Pourquoi s’encombrer d’un Dieu ?

Dans un passé très lointain les hommes ont inventé les Dieux pour tenter d’expliquer le monde qui les entourait et qui les dépassait, ils ont surmonté leur instinct de brutes seulement préoccupées de survivre au jour le jour : c’était une preuve d’intelligence. Toutes les choses de ce bas monde se durent héberger une divinité, les sources, le soleil, le vin, la mort, les arts, la chasse, l’agriculture, rien n’échappa à leur besoin terrible d’élucider et d’amadouer le micro comme le macrocosme. Lorsqu’autour d’eux tout fut nanti de sa déité ils tentèrent de la même façon de s’expliquer eux-mêmes et, bien évidemment, en vertu de leur sentiment de supériorité absurde, ils se déclarèrent à l’image du Dieu des Dieux, ils ne pouvaient pas être à la ressemblance d’un démiurge subalterne, enfin, voyons !!! Tout ce peuple divin s’amusait beaucoup, se jouait des tours pendables, se cocufiait tant qu’il était possible, à travers lui l’humanité à l’imagination bouillonnante vivait des aventures inespérées.
Mais cela gratouillait que le Dieu en chef, substitut de l’engeance humaine dépende des humeurs et des envies de ces paltoquets d’autres Grands Manitous et qu’il subisse les mêmes avanies, le meilleur moyen pour que tous lui deviennent définitivement soumis fut de les faire disparaître : le Tout-Puissant naquit et l’intolérance monothéiste avec lui… Mais alors, que faisait donc Dieu avant Adam et Eve ? Il s’ennuyait le pauvre, alors il a créé l’être humain pour se distraire mais le malheureux a vite été dépassé par son équipe d’animation…
On ne pourra jamais écrire une autre œuvre de fiction avec un personnage plus ignoble que le Dieu de la Bible : un tyran jaloux, bouffi d’orgueil que tous doivent louanger et devant qui tout le monde doit se prosterner mais qui ne répond jamais aux prières, un despote tatillon et pervers qui prétend régenter même les choses les plus intimes, misogyne, homophobe, génocidaire, vengeur au-delà de toute déraison, une caricature du crétinisme humain le plus insondable, il n’est qu’une projection du désir d’omnipotence d’esprits détraqués. Il pousse la névrose jusqu’à exiger que son fils meure d’une façon abominable pour pardonner à l’humanité les choses que lui-même à décrété être des péchés ! Puisque l’humanité s’est proclamée créée à l’image de Dieu, il faut vite qu’elle change de miroir parce que l’effigie qu’elle se renvoie à elle-même est hideuse… Comment expliquer l’hiatus entre un dieu avec l’intelligence de créer tout un univers aussi compliqué et le fait qu’il soit doté de l’entendement psychologique d’un enfant de 5 ans pervers narcissique ? J’espère que si Dieu est à notre image, nous ne sommes pas à l’image de ce Dieu ! L’avènement de ce Pantocrator a surtout eu pour conséquence de jeter la planète dans un beau foutoir : il n’est qu’une invention mise au service du pouvoir de quelques uns, un prétexte pour asservir les consciences et les vies et les religions qui en découlent sont la première cause de mortalité dans le monde depuis des millénaires. Puisque l’on juge un créateur à son œuvre, Dieu mérite un bonnet d’âne !
Je suis tellement athée que je crois en tous les Dieux possibles et imaginables. La liste de toutes les divinités qui ont existé jusqu’à présent est longue et personne n’aura de problème pour dire que Vishnou, qu’Athéna ou que les divinités aztèques ou océaniennes n’existent pas, pourquoi le Dieu de la Bible serait-il plus vrai qu’un autre ? Si le monde a été créé, ils ont dû s’écharper grave pour décider qui en déposerait le brevet ! On appelle les croyances passées comme celles de l’antiquité mythologie et les croyances actuelles religions. Si l’humanité existe toujours dans deux ou trois millénaires elle parlera de mythologie juive, chrétienne ou islamique comme elle parle de la mythologie gréco-romaine. La religion