agit d’un coussinet à porter (wisch) du 19ème siècle en tissu rembourré de foin venant de Lingolsheim (Bas-Rhin). Porter les fardeaux sur la tête était une pratique courante pour les paysannes : afin d’obtenir une meilleure assise elles plaçaient cet accessoire sur leur tête. Lorsqu’il ne servait pas il restait habituellement accroché à portée de main dans la cuisine. La forme circulaire de ce coussin a motivé l’assemblage particulier de son enveloppe sous forme d’un patchwork composé de restes de tissu. Certains y voient l’origine de cette technique fort répandue aux États-Unis et qui avait peut-être été transmise par les immigrants alsaciens.

Nous examinons des moules à gâteaux : appliqués sur la pâte étalée, une pression plus ou moins forte permettait alors d’imprimer les motifs du moule sur la pâte. Il ne restait ensuite qu’à découper chaque rectangle et à enfourner les biscuits.

Gâteau de fête, le kouglof accompagne toujours le vin d’Alsace lors des fêtes officielles et des vins d’honneur. Ici, un moule à kouglof en cuivre rouge et à intérieur étamé datant de 1800.

 
 

Ces plaques en bois sculpté des 18ème et 19ème siècles servaient à marquer les mottes de beurre. On les offrait souvent en cadeaux de mariage ornées de motifs en rapport avec la fécondité et la prospérité : l’écrevisse, la tulipe, le cœur ou la rosace.

 
 
 
 

Un pot à beurre en grès au sel au décor traditionnel avec des cerfs courants, un coq et des feuillages élégamment stylisés fabriqué par les ateliers Wingerter au 19ème siècle est posé là. Les récipients en grès au sel, cuits à température élevée (1250° C), ont une paroi peu poreuse qui les rend particulièrement aptes à servir à la conservation des aliments. Le pot à graisse (fetthaafe) était présent dans chaque cuisine alsacienne il y a encore une génération, on y mettait principalement du beurre fondu (anke) qui se conservait bien mieux sous cette forme.

 

 
 

Ce pot à crème (Rahmhafe) en terre vernissée venu de Soufflenheim et datant de 1899 fut offert en cadeau de mariage. Après la transformation du lait en crème on débouchait l’ouverture pratiquée à la base (visible à l’arrière) pour permettre l’écoulement du petit-lait tandis que la crème restait dans le fond du pot.

 
 
 

 
 
 

Plat rond en laiton au décor gravé et repoussé.

 
 
 
 
 
 
 

Je découvre la fête du lièvre de Pâques avec ces moules en cuivre embouti datant de la fin du 19ème siècle. Traditionnellement liée en Alsace à la célébration des fêtes calendaires, celle du lièvre de Pâques existe aussi dans une partie de l’Allemagne. C’est une fête du printemps par référence aux ébats de cet animal au mois d’avril au moment de la lune de printemps. La tradition qui attribue la ponte des œufs de Pâques au lièvre semble née d’une coïncidence reposant sur l’association fortuite d’éléments liés au renouveau de la vie au printemps tels que l’œuf, symbole de la fécondité et de la résurrection dans l’Europe centrale et le lièvre qui n’est visible qu’au printemps.

 
Moules en céramique et en métal pour la cuisson des biscuits de Pâques en forme d’agneau couché.

A côté trône un pot à schnaps en grès décoré au cobalt et fabriqué à Betschdorf en 1862, destiné à recueillir l’eau-de-vie au sortir de l’alambic, un objet de prestige richement décoré et même daté. Si l’usage de récipients de grès est attesté en Alsace au Moyen Âge ce sont néanmoins des potiers venus d’Allemagne qui en reprirent la fabrication après leur installation en Alsace au 18ème siècle. Ils créèrent des ateliers à Betschdorf à Saverne et à Niedersteinbach. Au 19ème siècle le seul centre de production de grès subsistant fut le village de Betschdorf resté aujourd’hui encore un centre de production de grès au sel. Le grès cuit à haute température est une céramique aux pores resserrés, essentiellement utilisée pour la fabrication de récipients destinés à contenir des liquides et des aliments conservés en saumure.

