J’en appelle à tous les Dieux !

Ah ben mince alors, pour fêter l’heure d’hiver la bande des trois a encore sévi, Picornavirus, Adénovirus et leur pote Coronavirus ont infecté la soufflerie de la sublime Romaine avec qui j’ai rencart depuis des mois à Barcelone !

Le concert du Mardi 27 Octobre à la Scala est annulé, je commence donc par croiser tout ce qu’il possible et imaginable de croiser pour que ce maudit rhume soit bouté hors du Latium par une médication efficace avant le concert du 3 Novembre au Palau de la Musica et puis j’entreprends mon pèlerinage annuel en face de chez moi, je m’en vais chatouiller les entrailles de l’Eléphant les Pattes en l’Air avec quelques cierges…

 
 
 
 
La chose est toujours aussi massive, aussi lourde, aussi moche et aussi peu attractive sauf pour les touristes !

 
 
 
 
 
 
 
Je suis accueillie par un lion ailé qui n’est malheureusement pas celui de Venise. Perché sur une entrée de la crypte que je n’ai jamais vue ouverte une inscription latine gravée vers sa patte droite proclame « Ecce vicit leo de tribu Iuda ». Je lui trouve l’air plutôt triste et sans panache, moi à ce félin vainqueur !

Sur la porte d’entrée de la basilique un de ses cousins s’efforce de prendre l’air un chouia concerné par la solennité de l’endroit mais on voit bien à son nez qu’il préfère les câlins à toute cette pompe en voie de disparition.

Les temps changent, les mentalités évoluent, autrefois les personnes présentes occupaient les premiers bancs près du chœur pour écouter le curé réciter sa messe, aujourd’hui des touristes se serrent sur les derniers bancs près de l’entrée pour comprendre leur guide…
Je ne m’attarde pas dans cet antre du mauvais goût.

J’allume un lumignon rouge couleur de la passion que je place devant les autres afin d’attirer sur lui l’attention de tous les saints du calendrier pour qu’ils répandent le Divin Antibiotique sur la tête et dans les bronches de la mezzo enchifrenée. Je m’emmène en faire autant dans la crypte en incorporant à ma requête tous les personnages pourvus d’un peu d’influence en Haut Lieu : s’ils sont désœuvrés j’ai du boulot pour eux !

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Je suis athée et pas sectaire, je songe qu’à deux pas des autels à Marie et à quelques Autres se trouve le musée gallo-romain où je dénicherai bien quelques divinités latines que j’apitoierai sur le sort de leur compatriote.

 
 

Les Dieux seraient-ils plus efficaces que Dieu ? Je débute à peine mon cheminement sacré que la Victoire m’apparaît, la pauvrette à perdu sa palme et sa couronne dans la Saône d’où on l’a repêchée mais même ainsi dépourvue elle m’apparaît de très bon augure !

 
 
 

 
 

Je suis rejointe par un prêtre au chef recouvert de sa toge car il va porter de l’encens sur le foyer de l’autel, j’en allumerai un bâtonnet chez moi, ce soir…
 
 
 
 
 
 

 
 

Me voici devant les Tables Claudiennes où figure en partie le discours que l’empereur Claude, né à Lugdunum en 10 avant J-C, prononça en 48 à Rome devant le Sénat. Il intervenait pour demander que les mêmes droits soient accordés à tous, Romains ou Gaulois… La planète tourne, tourne et l’humanité radote ! Moi je suis pour l’abolition pure et simple du Rhume pour Tous…

 
 
 
J’ai trouvé ma Sainte Trinité personnelle du moment : trois effigies du dieu celtique gaulois Sucellos dont le nom signifierait « Tape dur ». Il est celui qui tue (l’engeance fourbe des microbes) et qui ressuscite (les divas mal fichues) : je l’aime !

