Et d’un doux mal douce fin espérer.

Par un Vendredi tristounet de Févier je m’en fus de mon haut des Pentes vers la cathédrale Saint-Jean pour une promenade à but altruiste. A la frange de la Presqu’Île je croisai cette porte poussée par des générations de Lyonnais depuis 1679 année où don Juan (d’Espagne) s’en alla mirer les belles Là-Bas le 17 Septembre.

 
 
 
 
 
 

 

Un peu plus loin vers le quai Saint-Vincent je contemplai la Fresque des Lyonnais grande peinture en trompe-l’œil où 24 éminents personnages du cru posent pour montrer l’exemple à notre belle jeunesse qui, l’effrontée, à le toupet de passer sans les voir…

 
 
 
 
 
 
On y reconnait Louise Labé dont le droit à l’existence est justifié par ces vers :
« Baise m’encor, rebaise-moi et baise ;
Donne m’en un de tes plus savoureux,
Donne m’en un de tes plus amoureux :
Je t’en rendrai quatre plus chauds que braise… »

Juliette Récamier y essaie désespérément d’ouvrir l’âme de cette bigote de Pauline-Marie Jaricot aux beautés et aux plaisirs de ce monde, on se morfondra bien assez tôt dans l’Autre, perdus dans des louanges éternelles à un Dieu absent et pour cause…

 
 
 
 
 
 
 
 
Bernard Pivot et Frédéric Dard l’encouragent, Paul Bocuse voudrait bien la persuader de goûter d’autres grenouilles que celles cuites à l’étouffée dans un bénitier mais la cause est perdue, j’ai bien peur !

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Je ne les distrayai pas plus longtemps de leur noble entreprise et j’empruntai la passerelle Saint-Vincent : Madame la Saône était en colère, elle faisait le gros dos comme une chatte exaspérée par des enquiquineurs qui la tirent de sa sieste de l’après-midi.

Quelques cadenas d’amour célébraient des romances éternelles peut-être déjà mortes…

J’arrivai dans le Vieux Lyon où je me régalai de façades médiévales et Renaissance, de chats,

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
de rues piétonnes, d’embouteillages de touristes qui ne voient et qui ne comprennent rien parce que l’idée de lever les yeux est bien la dernière qui leur viendrait, c’est beaucoup plus simple de se gaver du pseudo-folklore de lyonnaiseries frelatées posées à hauteur de mouton…

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Je regrettai que le Temple du Change soit fermé. Cet établissement de Bourse fut édifié entre 1631 et 1653 sur les plans de l’architecte Simon Gourdet puis il fut remanié par Jacques-Germain Soufflot entre 1748 et 1750. Il fut attribué au culte protestant en 1803.

 
 

Au 28 de la rue Saint-Jean un passage non protégé par un Cerbère à code permettait d’entrevoir quelque chose d’intéressant.

 
 
 
 
 
 
 
Je me laissai happer par cette invitation discrète comme j’avais procédé à Venise avec un de ses cousins et je découvris qu’une cour de la fin du 15ème siècle et sa voisine qui s’aimaient d’amour tendre finirent par fusionner. Elles surent ne pas se cannibaliser et elles gardèrent chacune leur caractère : les galeries à arcades de celle du 28 sont couvertes de croisées d’ogives

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
tandis que celle du 26 est plus modeste et pare les siennes de simples voûtes.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Un peu plus loin la bouquinerie « Diogène » tenta de m’aguicher, naguère je fis l’emplette de presque toute l’œuvre de Marcel Aymé, de René Fallet et d’autres vieilleries excellentes pour la cervelle dans ce grenier de choses hélas oubliées…

Il faudra que les écrits d’Anatole France qui m’a beaucoup plu avec sa « Révolte des Anges » s’en viennent faire déborder encore plus mes rayonnages mais ce jour-là je ne voulus pas m’encombrer, je continuai mon chemin entre l’arrière du 24 colonnes, la cour d’appel et la cour d’Assises du Rhône, des façades du temps jadis et un bout de cathédrale qui dépassait au-dessus des visiteurs.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Je débouchai place Saint-Jean où depuis la fontaine en son milieu j’admirai notre primatiale bien trop timide à mon goût, ah ! que j’envie les Amiénois…