Tisannière en poterie vernissée composée de trois pièces et découpée à la base pour y placer la bougie datant de 1813 et venant de Colmar.

 

Sur le panneau de porte d’une armoire du début du 19ème siècle est peint un bouquet de fleurs aux couleurs chatoyantes dans un vase appelé aussi « maikrug » (« cruche aux branches fleuries ») : c’est le motif décoratif le plus fréquent de l’art populaire alsacien. On le trouvait déjà ornant des monuments de la Rome antique, il fut ensuite abondamment repris à la Renaissance qui inspira l’art populaire naissant du début du 17ème siècle.

 
 
 
Nous entrons dans une salle où est présenté le mode de chauffage des maisons alsaciennes traditionnelles comme sur cette maquette :

 
 

Nous voyons un kaschteofe, ce poêle à caissons composé de deux caisses superposées en fonte reposant sur un support de pierre et décorées de scènes de la vie du Christ.

 
 
 
 
 
 

 
 

et un poêle en terre avec siège, en terre cuite vernissée, bois, marbre et grès, datant de 1872.

 
 
 
 
 
 
 
 
Du balcon du premier étage nous avons une belle vue sur la cour du musée, toute tendue de guirlandes végétales et d’oriflammes bleus, blancs, rouges.

Un des objectifs des fondateurs était que la cour soit « irréprochable aux yeux du connaisseur tout en séduisant l’artiste par son pittoresque ». L’architecte Théo Berst entreprit de dégager les éléments originels de la galerie datée de 1622 mais aussi de reconstituer les lieux dans l’esprit néo-renaissance en vogue autour de 1900. L’élément le plus curieux de cette réalisation est l’ensemble de barres en bois soutenues par des consoles en fer forgé fixées à l’extérieur des coursives. Dans les maisons alsaciennes à colombage, des barres de bois étaient parfois placées devant la petite galerie aménagée à l’étage, elles servaient à aérer les sacs à grain, les paillasses et les édredons des lits.

 
 

Reproductions photographiques coloriées à la main à l’aquarelle, commanditées et éditées par le musée alsacien de 1904 à 1914.

 
 
 
 
 
 
 
Le musée propose d’une salle consacrée aux « âges de la vie » où sont présentés des objets marquant des événements importants : naissance, communions, mariages, décès etc.

Nous nous immergeons dans la vie familiale de l’Alsace ancienne avec un calendrier chromolithographique de 1895 venu de l’Imprimerie Alsacienne de Strasbourg représentant une alsacienne portant un kouglof. Présent dans la plupart des intérieurs ruraux à partir des années 1860, le calendrier diffuse à grande échelle son message publicitaire illustré conformément à l’air du temps. Cet exemplaire est caractéristique du contexte de la fin du 19ème siècle, lorsque la mise en valeur de la culture alsacienne devint une sorte de devoir régional. L’image centrale montrant une Alsacienne portant un kouglof et entourée de deux enfants dans la pièce commune d’un intérieur paysan illustre trois éléments typiques de l’Alsace : le costume traditionnel, le mobilier rural et la gastronomie. Dans les écoinçons quatre images évoquent des traditions liées à différents moments de l’année : l’arrivée du Christkindel (Enfant-Jésus) le soir de Noël, le retour de la messe de minuit, la quête des œufs de Pâques et les courses de chevaux de la Pentecôte. Tout en haut, le chiffre de l’année est placé dans un bretzel, cadeau symbolique remis le jour de l’an comme vœu de prospérité.

 
 

Pipe en bois sculpté et peint dont le tuyau représente un évêque et dont le fourneau est composé de trois têtes, fin du 18ème – début du 19e siècle et venant d’Ingersheim.

