Classé X.

En Août 2008 il me prit fantaisie non pas d’aller à confesse il y en aurait eu pour trop longtemps mais d’explorer les recoins d’une énorme malle achetée à la Samaritaine lorsque j’avais 20 ans et qui m’a vaillamment suivie dans tous mes déménagements. Presque au fond je trouvais une boîte en fer dont le sacerdoce premier fut de contenir des Petits Beurres, hélas cette mission ô combien sacrée ne résista pas aux assauts de la gourmandise de quelques bambins et la malheureuse fut priée par ma grand-mère maternelle d’accueillir ses fils à broder. Je ne sais plus comment cet héritage parvint jusqu’à moi avant que ma mère qui ne brodait pas ne tente de transformer ces moulinés de coton en fils à coudre ou à repriser ou à Dieu sait quel usage inapproprié… Moi j’étais toute attendrie de retrouver ce souvenir mais fort embêtée aussi : à l’époque c’était la tapisserie à l’aiguille qui me passionnait, je trouvais même le moyen de faire moi-même mes modèles sur mon ordi…

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
La mode s’en mêla, cette girouette inconséquente décréta que le petit point c’était ringard et moche, les ventes d’écheveaux s’effondrèrent, la marque alsacienne supprima des couleurs de son nuancier des laines et moi je fus bien emmouscaillée car je ne pus pas terminer les choses en cours. Par curiosité je gogolisais le mot « broderie », je découvris des merveilles et je me sentis misérable, je ne parviendrai onques à chamarrer ainsi aucun tissu !

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Je cliquais tant que je tombais sur un site proposant de transformer en ligne n’importe quelle photo en modèle de point de croix. Horreur ! Je fus immédiatement renvoyée à ces heures sombres où des bonnes sœurs contraignirent la pauvre enfant innocente que j’étais à s’escrimer sur un affreux abécédaire rouge vif pendant la dernière heure de la journée en alternance avec un atroce bout de tricot, turquoise pour ce qui me concernait. Du haut de ces petites croix cinquante années te contemplent, tressaille, ma fille !! Pas question, plus jamais ça, il est inenvisageable que je repasse jamais par ce Purgatoire pour atteindre l’Enfer tant désiré !!! Las, grande est ma curiosité et faible chose je suis, juste pour voir je choisis une photo de mon matou et j’obtins quelque chose d’assez ressemblant, il y avait juste deux ou trois bricoles à corriger ça et là, la couleur des yeux verts et or de mon rouquin et sa truffette rose et non grise. Je sauvegardais le résultat sur mon ordi, quelques jours passèrent et, par désœuvrement, si, si, je tentais d’améliorer encore mon chef-d’œuvre en devenir en m’amusant beaucoup : mon Carouf se trouva doté d’une robe noire et bleue, de prunelles rouge vif et de griffes jaune fluo entre autres avanies. Son regard navré m’engageait à dénicher une autre victime pour mes expériences improbables.

En Août des papillons volettent dans les petits jardins aux alentours de chez moi, j’eus ainsi l’idée d’en capturer quelques-uns dans mes filets gogolesques. Ces bestiaux-là s’avérèrent plus délicats à tripatouiller que mon félin personnel mais mon appétence pour les trucs minutieux m’encouragea et j’obtins des choses qu’à l’époque je jugeais magnifiques mais dont je rougis à présent.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

C’est ainsi que mon ordi se transforma en musée entomologique. Le moment arriva où il me fallut bien envisager leur avenir, à ces petits : je me documentais sur la Toile pour tâcher de voir si le point de croix était aussi abominable que dans mon souvenir et tout un charabia ésotérique tenta d’intimider l’impétrante que j’étais alors. Ca parlait de points au centimètre, de travailler sur un fil, d’étamine, de mouliné, d’aiguille taille tant, de diagramme, de tambour et d’autres absconseries du même tabac… Vexée je voulus démontrer qu’on ne se débarrasse pas de moi aussi facilement et je fis l’emplette de cinquante centimètres de toile Aïda et de quelques nuances de fil pour varier ceux de ma Mémé. Je commençais par surfiler le tissu comme la dame du magasin elle avait dit mais ouch ! même en pleine lumière et le nez dessus je distinguais à peine les trous par lesquels j’étais supposée passer mon aiguille, déterminée à venir à bout d’au moins un papillon j’acquis une loupe pas chère et un indispensable enfile-aiguille.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Doucement, pourvue d’un tuto facile et de coton blanc je piquais ici pour ressortir là, d’abord une branche de la croix dans un sens sur toute la rangée de la même couleur puis la deuxième tige dans l’autre sens, ça n’était pas compliqué de faire dans le X…

Obstinée, en comptant les points de chaque zone de couleur, je kiffais grave de voir apparaître peu à peu une aile de papillon sous mes petites mimines puis un corps et, hardi moussaillonne, on ne faiblit pas ! une autre aile et la bestiole tout entière, Dominique : 1, bonnes sœurs : 0 !