 

Le Dieu de Coligny vient me retrouver : il représente la victoire annuelle des forces de la vie printanière sur celles de la mort hivernale. Bien sûr ce bigornage éternel autant que primitif est âpre, sauvage et cruel, ce brave célicole qui préside au temps, à la richesse et à lumière a perdu un demi membre dans l’échauffourée mais sa façon de lever un bras vers le ciel tout en abaissant ce qu’il lui reste de l’autre le fait ressembler à un derviche. Il chemine dans la perplexité face à la connaissance de lui-même et de sa place dans les mystères de l’univers ce qui le pousse à affronter périodiquement les forces obscures et cachées de notre monde, il ferait un bon galant pour Perséphone et ça ferait les pieds à Hadès !

 
Un peu plus loin, la Très Belle contemple hiératiquement le monde depuis sa vitrine. J’aime cette magnifique tête de femme, son profil sensuel, sa couronne sobre, sa coiffure à l’antique, son regard aveugle. Je lui trouve un air à la foi sage et inquiet, confiant et résigné, pour moi elle incarne bien plus la Mère que la vierge éteinte et décharnalisée des chrétiens certes pourvue d’un corps mais aussi de l’interdiction de s’en servir…
On ignore qu’elle entité elle personnifie, Junon, la Fortune ou la Concorde, au point d’urgence où j’en suis, j’enrôle les trois pour les téléporter au chevet de ma cantatrice patraque en priant Junon d’oublier que jadis, sous les traits de Sémélé Cecilia lui faucha Jupiter…

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

Non loin Neptune semble tendre la main pour recevoir mon offrande, zut, je n’ai rien prévu, moi ! Est-ce bien le Dieu des eaux vives et des sources, d’ailleurs, on n’est pas sûrs, il n’avait pas ses papiers lorsqu’on l’a repêché dans le Rhône en 1859. On l’a décrété fils de Rhéa et de Saturne au vu de ses boucles mouillées, on suppose que ses yeux étaient incrustés d’argent. Sa statue est le seul grand bronze romain conservé à Lyon, les autres furent refondus dès l’antiquité où lors de leur découverte dans les siècles passés. Quoiqu’il en soit, je lui céderais volontiers les quelques pastilles pour la gorge qui traînent au fond de mon sac s’il promet de fermer le robinet des sécrétions rhumesques de ma prima donna. Vu son domaine de compétence, ça devrait aller, non ? En échange, je m’engage à manger du poisson tous les Mardi pendant un mois !

 
 

J’arrive devant le Dieu en chef, Jupiter qui a tout perdu sauf la tête ! Sa statue devait mesurer dans les 3 mètres de haut, on le reconnait à sa chevelure abondante et à sa couronne végétale ornée au centre d’un aigle aux ailes déployées. Jupiter le Romain s’émouvra-t-il de la méforme de Cecilia la Romaine ? Il est le dieu de la lumière, du tonnerre et de la foudre : lors des récitals de sa payse, ces trois éléments sont dispensés avec abondance pour sa plus grande gloire, non ? D’autre part dans les arias, il est souvent fait mention de lui, alors ? S’il faut employer les grands moyens je pourrai laisser entendre que j’ai des trucs à rapporter à Junon à propos de Danaé, de Cérès, d’Europe, d’Antiope…

 

 
 
 
 
 
 
 
 

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10 réponses à J’en appelle à tous les Dieux !

  1. Nelly dit :

    Vous ne ménagez pas vos efforts quant il s’agit de miraculer le divin gosier de votre … idole. Les dieux sont capricieux, parfois sourds, parfois généreux de leurs bienfaits. Tant de diligence de votre part les réveillera, je veux le croire, de leur léthargie olympienne. Tenez-nous au courant !
    Bien amicalement,
    Nelly

  2. Dominique dit :

    Ce que je n’ai pas écrit c’est que je fait le trajet Croix-Rousse-Fourvière et retour à pied ! Je descends d’un côté et je monte de l’autre et inversement, sinon, ça ne compte pas…
    Oui, je narrerai mes aventures barcelonesques, je compte bien visiter au moins une cathédrale gothique et j’espère pouvoir raconter mes émotions bartoliennes, si tous ces hauts personnages m’entendent…

    • Nelly dit :

      Ça vous ferait plaisir que j’allume un cierge pour vous à Naples ? Choisissez l’église et je le fais volontiers. S’il y a un itinéraire « pour que ça compte », il faudra me le préciser…
      Bonne journée,
      N.