 
 
 
 
 
 
 
Nous contemplons une poupée à la fine tête de porcelaine et portant la tenue des jeunes filles catholiques des environs de Strasbourg soit une zone comprise approximativement entre Haguenau, Saverne et Erstein. La jupe en bombasin rouge est terminée par un petit biais de velours noir, le ruban coloré de la coiffe indique qu’il s’agit d’une jeune fille, les femmes mariées portant un nœud noir. Le tablier de coton blanc crocheté est arboré par les jeunes filles participant à la procession de la Fête-Dieu dans le village de Geispolsheim. En Alsace comme dans toutes les sociétés traditionnelles le costume est un indicateur du statut social en particulier de celui des femmes montrant si elles sont célibataires ou mariées, de religion catholique ou protestante.

Nous admirons une superbe huile sur toile de Louis-Philippe Kamm « La Mariée d’Oberseebach » datée de 1937, un dépôt de la Société des Amis des Arts et des Musées. Situé dans l’Outre-Forêt, le village d’Oberseebach est l’un de ceux qui ont gardé le plus longtemps leurs traditions dont le port de cet étonnant costume de mariée. Il se compose d’une robe noire, d’une couronne de fleurs artificielles et de brassards d’où pendent des rubans de couleur. La jeune femme porte sur ses épaules un petit châle brodé qui cache en grande partie le plastron mais laisse voir les initiales qu’elle a brodées en rouge sur sa chemise blanche. La croix huguenote que porte la jeune femme indique qu’elle est protestante.

Sur le dessus de cet encrier en forme de cœur en céramique décoré, fait par André Seyller, La Petite Pierre, vers 1760 se trouvent les emplacements pour les pots à encre et à sable (pour sécher l’encre) et les plumes. Sur un côté est représenté un couple buvant et sur l’autre figure une inscription manuscrite du potier créateur de cet encrier.

Plus loin nous voyons un ensemble de boucles de cravates argent ciselé datant du 19ème siècle et venant de Basse-Alsace. Au siècle dernier le costume masculin comportait une cravate, pièce de tissu dérivée du mouchoir et protégeant le cou. Elle était nouée de différentes façons selon la mode du moment ou du lieu parfois aussi serrée dans une boucle (ou fermail) de métal. Celui-ci était souvent en forme de cœur, cadeau de la fiancée, et orné de motifs rappelant la profession du jeune homme.
Le minnekästchen ou coffret de courtoisie était offert par les fiancés ou les jeunes époux à la jeune fille. Elle pouvait y ranger ses bijoux, ses rubans, ses lettres et ses autres petits trésors. Les coffres pouvaient se trouver sous forme de coffre de voyage, de coffre à vêtements ou tout simplement de boîte.

 
 

Paire de boucles de souliers en laiton à décor gravé et émaillé, portant les initiales J.P.R., datée de 1831.

 
 
 
 
 
 
 

 
 

Nous découvrons une chaise d’accouchement en bois de fruitier, accoudoirs démontables et dossier repliable fabriquée en 1837 pour Anne Willig, sage-femme à Hurtigheim. Pour mettre son enfant au monde la mère était assise sur ce genre de chaise, la sage-femme se plaçait devant elle pour l’encourager et guider la sortie de l’enfant.

 
 

Les enfants possédaient des jouets guère différents de ceux de nos jours : sur un mur sont accrochées des lithographies colorées représentant deux pantins à découper de 1930 venant de l’imprimerie Ackermann à Wissembourg, petite ville du nord de l’Alsace devenue au milieu du 19ème siècle un des plus grands centres français de production d’imagerie populaire. L’entreprise créée par J.-F. Wentzel fut reprise en 1906 par R. Ackermann qui essaya d’éditer des sujets plus régionaux, voir folkloriques.

Cuisine de poupée en bois, en faïence, en étain et en matériaux divers. La présence de volaille dans une cage indique qu’il s’agit d’une cuisine urbaine où l’on engraissait sur place les poules et les oies.