 
 
 
 
 
 
 
Encouragée par cette victoire je décidais de m’outiller un brin, j’achetais un tambour pour tendre la toile et la rendre plus facile à broder, des aiguilles à bouts ronds car, ô vilenie, je besognais mon premier insecte avec une aiguille à coudre à bout pointu et deux ou trois échevettes de nouvelles couleurs…

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Mine de rien, en douceur les papillons envahirent ma toile : un beau jour ma mercière préférée à qui je montrais l’avancée des travaux me demanda si j’offrirai mon Grand Œuvre et comment je pensais le faire encadrer : telle Bécassine chez les brodeuses, j’avais déposé mon premier né au bord de la toile sans penser à son devenir futur … Huit ans plus tard le tissu espère toujours que je décide de son sort, bien plié dans ma malle à ouvrage : petit à petit j’ai réalisé que je brodais d’horribles horreurs et j’ai lâchement abandonné ma première production classée X. Recluse au fond de son coffre, elle est devenue très acariâtre, elle ne supporte pas la compagnie humaine et elle abomine les photos, je ne peux donc pas la monter, désolée… J’ouvrageais ensuite quelques papillons solitaires plus élaborés et moins sauvages qui ont adoré faire les marioles devant mon objectif.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

J’acquérais un logiciel de point de croix, frère jumeau de celui que j’utilisais en ligne et j’entrais alors dans une période de créativité intense, je travaillais très minutieusement, je passais parfois plusieurs jours à fignoler les détails d’un spécimen, en quelques mois j’inventais plus de 250 modèles de toutes tailles, du microbe de 135 points

 
 
 
au moyen de 1 349 points

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

au grand de 5 200 points

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
et aux géants de 26 589 points

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
et de 43 160 points

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
que je n’ai pas encore osé broder, je crains que des loustics de cette taille effrayent et de ne pas parvenir à les caser…
Lorsque je voulus commencer à broder un lépidoptère un peu grand je me trouvais face à un tel embrouillamini de symboles que je décidais de mettre un peu de couleur par-ci par-là en guise de boussole.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Messieurs les Papillons sont coquets et ils raffolent de couleurs chatoyantes : moi leur brodeuse je fus priée d’agrandir ma collection d’échevettes de nuances toujours plus fines pour que resplendissent les écailles de leurs ailes et le jour advint où je possédais toute la collection de la marque bien connue soit 465 coloris que je rangeais dans 4 classeurs.

 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 

Soucieuse de ma renommée grandissante chez les imagos j’adjoignis les 60 teintes des deux séries de fils nuancés alsaciens à cette accumulation.

 
 
 
 
Je commandais aussi quelques fils teints artisanalement sur les bords du Rhin et ailleurs

 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 

et tout un nuancier thaïlandais de 463 coloris.

 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 

Pour offrir des parures délicatement ouvragées à mes petits clients je perfectionnais l’outillage en échangeant ma loupe peu pratique contre une loupe frontale,

 
 
 
afin de ne plus me perdre dans un modèle je me procurais un tableau magnétique,

 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 

des ciseaux à broder à bouts très pointus

 
 
 
 
 
 

et une pince à épiler pour ôter les poils du chat blanc et roux qui s’auto-promeut contremaître et qui vient vérifier la qualité du travail sur une toile noire et aussi pour mater les tout petits bouts de fils qui jouent les contestataires et qui refusent de se laisser glisser sous les autres : ainsi pourvue, faute de pouvoir leur tirer les oreilles avec les doigts je leur pince les fesses pour les dompter !

 
Je me lassais de toujours travailler sur du blanc et un beau matin je décrétais qu’aujourd’hui on teignait gratis : j’obtins de très belles toiles pour jouer encore davantage avec les coloris.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 

J’ai offert cette broderie à des amies à l’occasion de leur mariage après 30 ans de vie commune.