      • Dominique dit :

        Ca serait vraiment très gentil de votre part, Nelly, d’allumer pour moi un cierge napolitain… L’enquiquinant c’est que, ne connaissant pas votre ville, j’ignore où vous demander de le mettre. Cecilia va interpréter des arias baroques et elle va chanter en russe, n’y aurait-il pas une église orthodoxe situé près d’une construction baroque par chez vous ? Le mieux serait une église orthodoxe russe baroque quoique, si vous trouvez un édifice religieux russe où l’on donne un concert de musique du 16ème au 18ème siècle, ça pourrait le faire…
        Faute de grives russes on mange des merles grecs, s’ils n’y a pas de chapelles slaves aux environs du Vésuve, un sanctuaire hellène fera l’affaire… Si de tout ça Naples est fort dépourvue, ne me dites pas qu’il n’y a pas d’église gothique là-bas, après tout, c’est Halloween…

        • Nelly dit :

          Alors ce sera l’église della Pace, pas splendidement belle mais de style baroque et cédée par le Diocèse, depuis quelques temps, au culte orthodoxe. Ça tombe d’autant mieux qu’elle est à deux pas de chez moi.

          • Dominique dit :

            Merci beaucoup Nelly ! J’allumerai aussi un cierge à Barcelone pour faire les choses en plein…

            • Nelly dit :

              Un peu dans la course à l’appart, je n’a pas pris le temps de vous l’écrire mais le cierge fut allumé à l’église della Pace… et, il y a une heure, en parcourant la vieille ville (n’y aurait-il pas un appart à trouver dans le quartier …?) j’ai visité pour la première fois l’église dei Santi Apostili, si belle que j’y suis allée d’une nouvelle loupiote. C’est joli, finalement, d’allumer un cierge…

              • Dominique dit :

                Merci beaucoup, Nelly ! On va dire qu’il y eut un cierge de remerciement pour le maintient du concert du Mardi 3 à Barcelone malgré un nez romain encore coulant et aussi un lumignon de vœux pour les suivants…
                Je narrerai bientôt mes aventures barcelonnaises touristiques et musicales ici même.
                J’espère que votre recherche d’un nouveau logis est fructueuse… S’il le faut je peux retourner allumer une modeste lumière peut-être pas à Fourvière parce qu’il faut varier les plaisirs mais à côté de chez moi, à l’église Saint-Bruno, le seul sanctuaire baroque de Lyon…
                Évidemment, comme c’est tout près, je n’y ai jamais mis les pieds en presque 15 ans de voisinage !

  3. Chère Dominique,
    Ton site est sobre, très plaisant et attractif. J’apprécie la qualité de ta plume et de ton humour.

    Je comprends fort bien que tu préfère les 2 seules églises Baroques dignes de ce nom à Lyon : l’église des Chartreux ; et surtout, l’église de la Trinité – du Lycée Ampère, que tu fréquentes certainement lors de concerts de musique baroque.

    En ce qui concerne les Belles Dames, deux vont bientôt arriver – enfin ! avec la sortie du film très attendu de Todd Haynes, Carol, adapté du roman éponyme – seulement dans la traduction, de Patricia Highsmith, The Price of Salt – titre original, qu’elle publia en 1952 à New York sous le pseudonyme de Claire Morgan. Un de mes livres de chevet.

    J’ai l’intention d’aller le voir le jour de sa sortie sur les écrans français, le mercredi 13 janvier prochain, au Comédia. Si tu veux, on peut y aller ensemble.

    Je te souhaite de passer une bonne fin d’année 2015 et de bien commencer la prochaine,

    A bientôt,

    Bises,

    Dominique

    • Dominique dit :

      Honte sur moi, je n’ai jamais mis les pieds à la chapelle de la Trinité ! Je comptais aller au concert de Nathalie Stutzmann au printemps dernier mais je m’y suis prise trop tard, c’était complet, zut !
      C’est avec plaisir que j’irai voir « Carol » d’autant que ça fini bien…
      Bonne fin d’année à toi aussi et bon départ pour 2016 !

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