La foi occupait une place importante dans la vie des alsaciens d’autrefois comme nous le remémore une peinture sous verre de la Cène du milieu du 19ème siècle venue de Colmar (Haut-Rhin). Comme le mobilier polychrome la peinture sous verre est un artisanat originaire d’Europe centrale, introduite en Alsace par les ateliers de la Forêt-Noire dont les artisans avaient décidé de s’installer sur l’autre rive du Rhin afin d’éviter le paiement les droits de douane pour l’exportation de leurs produits. C’est ainsi que la famille Winterhalder venue du pays de Bade s’installa à Colmar d’où elle diffusa ses créations dans toute l’Alsace et au-delà. La demande populaire était alors particulièrement forte en matière d’imagerie, la lithographie n’ayant pas encore été inventée. Les compositions un peu élaborées, comme celle-ci, étaient la plupart du temps copiées sur des gravures popularisant les œuvres des artistes célèbres.

 
 
 

Croix d’intérieur.

 
 
 
 
 
 
 

Saint Nicolas est représenté ici avec les trois enfants qu’il aurait, d’après la légende, sauvés du cannibalisme en les retirant d’un saloir dans une peinture sous verre datant approximativement de 1800. La peinture sous verre, une des composantes de l’art populaire de l’Europe continentale, apparut en Alsace dans la deuxième moitié du 18ème siècle d’abord apportée par des colporteurs depuis les ateliers de Forêt-Noire puis fabriquée dans la région. Ces images populaires étaient destinées à orner les murs de la stube, pièce commune de la maison, et les sujets en étaient essentiellement religieux : les catholiques aimaient avoir près de leur lit l’image de leur saint patron ou de la Vierge protectrice tandis que les protestants préféraient mettre aux murs des scènes de la vie du Christ.

 
 

Livre religieux.

 
 
 
 
 

En 1908 la Société d’Histoire des Israélites d’Alsace et de Lorraine fit un important dépôt au Musée Alsacien à la requête de ses directeurs, il leur avait paru essentiel de réunir des éléments significatifs des trois religions présentes depuis plusieurs siècles dans la région et de montrer que la religion juive était une composante de la vie régionale. En Alsace, jusqu’au 19ème siècle, les communautés juives étaient essentiellement implantées dans le milieu rural, étroitement intégrées dans le tissu villageois : la cohabitation entre juifs et chrétiens y était effective même si elle n’était pas toujours exempte de frictions. Le mizra’h, « orient » en hébreu, accroché au mur est, à l’intérieur de la maison juive indique la direction de Jérusalem vers laquelle les juifs se tournent pour prier. Celui-ci, une encre et gouache sur papier datant des années 1820, est orné d’un bouquet de fleurs dans un vase, thème décoratif extrêmement fréquent dans l’art populaire alsacien. Son utilisation pour un objet religieux juif est révélatrice de l’intégration de cette communauté dans le milieu ambiant.
Nous découvrons une aquarelle et encre sur papier datant de 1855 représentant un souvenir de conscription. A partir de 1818 le recrutement des troupes se fit par tirage au sort en France. L’armée demandait un certain nombre de soldats par canton, nettement inférieur à celui de l’ensemble des jeunes gens âgés de vingt ans. Ainsi en 1855 dans le canton ouest de Strasbourg, seuls les conscrits ayant tiré les soixante-dix-sept premiers numéros furent retenus pour le contingent. Léopold Bauer, jeune juif, échappe ainsi au service militaire dont la durée était alors de sept ans : comme c’était alors l’usage il fit réaliser un souvenir de conscription, sorte d’attestation du rite de passage à l’âge adulte. Mais si les emblèmes patriotiques, drapeau tricolore et aigle impérial, sont habituellement présents sur ce genre d’image, son utilisation comme objet de culte est exceptionnelle. L’inscription hébraïque Shiviti est le début d’une prière et l’image était sans doute placée sur le mur est de la maison.