La voir toute proprette et bien blanche me rappela le haut-le-cœur de ces névrosés des Jeunesses Identitaires Lyonnaises lorsqu’ils apprirent que l’une des nouvelles gargouilles du chevet était sculptée à l’effigie d’Ahmed Benzizine le chef de chantier de restauration de l’édifice, musulman pratiquant et qu’elle portait l’inscription « Dieu est grand » en français et en arabe « الله أَكْبَر  » (Allahu akbar). Ces incultes ignoraient que l’on trace des inscriptions dans la langue du Prophète depuis bien longtemps sur les églises catholiques comme j’ai pu le constater lorsque j’ai visité la cathédrale du Puy-en-Velay où sur une porte on peut déchiffrer « السيادة هي الله  » (Allah est souverain).

J’entrai dans le bâtiment et presque aussitôt une jeune femme m’aborda en me récitant je ne compris pas quel argumentaire ânonné d’un ton geignard en me tendant une pétition, je pris mon air le moins aimable, celui de Grande Méchante qui va mordre tout ce qui a l’audace bouger en sa présence et elle s’éloigna nonchalamment. Un peu plus tard elle se fit mettre dehors par un responsable de l’endroit. Dans ce Saint Espace je me consacrai enfin non pas à Dieu ni même au Diable mais à une entreprise de haute magie plus ou moins noire, à une pratique venue de profondes racines bien païennes d’avant tous les obscurantismes monothéistes, dans cet antre de la superstition unipaternelle imposée je pratiquai symboliquement un sacrifice antique pour appeler toutes les entités célestes et infernales aussi improbables fussent-elles à favoriser la réussite des entreprises napolitaines de Nelly en allumant un lumignon rouge que je plaçai bien en vue devant les autres, des fois que l’on serait un peu myope Là-Bas et Là-Haut…

 
 

Puis je m’approchai de la partie rénovée récemment rouverte au public, j’admirai la véritable couleur blanc cassé de la pierre que je caressai de la main, ravie de retrouver l’état de nudité de la matière tel qu’il sortit du labeur du tailleur médiéval qui laissa son empreinte sur son flanc.

 
 
 
 
 
Je contemplai le chœur et le transept où niche l’horloge astronomique et j’aimai ce dépouillement, cette neutralité, cette absence d’accaparement par des peintures édifiantes, chacun peut ainsi laisser sa propre spiritualité fleurir sur ces voutes et sur ces ogives.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
A l’angle droit du chœur et du transept, une doreuse restaurait une grille.

Je fis quelques photos comparatives d’avant et d’après.

 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 

On aurait même cru que les bancs furent aussi rénovés, s’ils pouvaient continuer le grand lessivage et renouveler le clergé, nous débarrasser des corbeaux noirs porteurs d’arriération, de dolorisme, d’intolérance, d’hypocrisie, de détestation, de barbarinades !

 
 
 
 
 
Et je sortis pour revoir non pas les étoiles mais la lumière du jour, toujours un peu triste de laisser derrière moi des voix anciennes porteuses d’espérance, d’une certaine forme de sérénité face à notre petitesse et à notre si courte durée de vie, d’appel à la fraternité, à l’empathie…

 
 

Un pigeon posté près de la sortie mettait les arrivants en garde « Vous qui entrez, ne vous laissez pas voler toute espérance ! »

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Naître avec le printemps, mourir avec les roses (42).

Le thermomètre a décidé d’hiberner, la neige en profite pour blanchir les toits lyonnais et moi j’ai troqué mon chapeau contre un bonnet : calamité !!! Je me console avec les hôtes de mes toiles Aïda comme ce Schtroumpf Joyeux…

Si la grille vous intéresse cliquez sur “Lettres d’insultes et mots doux” dans la colonne de droite.

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Pourquoi s’encombrer d’un Dieu ?

Dans un passé très lointain les hommes ont inventé les Dieux pour tenter d’expliquer le monde qui les entourait et qui les dépassait, ils ont surmonté leur instinct de brutes seulement préoccupées de survivre au jour le jour : c’était une preuve d’intelligence. Toutes les choses de ce bas monde se durent héberger une divinité, les sources, le soleil, le vin, la mort, les arts, la chasse, l’agriculture, rien n’échappa à leur besoin terrible d’élucider et d’amadouer le micro comme le macrocosme. Lorsqu’autour d’eux tout fut nanti de sa déité ils tentèrent de la même façon de s’expliquer eux-mêmes et, bien évidemment, en vertu de leur sentiment de supériorité absurde, ils se déclarèrent à l’image du Dieu des Dieux, ils ne pouvaient pas être à la ressemblance d’un démiurge subalterne, enfin, voyons !!! Tout ce peuple divin s’amusait beaucoup, se jouait des tours pendables, se cocufiait tant qu’il était possible, à travers lui l’humanité à l’imagination bouillonnante vivait des aventures inespérées.
Mais cela gratouillait que le Dieu en chef, substitut de l’engeance humaine dépende des humeurs et des envies de ces paltoquets d’autres Grands Manitous et qu’il subisse les mêmes avanies, le meilleur moyen pour que tous lui deviennent définitivement soumis fut de les faire disparaître : le Tout-Puissant naquit et l’intolérance monothéiste avec lui… Mais alors, que faisait donc Dieu avant Adam et Eve ? Il s’ennuyait le pauvre, alors il a créé l’être humain pour se distraire mais le malheureux a vite été dépassé par son équipe d’animation…
On ne pourra jamais écrire une autre œuvre de fiction avec un personnage plus ignoble que le Dieu de la Bible : un tyran jaloux, bouffi d’orgueil que tous doivent louanger et devant qui tout le monde doit se prosterner mais qui ne répond jamais aux prières, un despote tatillon et pervers qui prétend régenter même les choses les plus intimes, misogyne, homophobe, génocidaire, vengeur au-delà de toute déraison, une caricature du crétinisme humain le plus insondable, il n’est qu’une projection du désir d’omnipotence d’esprits détraqués. Il pousse la névrose jusqu’à exiger que son fils meure d’une façon abominable pour pardonner à l’humanité les choses que lui-même à décrété être des péchés ! Puisque l’humanité s’est proclamée créée à l’image de Dieu, il faut vite qu’elle change de miroir parce que l’effigie qu’elle se renvoie à elle-même est hideuse… Comment expliquer l’hiatus entre un dieu avec l’intelligence de créer tout un univers aussi compliqué et le fait qu’il soit doté de l’entendement psychologique d’un enfant de 5 ans pervers narcissique ? J’espère que si Dieu est à notre image, nous ne sommes pas à l’image de ce Dieu ! L’avènement de ce Pantocrator a surtout eu pour conséquence de jeter la planète dans un beau foutoir : il n’est qu’une invention mise au service du pouvoir de quelques uns, un prétexte pour asservir les consciences et les vies et les religions qui en découlent sont la première cause de mortalité dans le monde depuis des millénaires. Puisque l’on juge un créateur à son œuvre, Dieu mérite un bonnet d’âne !
Je suis tellement athée que je crois en tous les Dieux possibles et imaginables. La liste de toutes les divinités qui ont existé jusqu’à présent est longue et personne n’aura de problème pour dire que Vishnou, qu’Athéna ou que les divinités aztèques ou océaniennes n’existent pas, pourquoi le Dieu de la Bible serait-il plus vrai qu’un autre ? Si le monde a été créé, ils ont dû s’écharper grave pour décider qui en déposerait le brevet ! On appelle les croyances passées comme celles de l’antiquité mythologie et les croyances actuelles religions. Si l’humanité existe toujours dans deux ou trois millénaires elle parlera de mythologie juive, chrétienne ou islamique comme elle parle de la mythologie gréco-romaine. La religion est la plus grande duperie de l’aventure humaine. Nous ne sommes que des créations hasardeuses de l’évolution, des descendants calamiteux d’une lignée de primates, des bestiolicules prises dans les rouages aveugles d’un cosmos régit par les lois de la physique et de la chimie. Ces mécanismes peuvent nous broyer dans la plus grande indifférence et notre disparition n’aura aucune conséquence sur la marche future de ce monde, l’humanité n’a aucune importance à l’échelle de l’Univers. Nous aurons beau nous placer sous l’égide du plus Tout-Puissant des Mamamouchis, cela n’y changera rien, il faut nous y faire.