est la plus grande duperie de l’aventure humaine. Nous ne sommes que des créations hasardeuses de l’évolution, des descendants calamiteux d’une lignée de primates, des bestiolicules prises dans les rouages aveugles d’un cosmos régit par les lois de la physique et de la chimie. Ces mécanismes peuvent nous broyer dans la plus grande indifférence et notre disparition n’aura aucune conséquence sur la marche future de ce monde, l’humanité n’a aucune importance à l’échelle de l’Univers. Nous aurons beau nous placer sous l’égide du plus Tout-Puissant des Mamamouchis, cela n’y changera rien, il faut nous y faire.
Si l’humanité a besoin d’un Dieu pour s’estimer supérieure aux autres animaux et adopter un comportement qu’elle estime civilisé elle ne vaut pas mieux qu’une gosse qui n’obéit que parce qu’elle craint les claques de son père. Je trouve grotesque de régler sa toute petite durée de vie sur un vieux bouquin formé d’un assemblage de textes qui reprennent en les transformant un peu les mythes des temps plus anciens, déclarant tout et son contraire et que l’on ne se gène pas pour distordre afin de le faire coller à nos desiderata et à nos pulsions du moment. La création de l’humain, le Paradis, Eve, Adam et leur fruit défendu, Noé et son bateau sauveur sont sortis de l’imaginaire sumérien, Moïse vient tout minot de la légende mésopotamienne du roi Sargon 1er d’Akkad abandonné dans un panier flottant et élevé par le jardinier, les Dix Commandements sont issus prêts à sévir du Code d’Hammourabi, Esther et Ézéchiel sont les jumeaux d’Ishtar la Babylonienne, Mardochée celui du dieu assyrien Mardukéa, l’histoire du pauvre Job, les Proverbes et Jérémie qui se lamente furent d’abord couchés sur les tablettes sumériennes de Nipur, des passages entiers de l’évangile de Matthieu sont pompés sur les manuscrits de Qumran rédigés 100 ans plus tôt, Marie est un avatar d’Isis l’Egyptienne et des Déesses Mères de la Préhistoire, Jésus singe Bouddha lorsqu’il multiplie les pains, qu’il marche sur les eaux et qu’il invite Pierre à le rejoindre, le sage népalais c’était son disciple Shaliputra, il ressuscite Lazare tout comme Isis procède avec Osiris, il transforme l’eau en vin chose que Dionysos accomplissait chaque année dans l’île de Naxos, sa Passion renvoie au mythe d’Osiris, tous les saints du calendrier ne sont que les anciens Dieux recyclés, etc. Croire bêtement sans aucune distance critique est beaucoup plus simple et bien plus pratique que de réfléchir, heureusement des esprits clairvoyants parvinrent à s’affranchir de l’obscurantisme imposé et les Lumières furent ! Dieu redevint une illusion, une protection contre les peurs primitives, la force de la Nature et l’arrivée inévitable de la mort sans retour, un moyen tordu d’emprise totale sur les corps et sur les intellects.
Les Écritures sont une nourriture solide et copieuse où l’on peut trouver des sources d’apaisement, de sérénité et de fraternité pourvu qu’on ne les lise pas au pied de la lettre sans quoi on aura vite une boucherie, on débitera de l’humain en morceaux kascher, maigres ou halal au choix ! Parfois je me demande s’il y a un rapport entre Dieu et la religion, beaucoup de gens se disent croyants mais ils n’observent ni les canons, ni les mandements ni les coutumes d’aucune organisation religieuse. Pourquoi aurait-on besoin d’une déité quelconque pour croire en la vie après la mort et pour pratiquer une spiritualité profonde ? Nous architecturons nous-mêmes notre Enfer en nous laissant saccager par nos inquiétudes, par nos phobies, par nos colères, par nos insatisfactions et par nos tristesses que nous laissons s’agglomérer en haine, en jalousies, en mépris. Tout cela forme un terreau idéal pour que notre capacité de nuisance se développe dans son abjecte splendeur… La seule géhenne c’est le feu intérieur des mauvais sentiments qui nous consume.