 
 
 
 
 
 
Alors bien sûr, la question de base de ceux qui ne feront jamais rien de leurs dix doigts, de ceux qui restent des heures apathiques devant leur télé, c’est « Pourquoi broder ? Qu’est-ce que tu en fais, ça sert à quoi ? » J’ai toujours aimé fabriquer des choses de mes mains, bricoler des trucs minutieux, je déteste l’inactivité, nous sommes vivants, profitons-en ! C’était très jouissif de toucher la laine quand j’étais Pénélope et à présent c’est tout autant jubilatoire de tripoter le coton depuis que je réincarne la reine Mathilde, de voir quelque chose prendre forme sous mes menottes, de faire s’imbriquer les couleurs et les formes. Compter les point, tirer l’aiguille apporte une grande détente, un oubli bienfaisant des empoisonneurs et des enquiquinements où les idées peuvent circuler à leur aise et s’acoquiner plus profitablement. Quand je brode je suis comme le lait : concentrée ! Reste à savoir sur quoi…
Broder c’est pouvoir faire plaisir en offrant quelque chose d’inattendu et de personnel et c’est encore meilleur quand le receveur ne s’attend pas à ce qu’on lui fasse un présent même si je suis parfois déçue du peu de soin que l’on a de mes papillons impressionnistes et de mes autres œuvrettes. N’empêche, je continue à gratifier de papillons seuls ou en troupeau qui veut bien !

Moi j’aime l’idée de troc de compétence comme cet échange improvisé avec Nelly qui a

 
 

composé pour moi ce magnifique collage
 
 
 
 
 
 
 
dont la route vers le sud croisa cet imago promptement baptisé « Le Napolitain ».

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Et d’un doux mal douce fin espérer.

Par un Vendredi tristounet de Févier je m’en fus de mon haut des Pentes vers la cathédrale Saint-Jean pour une promenade à but altruiste. A la frange de la Presqu’Île je croisai cette porte poussée par des générations de Lyonnais depuis 1679 année où don Juan (d’Espagne) s’en alla mirer les belles Là-Bas le 17 Septembre.

 
 
 
 
 
 

 

Un peu plus loin vers le quai Saint-Vincent je contemplai la Fresque des Lyonnais grande peinture en trompe-l’œil où 24 éminents personnages du cru posent pour montrer l’exemple à notre belle jeunesse qui, l’effrontée, à le toupet de passer sans les voir…

 
 
 
 
 
 
On y reconnait Louise Labé dont le droit à l’existence est justifié par ces vers :
« Baise m’encor, rebaise-moi et baise ;
Donne m’en un de tes plus savoureux,
Donne m’en un de tes plus amoureux :
Je t’en rendrai quatre plus chauds que braise… »

Juliette Récamier y essaie désespérément d’ouvrir l’âme de cette bigote de Pauline-Marie Jaricot aux beautés et aux plaisirs de ce monde, on se morfondra bien assez tôt dans l’Autre, perdus dans des louanges éternelles à un Dieu absent et pour cause…

 
 
 
 
 
 
 
 
Bernard Pivot et Frédéric Dard l’encouragent, Paul Bocuse voudrait bien la persuader de goûter d’autres grenouilles que celles cuites à l’étouffée dans un bénitier mais la cause est perdue, j’ai bien peur !

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Je ne les distrayai pas plus longtemps de leur noble entreprise et j’empruntai la passerelle Saint-Vincent : Madame la Saône était en colère, elle faisait le gros dos comme une chatte exaspérée par des enquiquineurs qui la tirent de sa sieste de l’après-midi.

Quelques cadenas d’amour célébraient des romances éternelles peut-être déjà mortes…

J’arrivai dans le Vieux Lyon où je me régalai de façades médiévales et Renaissance, de chats,

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
de rues piétonnes, d’embouteillages de touristes qui ne voient et qui ne comprennent rien parce que l’idée de lever les yeux est bien la dernière qui leur viendrait, c’est beaucoup plus simple de se gaver du pseudo-folklore de lyonnaiseries frelatées posées à hauteur de mouton…

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Je regrettai que le Temple du Change soit fermé. Cet établissement de Bourse fut édifié entre 1631 et 1653 sur les plans de l’architecte Simon Gourdet puis il fut remanié par Jacques-Germain Soufflot entre 1748 et 1750. Il fut attribué au culte protestant en 1803.

 
 

Au 28 de la rue Saint-Jean un passage non protégé par un Cerbère à code permettait d’entrevoir quelque chose d’intéressant.

 
 
 
 
 
 
 
Je me laissai happer par cette invitation discrète comme j’avais procédé à Venise avec un de ses cousins et je découvris qu’une cour de la fin du 15ème siècle et sa voisine qui s’aimaient d’amour tendre finirent par fusionner. Elles surent ne pas se cannibaliser et elles gardèrent chacune leur caractère : les galeries à arcades de celle du 28 sont couvertes de croisées d’ogives

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
tandis que celle du 26 est plus modeste et pare les siennes de simples voûtes.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Un peu plus loin la bouquinerie « Diogène » tenta de m’aguicher, naguère je fis l’emplette de presque toute l’œuvre de Marcel Aymé, de René Fallet et d’autres vieilleries excellentes pour la cervelle dans ce grenier de choses hélas oubliées…

Il faudra que les écrits d’Anatole France qui m’a beaucoup plu avec sa « Révolte des Anges » s’en viennent faire déborder encore plus mes rayonnages mais ce jour-là je ne voulus pas m’encombrer, je continuai mon chemin entre l’arrière du 24 colonnes, la cour d’appel et la cour d’Assises du Rhône, des façades du temps jadis et un bout de cathédrale qui dépassait au-dessus des visiteurs.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Je débouchai place Saint-Jean où depuis la fontaine en son milieu j’admirai notre primatiale bien trop timide à mon goût, ah ! que j’envie les Amiénois…

La voir toute proprette et bien blanche me rappela le haut-le-cœur de ces névrosés des Jeunesses Identitaires Lyonnaises lorsqu’ils apprirent que l’une des nouvelles gargouilles du chevet était sculptée à l’effigie d’Ahmed Benzizine le chef de chantier de restauration de l’édifice, musulman pratiquant et qu’elle portait l’inscription « Dieu est grand » en français et en arabe « الله أَكْبَر  » (Allahu akbar). Ces incultes ignoraient que l’on trace des inscriptions dans la langue du Prophète depuis bien longtemps sur les églises catholiques comme j’ai pu le constater lorsque j’ai visité la cathédrale du Puy-en-Velay où sur une porte on peut déchiffrer « السيادة هي الله  » (Allah est souverain).

J’entrai dans le bâtiment et presque aussitôt une jeune femme m’aborda en me récitant je ne compris pas quel argumentaire ânonné d’un ton geignard en me tendant une pétition, je pris mon air le moins aimable, celui de Grande Méchante qui va mordre tout ce qui a l’audace bouger en sa présence et elle s’éloigna nonchalamment. Un peu plus tard elle se fit mettre dehors par un responsable de l’endroit. Dans ce Saint Espace je me consacrai enfin non pas à Dieu ni même au Diable mais à une entreprise de haute magie plus ou moins noire, à une pratique venue de profondes racines bien païennes d’avant tous les obscurantismes monothéistes, dans cet antre de la superstition unipaternelle imposée je pratiquai symboliquement un sacrifice antique pour appeler toutes les entités célestes et infernales aussi improbables fussent-elles à favoriser la réussite des entreprises napolitaines de Nelly en allumant un lumignon rouge que je plaçai bien en vue devant les autres, des fois que l’on serait un peu myope Là-Bas et Là-Haut…

 
 

Puis je m’approchai de la partie rénovée récemment rouverte au public, j’admirai la véritable couleur blanc cassé de la pierre que je caressai de la main, ravie de retrouver l’état de nudité de la matière tel qu’il sortit du labeur du tailleur médiéval qui laissa son empreinte sur son flanc.

 
 
 
 
 
Je contemplai le chœur et le transept où niche l’horloge astronomique et j’aimai ce dépouillement, cette neutralité, cette absence d’accaparement par des peintures édifiantes, chacun peut ainsi laisser sa propre spiritualité fleurir sur ces voutes et sur ces ogives.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
A l’angle droit du chœur et du transept, une doreuse restaurait une grille.

Je fis quelques photos comparatives d’avant et d’après.

 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 

On aurait même cru que les bancs furent aussi rénovés, s’ils pouvaient continuer le grand lessivage et renouveler le clergé, nous débarrasser des corbeaux noirs porteurs d’arriération, de dolorisme, d’intolérance, d’hypocrisie, de détestation, de barbarinades !

 
 
 
 
 
Et je sortis pour revoir non pas les étoiles mais la lumière du jour, toujours un peu triste de laisser derrière moi des voix anciennes porteuses d’espérance, d’une certaine forme de sérénité face à notre petitesse et à notre si courte durée de vie, d’appel à la fraternité, à l’empathie…

 
 

Un pigeon posté près de la sortie mettait les arrivants en garde « Vous qui entrez, ne vous laissez pas voler toute espérance ! »

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Un papillon trop plein d’ardeur (42).

Le thermomètre a décidé d’hiberner, la neige en profite pour blanchir les toits lyonnais et moi j’ai troqué mon chapeau contre un bonnet : calamité !!! Je me console avec les hôtes de mes toiles Aïda comme ce Schtroumpf Joyeux…

Si la grille vous intéresse cliquez sur “Lettres d’insultes et mots doux” dans la colonne de droite.

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Pourquoi s’encombrer d’un Dieu ?

Dans un passé très lointain les hommes ont inventé les Dieux pour tenter d’expliquer le monde qui les entourait et qui les dépassait, ils ont surmonté leur instinct de brutes seulement préoccupées de survivre au jour le jour : c’était une preuve d’intelligence. Toutes les choses de ce bas monde se durent héberger une divinité, les sources, le soleil, le vin, la mort, les arts, la chasse, l’agriculture, rien n’échappa à leur besoin terrible d’élucider et d’amadouer le micro comme le macrocosme. Lorsqu’autour d’eux tout fut nanti de sa déité ils tentèrent de la même façon de s’expliquer eux-mêmes et, bien évidemment, en vertu de leur sentiment de supériorité absurde, ils se déclarèrent à l’image du Dieu des Dieux, ils ne pouvaient pas être à la ressemblance d’un démiurge subalterne, enfin, voyons !!! Tout ce peuple divin s’amusait beaucoup, se jouait des tours pendables, se cocufiait tant qu’il était possible, à travers lui l’humanité à l’imagination bouillonnante vivait des aventures inespérées.
Mais cela gratouillait que le Dieu en chef, substitut de l’engeance humaine dépende des humeurs et des envies de ces paltoquets d’autres Grands Manitous et qu’il subisse les mêmes avanies, le meilleur moyen pour que tous lui deviennent définitivement soumis fut de les faire disparaître : le Tout-Puissant naquit et l’intolérance monothéiste avec lui… Mais alors, que faisait donc Dieu avant Adam et Eve ? Il s’ennuyait le pauvre, alors il a créé l’être humain pour se distraire mais le malheureux a vite été dépassé par son équipe d’animation…
On ne pourra jamais écrire une autre œuvre de fiction avec un personnage plus ignoble que le Dieu de la Bible : un tyran jaloux, bouffi d’orgueil que tous doivent louanger et devant qui tout le monde doit se prosterner mais qui ne répond jamais aux prières, un despote tatillon et pervers qui prétend régenter même les choses les plus intimes, misogyne, homophobe, génocidaire, vengeur au-delà de toute déraison, une caricature du crétinisme humain le plus insondable, il n’est qu’une projection du désir d’omnipotence d’esprits détraqués. Il pousse la névrose jusqu’à exiger que son fils meure d’une façon abominable pour pardonner à l’humanité les choses que lui-même à décrété être des péchés ! Puisque l’humanité s’est proclamée créée à l’image de Dieu, il faut vite qu’elle change de miroir parce que l’effigie qu’elle se renvoie à elle-même est hideuse… Comment expliquer l’hiatus entre un dieu avec l’intelligence de créer tout un univers aussi compliqué et le fait qu’il soit doté de l’entendement psychologique d’un enfant de 5 ans pervers narcissique ? J’espère que si Dieu est à notre image, nous ne sommes pas à l’image de ce Dieu ! L’avènement de ce Pantocrator a surtout eu pour conséquence de jeter la planète dans un beau foutoir : il n’est qu’une invention mise au service du pouvoir de quelques uns, un prétexte pour asservir les consciences et les vies et les religions qui en découlent sont la première cause de mortalité dans le monde depuis des millénaires. Puisque l’on juge un créateur à son œuvre, Dieu mérite un bonnet d’âne !
Je suis tellement athée que je crois en tous les Dieux possibles et imaginables. La liste de toutes les divinités qui ont existé jusqu’à présent est longue et personne n’aura de problème pour dire que Vishnou, qu’Athéna ou que les divinités aztèques ou océaniennes n’existent pas, pourquoi le Dieu de la Bible serait-il plus vrai qu’un autre ? Si le monde a été créé, ils ont dû s’écharper grave pour décider qui en déposerait le brevet ! On appelle les croyances passées comme celles de l’antiquité mythologie et les croyances actuelles religions. Si l’humanité existe toujours dans deux ou trois millénaires elle parlera de mythologie juive, chrétienne ou islamique comme elle parle de la mythologie gréco-romaine. La religion est la plus grande duperie de l’aventure humaine. Nous ne sommes que des créations hasardeuses de l’évolution, des descendants calamiteux d’une lignée de primates, des bestiolicules prises dans les rouages aveugles d’un cosmos régit par les lois de la physique et de la chimie. Ces mécanismes peuvent nous broyer dans la plus grande indifférence et notre disparition n’aura aucune conséquence sur la marche future de ce monde, l’humanité n’a aucune importance à l’échelle de l’Univers. Nous aurons beau nous placer sous l’égide du plus Tout-Puissant des Mamamouchis, cela n’y changera rien, il faut nous y faire.
Si l’humanité a besoin d’un Dieu pour s’estimer supérieure aux autres animaux et adopter un comportement qu’elle estime civilisé elle ne vaut pas mieux qu’une gosse qui n’obéit que parce qu’elle craint les claques de son père. Je trouve grotesque de régler sa toute petite durée de vie sur un vieux bouquin formé d’un assemblage de textes qui reprennent en les transformant un peu les mythes des temps plus anciens, déclarant tout et son contraire et que l’on ne se gène pas pour distordre afin de le faire coller à nos desiderata et à nos pulsions du moment. La création de l’humain, le Paradis, Eve, Adam et leur fruit défendu, Noé et son bateau sauveur sont sortis de l’imaginaire sumérien, Moïse vient tout minot de la légende mésopotamienne du roi Sargon 1er d’Akkad abandonné dans un panier flottant et élevé par le jardinier, les Dix Commandements sont issus prêts à sévir du Code d’Hammourabi, Esther et Ézéchiel sont les jumeaux d’Ishtar la Babylonienne, Mardochée celui du dieu assyrien Mardukéa, l’histoire du pauvre Job, les Proverbes et Jérémie qui se lamente furent d’abord couchés sur les tablettes sumériennes de Nipur, des passages entiers de l’évangile de Matthieu sont pompés sur les manuscrits de Qumran rédigés 100 ans plus tôt, Marie est un avatar d’Isis l’Egyptienne et des Déesses Mères de la Préhistoire, Jésus singe Bouddha lorsqu’il multiplie les pains, qu’il marche sur les eaux et qu’il invite Pierre à le rejoindre, le sage népalais c’était son disciple Shaliputra, il ressuscite Lazare tout comme Isis procède avec Osiris, il transforme l’eau en vin chose que Dionysos accomplissait chaque année dans l’île de Naxos, sa Passion renvoie au mythe d’Osiris, tous les saints du calendrier ne sont que les anciens Dieux recyclés, etc. Croire bêtement sans aucune distance critique est beaucoup plus simple et bien plus pratique que de réfléchir, heureusement des esprits clairvoyants parvinrent à s’affranchir de l’obscurantisme imposé et les Lumières furent ! Dieu redevint une illusion, une protection contre les peurs primitives, la force de la Nature et l’arrivée inévitable de la mort sans retour, un moyen tordu d’emprise totale sur les corps et sur les intellects.
Les Écritures sont une nourriture solide et copieuse où l’on peut trouver des sources d’apaisement, de sérénité et de fraternité pourvu qu’on ne les lise pas au pied de la lettre sans quoi on aura vite une boucherie, on débitera de l’humain en morceaux kascher, maigres ou halal au choix ! Parfois je me demande s’il y a un rapport entre Dieu et la religion, beaucoup de gens se disent croyants mais ils n’observent ni les canons, ni les mandements ni les coutumes d’aucune organisation religieuse. Pourquoi aurait-on besoin d’une déité quelconque pour croire en la vie après la mort et pour pratiquer une spiritualité profonde ? Nous architecturons nous-mêmes notre Enfer en nous laissant saccager par nos inquiétudes, par nos phobies, par nos colères, par nos insatisfactions et par nos tristesses que nous laissons s’agglomérer en haine, en jalousies, en mépris. Tout cela forme un terreau idéal pour que notre capacité de nuisance se développe dans son abjecte splendeur… La seule géhenne c’est le feu intérieur des mauvais sentiments qui nous consume.

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