 
 

Nous voyons un chapeau de conscrit fait de plumes, de fruits et de fleurs artificiels. Lors des défilés de conscrits l’un d’eux, le tambour-major marche en tête, donnant le rythme avec sa canne à lourd pommeau, il porte un chapeau plus haut et plus fourni que ceux de ses collègues. Tous les objets qui rappellent le rituel de la conscriptions sont généralement conservés dans la famille.

 
 

Plus loin, un curieux tableau nous attend : daté du 18ème siècle, composé de cire habillée, de papier, de verre c’est un « Repos de Jésus ». Autour de la figurine de cire peinte représentant l’enfant Jésus s’organisent toutes sortes d’éléments floraux et animaux faits de tissu, de papier, de cire, de plâtre peint, de verre sur un fond de papier rocaille semé de paillettes argentées. Des compositions de ce genre des « paradis », des crèches et diverses scènes pieuses étaient confectionnées par certains couvents de femmes. Destinés soit à des pèlerins, soit à d’autres couvents ces tableaux en trois dimensions ou « cires habillées » étaient un support essentiel à certaines formes de méditation religieuse.

On tentait d’impressionner les forces obscures en les caricaturant comme avec ces dégorgeoirs de moulin en bois sculpté polychrome de la fin 18ème siècle. Ces masques en bois fixés à la base des moulins artisanaux qui déversaient le son par leur bouche largement ouverte étaient fixés devant la caisse où la farine était recueillie. Ils devaient par leur laideur repousser les influences maléfiques qui auraient pu s’attaquer à la farine de céréales aliment de base de l’homme. Le risque était en réalité surtout d’être intoxiqué par un champignon du seigle qui déclenchait une maladie grave, le « mal des ardents ». Les figures des dégorgeoirs représentaient très souvent des personnages effrayants : l’étranger (le Turc ou le Noir), des monstres de la mythologie antique ou le Diable.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Lors du baptême d’un nouveau-né sa marraine ou son parrain lui offrait une lettre lui exprimant ses vœux pour une vie très chrétienne. Ces « souhaits de baptême » étaient le plus souvent ornés de motifs peints à la main parmi lesquels dominaient le cœur, les fleurs et les couples d’oiseaux. Ce souhait de bonne vie, une gouache sur papier datant de 1794, venu de Knoersheim (Bas-Rhin) est une version laïque et républicaine du souhait de baptême. Le citoyen Neunreiter, aubergiste à Wasselonne, souhaite au petit Joseph « qui a vu ce jour la lumière de la République » beaucoup de bonheur, de santé et de rester toujours « un défenseur de la patrie ». A la place des motifs traditionnels figurent ici les emblèmes républicains : le bonnet phrygien qui a pris la forme d’un bonnet paysan, la cocarde tricolore, les faisceaux de licteurs hérités de la république romaine et le coq, thème qui va rester par la suite le motif populaire associé à la République Française.

 

Ces textes, majoritairement issus des milieux protestants, font souvent allusion au rachat des péchés par l’eau du baptême. Certains de ces souhaits sont l’œuvre d’artisans spécialisés capables d’une grande maîtrise technique et artistique. C’est le cas de ce document de 1806 venu de Mulhausen (Bas-Rhin) réalisé avec la technique du canivet, un découpage au canif des multiples motifs traditionnels agencés avec habilité puis rehaussés de couleurs.

 
 
 
Souvenir mortuaire protestant peint et calligraphié pour Catharina Störck, épouse de Jean-Michel, née à Schalckendorf.

Tous ces objets démontrent l’habileté des artisants alsaciens comme ce pochoir du 19ème siècle venu de Zutzendorf (Bas-Rhin) confectionné dans une ancienne reliure de livre en parchemin découpée au couteau. Le motif hérité de la Renaissance et très apprécié en Alsace, représente un bouquet de fleurs dans un vase ou une corbeille. Ces fleurs sont des œillets, plante originaire de l’Inde introduite en Europe au début du 17ème siècle et tenant sa valeur de sa rareté. L’objet aurait été utilisé par le menuisier Matter de Zutzendorf qui se chargeait aussi de la mise en peinture des meubles qu’il fabriquait. Un berceau en bois polychrome conservé au Musée Alsacien présente un décor réalisé avec cet objet qui s’y adapte très exactement. S’il n’est pas fréquent de retrouver des pochoirs, il est encore plus exceptionnel de pouvoir les associer aux meubles qu’ils ont servi à décorer.
Atelier de corderie et ses outils.

 
 
 
 
 
 
 
 
 

Un ensemble de huit statuettes en bois polychrome incrustées de minéraux venu de Sainte-Marie-aux-Mines (Haut-Rhin) représente des mineurs portant le costume de leur corporation au 18ème siècle. Outre le casque, le mouchoir de tête pour la sueur ou le cuir fessier, les hommes portent leurs outils : une pointerolle et une auge remplie de minerai.

 
 

L’exploitation des mines d’argent de Sainte-Marie-aux-Mines appartenant au duc de Lorraine fut à son apogée au milieu du 16ème siècle où elle comptait alors près de 3 000 employés, au 18ème siècle elle était déjà sur le déclin avant d’être nationalisée en 1791. L’importance économique et sociale de la corporation des mineurs explique la production de telles œuvres d’art.

 
 
 
Atelier de menuiserie avec établi, rabots, compas et fourneau pour faire chauffer la colle et le bois. Gresswiller, 19ème siècle.

Une vitrine présente les tuiles et les bardeaux utilisés pour la toiture. Les tuiles décorées protégeaient la maison et indiquaient aussi le nom du propriétaire ainsi que celui du fabricant.

L’ancienne enseigne de la pharmacie de la Cigogne, dans la Grand-rue à Strasbourg en bois polychrome datant du début du 19ème siècle constitue l’une des rares représentations de cigogne antérieure au 20ème siècle. Elle montre l’oiseau dans son environnement naturel, les zones humides de la vallée du Rhin où il lui est facile de trouver les batraciens qui composent l’essentiel de sa nourriture. Avant 1870 les cigognes nichaient aussi volontiers sur les cheminées de Strasbourg. C’est leur départ, conséquence de l’industrialisation et des transformations de la ville sous l’annexion allemande, qui leur donne soudain valeur de symbole de l’Alsace française. De composante naturelle du paysage alsacien, la cigogne devient alors rapidement un objet folklorique, en particulier du fait de l’utilisation surabondante qu’en a faite le dessinateur satirique Hansi.

 
 
 

Dossier en noyer de style rocaille (en vogue sous Louis XV et sous la Régence) datant du milieu du 18ème siècle.

 
 
 
 
 
 
 
Nous visitons la cave aux fûts de vin très finement décorés.

En Alsace les tonneaux de vin font l’objet de beaucoup d’attention et sont le support de décors emblématiques. Le portillon qui permet d’aller en nettoyer l’intérieur est maintenu par une barre de bois appelée verrou de fût et souvent sculptée comme ceux-là qui datent du 18ème siècle. Parmi les motifs les plus fréquents figurent Bacchus et sa légende, soit des représentations du Dieu du Vin lui-même soit les dauphins et les sirènes qui l’accompagnèrent lorsqu’il fut enlevé par des pirates. La persistance de ce mythe gréco-romain rappelle que ce sont les Romains qui introduisirent la vigne en Alsace.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 

Peignes pour chevaux en laiton jaune, début du 19ème siècle, Molsheim.

 
 
 
 
 
 
Plus loin un râtelier présente des stossel (fouloirs) qui servaient à écraser les grappes de raisin pour gagner de la place dans la cuve et des taille-marc qui découpaient le gâteau de marc compact restant après le pressage du raisin.

Nous découvrons les marcaires, ces fermiers des montagnes vosgiennes qui fabriquent le fromage de munster.

 
 

Farine et fromage.

 
 
 
 
 
 
L’atelier du potier nous attire avec sa belle enseigne : assis devant son tour le potier est entouré des productions qu’il propose : pots et poêles en terre. L’artisan commençait par décorer et par faire sécher ses poteries avant la cuisson.

Pour faire les moules à gâteaux il utilisait des contre-moules ayant la forme que prendraient les gâteaux une fois démoulés.

Nous quittons le musée ravies de notre plongée dans l’Alsace d’autrefois.

Nous retraversons le pont du Corbeau,

nous passons par la place du Marché-aux-Cochons-de-Lait

et nous atteignons le Palais Rohan où le Musée des Beaux-Arts occupe les 1er et le 2ème étages du corps de logis principal. Hélas, il ferme à 18 heures et nous ne pourrons plus lui faire qu’une visite de courtoisie bâclée, tant pis…

De retour vers la cathédrale, nous décidons de ménager nos pieds nous baladant en petit train.

Ce qui s’avérera une mauvaise idée : frustrées, nous entreprenons de visiter la Petite France à pinces. Notre sens de l’orientation et le hasard mettent au menu de notre flânerie la maison de Cagliostro,

 
 
 
 

Maison de Cagliostro

 
 
 
 
 
 

 
 

une faïencerie,

 
 
 
 
 
 

 
 

des maisons à colombages.


 
 
 

 
 

Nous traversons une écluse

 
 
 
 
 
 
 
et nous constatons que les canetons adorent les algues qui croissent sur les murailles des quais.

Nous nous retrouvons dans l’ancien quartier des moulins : à l’entrée de la ville l’Ill se divise en quatre branches dont trois renferment une chute d’eau : dès le 14ème siècle, les premiers moulins à aubes de Strasbourg, seules installations alors capables de convertir la force de l’eau en travail mécanique s’y installèrent. Produisant la farine, la poudre d’épices, la craie et l’huile nécessaires au quotidien des strasbourgeois ces établissements devinrent rapidement des sources de convoitise et de spéculation. Le manque de place et l’absence de configuration fluviale similaire interdisaient toute construction d’autres établissements de ce genre à Strasbourg. Les premiers propriétaires furent les monastères et les couvents qui les construisirent puis les moulins passèrent aux mains de différentes familles nobles avant de tomber sous le contrôle de la municipalité et de propriétaires privés fortunés. Avec le temps et l’apparition des premières machines à vapeur les moulins à aubes durent faire face à une concurrence de plus en plus rude. De moulins ces lieux se transformèrent en fabriques de glace : des moteurs électriques tournaient en permanence pour fabriquer le froid nécessaire à la production d’énormes pains de glace ensuite transportés dans des carrioles tirées par des chevaux de traits et distribués dans toute la ville. C’est dans ce quartier des moulins que vint s’installer la Compagnie Française des Chocolats et Thés Louis Schaal qui devint plus tard les Chocolats Schaal, la présence de cette usine emplissait l’air d’une délicieuse odeur de chocolat qui contrastait avec l’effroyable puanteur passée du proche quartier des tanneurs.
Nous rejoignons le Barrage Vauban construit entre 1686 et 1700, il est l’œuvre de l’ingénieur militaire français Tarade sur des plans de Vauban. Face aux progrès de l’artillerie et des techniques de combat les Ponts Couverts ne permettaient plus de défendre correctement le sud de la ville. On décida d’édifier à quelques mètres en amont une nouvelle construction capable de faire face aux contraintes de la guerre moderne. Plus qu’un simple pont le barrage Vauban devait permettre par l’obstruction de ses arches, de faire monter le niveau de l’Ill et d’inonder tous les terrains situés au Sud de la cité, constitués principalement de champs et de vergers : une fois noyées ces zones devenaient de véritables marécages dans lesquels étaient censées s’embourber les troupes ennemies. La technique marcha plutôt bien puisque chaque hiver la fonte des neiges entraînant immanquablement une levée des eaux, des milliers d’hectares de terres agricoles se retrouvaient systématiquement noyés. Les maraîchers et les propriétaires agraires, furieux, furent obligés de se battre pendant plusieurs années afin de forcer l’administration à augmenter la hauteur des arches : après un interminable bras de fer, les autorités civiles et militaires se résignèrent à rehausser trois d’entre elles.