Ce contenu a été publié dans Ecrits, Réflexions, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

13 réponses à Pourquoi s’encombrer d’un Dieu ?

  1. GF dit :

    J’ai lu non sans un certain ravissement ton texte assez bien troussé je dois dire et plutôt assez drôle, mais j’ai quand même envie de te titiller car je reste un peu sur ma faim. Surtout quand je lis : « L’avènement de ce Pantocrator a surtout eu pour conséquence de jeter la planète dans un beau foutoir… » Bon, d’accord. Je ne vais pas contester la chose, surtout à l’heure actuelle. Mais voyons toutes les autres conséquences, positives cette fois, et que tu passes complètement sous silence: s’il n’y avait pas eu ce Pantecrator, comme tu dis, il n’y aurait pas eu non plus de Messie de Haendel, de Passions de Bach, de Messes de Mozart; pas de Nativités, de Baptême du Christ, de Noli me tangere de Titien, Véronèse et autres Tintoret, pas de Saint-Pierre de Rome, d’églises palladiennes, de scuole, etc., pas d’introductions salesiennes, de Pensées pascaliennes, de sermons bossuetiens, de méditations malebranchiennes… Bon, j’arrête là mon catalogue à la Prévert, tout absorbé et ému que je suis par la messe K108 de Mozart qui tourne en boucle depuis ce matin!

    • Dominique dit :

      Certes, certes sans Dieu pas de Stabat Mater de Pergolesi… Mais peut-être que si l’Église de Rome n’avait pas imposé sa déité unique nous aurions d’avantage de chefs-d’œuvre inspirés par la beauté pure de l’aurore au printemps, par la magnificence des cieux le soir, par le chant terrible de la mer sur la côte, par l’ardeur de chevaux en pleine course… Si l’inspiration des peintres, des compositeurs, des poètes, des philosophes n’avait dû, pendant des siècles se couler dans le carcan d’un seul modèle de spiritualité au risque au mieux d’excommunication au pire de bûcher je pense qu’ils auraient exploré et amadoué de belle façon l’inconnu des forces qui gouvernent notre monde. Combien de Pastorales de Beethoven (par Frans Brüggen, évidement) l’engeance sacerdotale a-t-elle étouffé dans son emprise aveugle ?
      Quand à Mozart, moi aussi je vais te titiller en disant qu’une seule de ses messes suffit, en une on a tout comprit !

      • GF dit :

        Ah ben alors là non, je t’arrête tout net Dominique. Beethoven, oui, mais surtout pas la Pastorale. C’est je trouve la pire symphonie qu’il ait jamais écrite… Quel ennui à côté de la 1ère, de la 3e, de la 4e ou de la 7e. Et puis ne minimise pas les innombrables oeuvres profanes, tant littéraires que picturales, qui ont jailli pendant toutes ces siècles d’emprise du catholicisme, Pétrarque (ah! l’ascension du Mont Ventoux), les fresques du Palazzo Te (ah! le salon des chevaux), Rabelais (ah! ce rire puissant et cet appel à toutes les forces dionysiaques du monde), les natures mortes de Brueghel de Velours (pour toi l’adoratrice des papillons), La Fontaine (il faut lire les Nouveaux Contes), Sade, etc., etc., etc. La censure ne peut pas tout, et c’est tant mieux! Il vaut parfois mieux une oeuvre qui se faufile à travers une chape de plomb et trouve sa voie, son expression en luttant et en résistant, qu’une oeuvre libre et tiède qui éclot sur un sol qui ne lui est pas hostile…

        • Dominique dit :

          Ah, non pour moi les pires symphonies que Beethoven a composé sont les deux premières, on dirait du Mozart un peu éméché : mis à part quelques petites choses ici et là le Salzbourgeois m’ennuie, m’assomme, me rase !!! Pour moi la Pastorale est une merveille, aussi tendre que sauvage, aussi joyeuse qu’inquiétante. Je suis capable d’en écouter l’orage en boucle pendant des jours, qu’elle énergie, quelle rage, quelle force, c’est presque plus beau que la Nature elle-même. De la même façon le final de la 5ème par le chef hollandais m’est une volupté absolue, je raffole de cette vitalité brutale, ravageuse, impérieuse, triomphale (oui, mes pauvres voisins sont parfois à plaindre…). J’affectionne aussi la marche funèbre de la 3ème, cette tristesse infinie devant l’échec (de quoi, de l’humanité à gouverner utilement sa petite planète, d’autre chose ?), le deuxième mouvement de la 7ème, le troisième de la 9ème etc…
          Je ne minimise pas les œuvres inspirées par le Dieu unique ni les créations qui parvinrent à éclore malgré le contrôle du clergé, j’en ai plein mes rayonnages mais je dis que si d’autres spiritualités avaient perduré au grand jour elles aussi auraient engendré des chefs-d’œuvre…

          • GF dit :