Si l’humanité a besoin d’un Dieu pour s’estimer supérieure aux autres animaux et adopter un comportement qu’elle estime civilisé elle ne vaut pas mieux qu’une gosse qui n’obéit que parce qu’elle craint les claques de son père. Je trouve grotesque de régler sa toute petite durée de vie sur un vieux bouquin formé d’un assemblage de textes qui reprennent en les transformant un peu les mythes des temps plus anciens, déclarant tout et son contraire et que l’on ne se gène pas pour distordre afin de le faire coller à nos desiderata et à nos pulsions du moment. La création de l’humain, le Paradis, Eve, Adam et leur fruit défendu, Noé et son bateau sauveur sont sortis de l’imaginaire sumérien, Moïse vient tout minot de la légende mésopotamienne du roi Sargon 1er d’Akkad abandonné dans un panier flottant et élevé par le jardinier, les Dix Commandements sont issus prêts à sévir du Code d’Hammourabi, Esther et Ézéchiel sont les jumeaux d’Ishtar la Babylonienne, Mardochée celui du dieu assyrien Mardukéa, l’histoire du pauvre Job, les Proverbes et Jérémie qui se lamente furent d’abord couchés sur les tablettes sumériennes de Nipur, des passages entiers de l’évangile de Matthieu sont pompés sur les manuscrits de Qumran rédigés 100 ans plus tôt, Marie est un avatar d’Isis l’Egyptienne et des Déesses Mères de la Préhistoire, Jésus singe Bouddha lorsqu’il multiplie les pains, qu’il marche sur les eaux et qu’il invite Pierre à le rejoindre, le sage népalais c’était son disciple Shaliputra, il ressuscite Lazare tout comme Isis procède avec Osiris, il transforme l’eau en vin chose que Dionysos accomplissait chaque année dans l’île de Naxos, sa Passion renvoie au mythe d’Osiris, tous les saints du calendrier ne sont que les anciens Dieux recyclés, etc. Croire bêtement sans aucune distance critique est beaucoup plus simple et bien plus pratique que de réfléchir, heureusement des esprits clairvoyants parvinrent à s’affranchir de l’obscurantisme imposé et les Lumières furent ! Dieu redevint une illusion, une protection contre les peurs primitives, la force de la Nature et l’arrivée inévitable de la mort sans retour, un moyen tordu d’emprise totale sur les corps et sur les intellects.
Les Écritures sont une nourriture solide et copieuse où l’on peut trouver des sources d’apaisement, de sérénité et de fraternité pourvu qu’on ne les lise pas au pied de la lettre sans quoi on aura vite une boucherie, on débitera de l’humain en morceaux kascher, maigres ou halal au choix ! Parfois je me demande s’il y a un rapport entre Dieu et la religion, beaucoup de gens se disent croyants mais ils n’observent ni les canons, ni les mandements ni les coutumes d’aucune organisation religieuse. Pourquoi aurait-on besoin d’une déité quelconque pour croire en la vie après la mort et pour pratiquer une spiritualité profonde ? Nous architecturons nous-mêmes notre Enfer en nous laissant saccager par nos inquiétudes, par nos phobies, par nos colères, par nos insatisfactions et par nos tristesses que nous laissons s’agglomérer en haine, en jalousies, en mépris. Tout cela forme un terreau idéal pour que notre capacité de nuisance se développe dans son abjecte splendeur… La seule géhenne c’est le feu intérieur des mauvais sentiments qui nous consume.

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Naître avec le printemps, mourir avec les roses (41).

Mais non, la beauté n’a pas déserté notre monde désolant et pitoyable, même en pleine nuit un jardin exhale ses arômes et murmure ses présages aux créatures attentives. Cette flammèche de 29 couleurs s’en va rejoindre ses compagnonnes sur ma toile orangée pour terminer cet ouvrage que je n’ai plus qu’à offrir.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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