Nous pénétrons dans le couloir intérieur où nous découvrons des statues de la cathédrale remisées ici en espérant une éventuelle restauration : le grès des Vosges utilisé est une pierre fragile qui supporte très mal la pollution.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Nous gravissons vaillamment 60 marches pour atteindre la terrasse panoramique d’où nous avons une vue imprenable sur la Petite France et sur les Ponts Couverts.

Audrey téléphone à Steph pour fixer un lieu et une heure de rendez-vous, ce sera à 19 heures devant la cathédrale, nous prenons le temps de déambuler devant le Musée d’Art Moderne et Contemporain

devant lequel des ados cabriolent sur leurs planches à roulettes.

 
 
 

Sans nous presser nous retrouvons la Petite France

 
 
 
 
 
 
 
 
où nous allons nous abreuver vers un saule sûrement centenaire :

nous regardons passer les gens et nous suivons les ébats des canards.

 
 

Le soleil glisse doucement de son perchoir du haut du ciel et nous gagnons sans nous presser la Place de Cathédrale où je m’absorbe dans la contemplation de la façade.

 
 
 
 
 
 

 

Audrey me souffle qu’il paraît qu’une des sculptures montre ses fesses, je traque cette intéressante et je la trouve sur le tympan du portail central dans le troisième registre à gauche. C’est une allusion à Gamil Blosarsch, un évêque qui abusait des enfants de chœur et qui fut mis au ban de la ville. Un jeune garçon urine sur ses fesses dressées en l’air, les pattes palmées du prélat symbolisent la perversité, on aperçoit sa figure grimaçante.

 
 
 
 
L’heure tourne, nous scrutons la foule et voilà Steph toute souriante, embrassades, nous nous installons « Aux 12 Apôtres » où E. nous rejoindra plus tard. Une fois assises, Audrey et moi réalisons à quel point nous sommes fatiguées par nos excellentes pérégrinations mais cela ne nous empêche pas de plonger dans la carte des bières certainement toutes savoureuses mais je suis interdite d’alcool, pauvre Caliméro ! Dans ce bar à bières très achalandé je commande donc… une menthe à l’eau, snifff ! je veux me refaire, je m’ôterai aussi cette satanée timidité qui m’envahit même si je côtoie Steph depuis des années sur le défunt Café. Nous disposons de peu de temps, notre train de retour jusqu’à Mulhouse part à 21h : nous imaginons ce que nous entreprendrions si le bar nous appartenait : au sous-sol nous établirions une boutique où certains joujoux pour adultes consentants seraient vendus, nous garderions le bar au rez-de-chaussée, je monterai un atelier de tapisserie au premier étage et Audrey consacrerait le deuxième à la botanique. Nous parlons de notre cher Café,

 
 
 

de nos chats

 
 
 
 

 
 

et de nos souris

 
 
 
 
 
 
 
 
 
de nos parcours… Pourquoi le temps passe-t-il si vite alors que je commence à m’apprivoiser, hein ? Il faut déjà que nous nous arrachions, Audrey et moi, sur des promesses de se revoir plus amplement, je jette un dernier coup d’œil à la sublime cathédrale (je veux la même à Lyon !!)

et nous hâtons pour attraper notre TER jusqu’à Mulhouse où nous le frère d’Audrey nous récupérera pour nous ramener à Cernay.
Ainsi s’achèvera mon voyage en Alsace où je découvris de fort belles choses

 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
grâce aux talents d’organisatrice et la grande gentillesse d’Audrey.

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