            Alors là, c’est la guerre Dominique. La seule chose qu’il y a de sauvable chez Beethoven, c’est justement sa 1ère symphonie, pour sa dette envers Mozart. Dès que Beethoven coupe les ponts avec Mozart pour devenir lui-même, j’entends le bruit des bottes et l’armée prussienne. Non, Beethoven est un être ridicule, comme le disait tel personnage du merveilleux roman de Thomas Bernard, « Maitres Anciens » : « Voyez-vous Beethoven le dépressif chronique, l’artiste d’État, le compositeur d’État par excellence, les gens l’admirent , mais au fond Beethoven est un personnage parfaitement repoussant, tout chez Beethoven est plus ou moins comique, quand nous écoutons Beethoven, nous entendons sans cesse une détresse comique, le grondement, le titanesque, la stupidité de la marche militaire jusque dans sa musique de chambre. Quand nous écoutons la musique de Beethoven, nous entendons plus de tintamarre que de musique. »

  2. Dominique dit :

    Ah, ce qu’il faut lire, dès le matin !!! C’est par Beethoven que j’ai découvert la musique classique, j’étais encore ado lorsque j’ai acheté « Les quatre saisons » et la 5ème de Ludwig en k7 que j’ai trimbalées de ma campagne à Paris puis à Athènes puis à Lyon et que j’ai toujours pour Antonio, on m’a fauché le maître de Bonn…
    Ces symphonies furent ma seule source de réconfort pendant la période la plus noire de mon existence, leur force, leur douceur, leur spiritualité me seront toujours un baume étonnant quasiment thaumaturgique. J’aime aussi son concerto pour violon, quelques œuvres pour piano principalement « L’empereur » et je t’accorde que tout le reste m’ennuie profondément, la musique de chambre porte bien son nom, elle vaut tous les somnifères…
    Je pourrais chercher des contradicteurs à ton personnage de Thomas Bernard qui hausseraient Beethoven sur le piédestal du génie des génies mais j’ai la flemme…
    Plus personnellement, peut-être que Ludwig me touche aussi parce qu’il a réussit à poursuivre sa route malgré sa surdité, qu’il est parvenu à s’accomplir malgré son handicap, une sorte de point de repère, d’encouragement pour moi…

    • GF dit :

      Oh tu sais Dominique, les phrases de Thomas Bernhard sont toutes rhétoriques et il n’y a rien de sérieux derrière : ce sont des personnages de roman qui les profèrent et elles ne reflètent pas la pensée secrète du romancien. Ça fait rire les gens (comme moi) qui n’aiment pas Beethoven, qui n’aiment pas Heidegger (il faut voir lui aussi ce qu’il prend dans les gencives), ça désole les autres (les admirateurs de Beethoven, d’Heidegger). Mais si un jour tu lis Bernhard (ce que je te conseille malgré tout), tu verras que personne ne trouve grâce à ses yeux, pas même mon Mozart chéri, ce qui n’empêchait pas, je pense, Thomas Bernhard de considérer Mozart comme un authentique génie! Et pour être franc, j’attends avec impatience en 2016 la sortie des symphonies de Beethoven par l’orchestre que je vénère par dessus tout : le Concentus musicus Wien. Sauras-tu saisir toi aussi ce rendez-vous?

  3. Liousha Tiki dit :

    Glop ce billet ! Je ne crois pas en un (ou plusieurs) dieu(x). Mais alors JS Bach, méga glop ! Miaou année 2016 ! Et graous graous ! LTHM et P

  4. Nelly dit :

    Un bon mois après la bataille, …me voici.
    En préambule (rapide) : le seul truc qui sauve la religion, c’est l’art. Edifices, tableaux, statues, fresques, musique, objets de culte… et même littérature : il y a des joyaux dans les textes sacrés.
    En écho à votre énergique réquisitoire, je voulais surtout citer ici un de mes textes fétiche : La Révolte des anges d’Anatole France. Si, d’aventure, vous ne l’aviez pas lu, jettez-vous dessus, Dominique. Comme vous, il raconte dans un vastissime chapitre d’anthologie l’histoire des hommes et des dieux. Je l’affirme, c’est pour vous !

    • Dominique dit :

      Oh que oui, qu’il y a des textes sacrés magnifiques, je ne proclamerai jamais trop mon amour insensé du Cantique des Cantiques dont je cause ici : http://www.lepapillonensalopette.fr/?p=45
      Ca y est, j’ai prié les anges de venir se révolter chez moi ! Des angelots qui se transforment en démons, avec Lucifer qui refuse de devenir Calife à la place du Calife, vous parlez si je prends et si en plus c’est écrit en excellent français !

  5. Nelly dit :

    Vous me raconterez …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *